On le répète à l’envi : il suffit d’être investi, de rester investi et le temps fait le reste. Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet. Car, derrière la performance flatteuse des grands indices, se cache une réalité plus nuancée : la richesse boursière se concentre sur un nombre infime d’entreprises, et les points d’entrée comptent autant que la patience.
La semaine dernière, nous avons vu que la relation entre l’or, les maisons et les voitures aux États-Unis est devenue quelque peu aberrante. En principe, l’or – bien de l’économie réelle – évolue au même rythme que les autres actifs tangibles. À mesure que l’économie produit davantage de richesses réelles, l’industrie aurifère en produit elle aussi. C’est pourquoi, exprimés en or ou dans une monnaie adossée à l’or, les prix tendent à rester stables.
Mais aujourd’hui, l’or achète bien plus de choses qu’autrefois. La quantité nécessaire pour acquérir une maison ou un F-150 en 1999 permet désormais d’en acheter dix.
Les spéculateurs ont fait grimper les prix. Les marchés s’emballent, parfois.
Mais ce n’est pas tout. L’histoire est bien plus complexe.
Pourquoi, au fond, s’intéresser à l’or ?
Si la véritable richesse se crée en Bourse — comme nous le croyons —, pourquoi ne pas simplement détenir des actions en permanence ?
Beaucoup en sont convaincus : il suffirait d’être investi et de le rester. C’est le refrain classique de Wall Street, qui laisse entendre que n’importe quel particulier peut profiter du formidable moteur de création de richesse des entreprises cotées.
Mais un détail capital reste passé sous silence : en étant simplement « sur le marché », vous avez toutes les chances de perdre de l’argent — pas d’en gagner. Ce n’est pas un pessimisme gratuit. C’est ce que dit un siècle de données boursières.
L’étude One Hundred Years in the US Stock Market, de Hendrik Bessembinder, passe au crible près de 30 000 actions sur la période 1926-2025. Le constat est brutal : si le rendement moyen dépasse 30 000 %, le rendement médian est négatif – à -6,9 %. Autrement dit, la majorité des actions détruisent de la richesse. Sur cent ans, 91 000 milliards de dollars ont été créés, mais près de 60 % des titres ont fait perdre de l’argent à leurs détenteurs. Plus saisissant encore : 46 entreprises seulement expliquent la moitié de cette création de valeur.
Le Dow Jones, né à la fin du XIXe siècle, valait environ 70 dollars en 1900. Mille dollars investis à l’époque vaudraient aujourd’hui quelque 657 000 dollars, hors dividendes.
C’est honorable.
L’or, lui, a moins progressé : de 20 à 5 000 dollars l’once, soit un multiple de 250. Un placement équivalent aurait donné environ 250 000 dollars.
Mais chaque chose a son heure. On achète des actions quand elles sont bon marché — pas quand elles sont chères. Ce n’est pas une vérité ésotérique : plus le prix d’entrée est bas, plus le potentiel de hausse est grand.
Et pourtant, l’histoire boursière n’est pas une ligne droite. Des décennies entières de stagnation ou de repli jalonnent le parcours. Dans les années 1970, les actions ont reculé en termes réels. Et, mesurées en or, elles déclinent depuis plus d’un quart de siècle.
Tout dépend du point d’entrée… et du point de sortie. Vu depuis 1982, on aurait pu croire que les actions baissaient toujours. Vu depuis aujourd’hui, on pourrait croire qu’elles montent sans fin. La réalité est plus sobre : elles alternent, hausse, baisse et souvent longue stagnation.
Fait troublant : exprimé en or, le Dow vaut aujourd’hui à peu près autant qu’il y a cent ans. Sur un siècle, les gains réels en capital sont donc quasi nuls – dividendes réinvestis mis à part.
Et la réalité est encore plus dure.
Le Dow ne représente qu’une élite d’entreprises. Le marché, lui, en compte des milliers. Au départ, l’investisseur choisit nécessairement un échantillon à l’aveugle. Or, dans de nombreux secteurs – l’automobile, par exemple –, des centaines d’entreprises ont existé et presque toutes ont disparu. Seules quelques survivantes ont fini dans les indices.
Autrement dit, les probabilités jouent contre l’investisseur individuel.
Comme le formule Paul McCaffrey :
« L’investisseur médian qui a sélectionné quelques actions au hasard et les a conservées a probablement perdu de l’argent sur les 100 dernières années. »
On pourrait alors se dire : « Je n’ai qu’à acheter un ETF sur le Dow. » Mais dès qu’un produit surperforme, il attire les capitaux, devient surévalué et compromet ses performances futures.
Revenons donc à l’essentiel.
Premièrement, être « investi en permanence » ne garantit pas de gains — même sur longue période. Deuxièmement, la majorité des actions sont perdantes. Une poignée d’entreprises concentre l’essentiel des gains. Troisièmement, identifier ces rares gagnantes à l’avance est une tâche redoutable. Quatrièmement, le marché évolue par grands cycles : de la sous-évaluation à la surévaluation, et inversement.
Dans ce contexte, l’or n’a pas vocation à enrichir. Il sert à préserver votre position relative — à tenir la ligne — en attendant les périodes où les actions redeviennent bon marché.
La théorie tient. Les données historiques la confirment. Et nous l’appliquons depuis trente ans, avec de bons résultats.
Reste une question : fonctionnera-t-elle encore demain ? Nous le verrons bien.
