Souvent perçus comme une boule de cristal par les investisseurs débutants, les graphiques boursiers ne prédisent pas l’avenir. En revanche, ils offrent une lecture précieuse de la psychologie des marchés. Supports, résistances et lignes de tendance permettent d’évaluer le risque, d’identifier les moments clés et d’éviter les décisions guidées par l’espoir plutôt que par les faits.
Alors que les symboles boursiers et les cours défilaient sous mes yeux, les traders de mon bureau ne cessaient de me lancer des ordres d’achat et de vente tout au long de la séance.
Je ne comprenais pas comment ils parvenaient à donner un sens à ce flot d’informations sur nos écrans pour prendre leurs décisions.
C’était il y a vingt-cinq ans. Je venais tout juste d’être diplômé et je travaillais comme assistant de trading dans la salle des marchés d’une petite entreprise, essayant tant bien que mal de survivre et de comprendre ce qui se passait autour de moi.
Peu après, un ami m’a mis entre les mains un livre consacré aux graphiques boursiers, et ce fut une révélation. J’avais l’impression d’avoir trouvé le Saint Graal. Les graphiques allaient forcément me dire quelles actions seraient gagnantes et lesquelles seraient perdantes… du moins le croyais-je.
Si seulement les choses étaient aussi simples.
Cela fait désormais plus de vingt ans que j’étudie et utilise les graphiques boursiers et l’analyse technique. Les débutants dans ce domaine — moi y compris à l’époque — pensent souvent, à tort, que les graphiques sont une boule de cristal.
Ils ne le sont pas.
En revanche, ils sont extrêmement utiles pour mettre en évidence des tendances qui se répètent au fil du temps. En y réfléchissant, c’est assez logique : le marché boursier est avant tout une mesure de la cupidité et de la peur. Quand une action monte, c’est que la cupidité l’emporte sur la crainte. Lorsqu’elle baisse, c’est l’inverse.
Les graphiques sont tout simplement une représentation visuelle de ces deux émotions à l’œuvre sur les marchés.
L’analyse technique est particulièrement utile pour aider les traders et les investisseurs à mieux comprendre les risques auxquels ils sont exposés, et à déterminer dans quelles conditions une action a des chances de monter, de baisser ou d’évoluer latéralement.
L’un des concepts les plus simples à appréhender est celui des supports et des résistances. Un support correspond à un niveau de prix en dessous duquel une action a du mal à descendre. Il agit comme un plancher : pour une raison ou une autre, chaque fois que le titre atteint ce niveau, la baisse s’interrompt car des acheteurs interviennent.
Prenons l’exemple du graphique de Enterprise Products Partners (NYSE : EPD). On constate que chaque fois que l’action est retombée autour de 28,60 $, elle a rebondi. Nous ne savons pas exactement pourquoi les acheteurs se manifestent à ce niveau — et, au fond, peu importe. Le fait est qu’ils l’ont fait, et que l’action a fini par repartir à la hausse.
Ainsi, en septembre ou en octobre de l’année dernière, si l’action se négociait autour de 29 $, vous auriez pu l’acheter en sachant que, si le cours passait nettement sous les 28,60 $, il serait temps de vendre. Vous auriez alors limité votre perte, plutôt que d’espérer un rebond hypothétique.
Il arrive cependant que le support cède : c’est le cas lorsque les acheteurs cessent d’intervenir à ce niveau.
C’est précisément ce que j’entends lorsque je dis qu’il faut utiliser les supports pour évaluer le risque. Johnson & Johnson (NYSE : JNJ) a connu une configuration similaire, avec un support situé autour de 159 $. A chaque passage à ce niveau, l’action rebondissait.
Mais début novembre, le titre est passé sous les 159 $ et a continué de baisser. Une fois le cours tombé vers 157 $, les traders ont compris qu’un rebond à court terme était peu probable : les achats à 159 $ se sont alors taris.
La résistance fonctionne selon le même principe, mais à l’inverse. Il s’agit d’un plafond : à partir d’un certain niveau de prix, les vendeurs prennent systématiquement le dessus sur les acheteurs, ce qui fait reculer l’action.
Ainsi, si vous envisagiez d’acheter Revvity (NYSE : RVTY) alors que le titre se négociait autour de 126 $, vous auriez sans doute intérêt à attendre une cassure au-dessus des 128 $. Cela vous permettrait de vérifier que les vendeurs ne sont plus en mesure de faire baisser le cours, comme ils l’avaient fait auparavant.
Dernière précision importante : les supports et résistances ne sont pas nécessairement des lignes horizontales à un prix fixe. Ils peuvent évoluer à la hausse ou à la baisse sous forme de lignes de tendance.
Sur le graphique de la société de voyage MakeMyTrip (Nasdaq : MMYT), on observe par exemple une tendance haussière qui a duré plus de huit mois. L’action a régulièrement rebondi le long d’une ligne de tendance ascendante.
Lorsque le cours s’approche ou touche cette ligne, celle-ci joue souvent le rôle de support et le titre repart à la hausse. En revanche, si l’action passe durablement en dessous, cela indique que la tendance haussière est probablement terminée et qu’il peut être judicieux d’envisager une sortie de position.
Considérez donc les supports et les résistances comme des planchers et des plafonds. Lorsqu’ils sont franchis, cela signifie que la situation a changé.
Gardez enfin à l’esprit que les graphiques et les outils d’analyse technique ne sont jamais fiables à 100 %. En revanche, ils mettent clairement en évidence les évolutions importantes de la psychologie des investisseurs.
Utilisés correctement, les graphiques vous aideront à limiter vos pertes et à optimiser vos points d’entrée.
