La Chronique Agora

Mais quand vont-ils cesser de nous inventer un retard du CAC 40 sur le S&P 500 ?

banques centrales

▪ La plupart des indices américains ont fini dans le rouge mardi soir… Mais les principaux médias se sont empressés de titrer sur les nouveaux records absolus établis par le Russell 2000 (à 942,75 points en intraday) et le Dow Jones, lequel s’est hissé jusque vers 14 480 points en séance avant d’en terminer sur un gain de… 0,02%, à 14 450 points.

Même si c’est symbolique, le Dow Jones aligne une huitième séance de hausse consécutive et inscrit un sixième record d’affilée, grâce à Merck et ses +3,6%.

Le S&P 500 a fini par lâcher 0,24% à 1 552,5 points, après avoir culminé à 1 557,00 points (à huit points du zénith des 1 565 du 9 octobre 2007). Toutefois, il gagne encore 9% depuis le 1er janvier 2013.

Beaucoup d’observateurs et d’opérateurs de marchés font le pari que le S&P ne terminera pas la semaine sans avoir réédité son record absolu des 1 576,1 points du 11 octobre 2007.

En attendant, il a égalé en clôture son premier plus haut historique du 24 mars 2000 inscrit à 1 552,9 points (c’était donc il y presque 13 ans).

C’est là que les permabulls et hyperbulls hexagonaux entonnent leur couplet sur le phénoménal retard du CAC 40 par rapport au S&P 500, aussi bien depuis le début de l’année : Paris fait incontestablement pâle figure avec ses +5,5% contre +11% (juste le double) sur le Russell 2000 et +16,5% sur le Dow Transport.

▪ En retard, vraiment ?
Penchons-nous plutôt sur la performance des principaux indices européens et américains depuis le dernier grand creux historique de fin septembre/début octobre 2011. Souvenez-vous du tableau apocalyptique de la fin de l’été 2011 : dégradation de la note américaine, mise en oeuvre du fiscal cliff et grande crise de la dette européenne avec dislocation quasi inéluctable de la Zone euro sous six mois.

Cette année-là, le cauchemar boursier s’était arrêté fin septembre pour le CAC 40 (vers 2 750 points) et le DAX 30 (vers 4 990 points, disons 5 000 pour simplifier) puis début octobre pour le S&P 500 (vers 1 100 points).

Comparons les écarts sur ces 18 derniers mois : avec un score de 1 557 points mardi matin, le S&P a engrangé très exactement +41,5%.

Voyons le CAC 40 à présent : de 2 754 à 3 855 points, cela nous donne, voyons… +40% très exactement. Bigre : le fameux retard du CAC 40 est de très exactement -1,5%.

Mais attendez… que valait le dollar le 21 septembre 2011 ? Mais oui, 1,3450/euros contre 1,3020 ce mercredi… Ceci nous donne un petit bonus de 3% en faveur de l’euro — que nous ajoutons aux +40% du CAC 40. Ce dernier aura donc rapporté 43% au gérant new yorkais contre seulement 41,5% pour le S&P 500.

C’est donc Paris qui gagne, de très peu certes, mais avantage au CAC 40 !

▪ Mais oubliez donc Wall Street !
De toute façon, c’est un marché truqué qui vit sous perfusion de la Fed depuis trois ans. Prenez plutôt le DAX 30 : ça au moins c’est un véritable indice, libellé en euros, représentatif d’une économie qui ne se développe pas à coup de planche à billets (c’est même formellement interdit outre-Rhin).

Le DAX 30 est revenu hier à 1% de son record historique de juillet ou décembre 2007 (soit 8 100 points à peu de choses près). Voyez où se traîne notre pauvre CAC 40 en comparaison : il se hisse péniblement vers les 3 850 points, histoire de désactiver un nouveau strike de turbos puts. Il lui manque donc pas moins de 2 300 points pour retracer son sommet des 6 168 points du 1er juin 2007 — soit un gain de 60% par rapport à la clôture de mardi à 3 840 points.

C’est clair, notre pauvre CAC 40 est complètement dans les choux, ridiculisé par le DAX 30 et le S&P 500 (même si sur les 18 derniers mois, le CAC 40 fait jeu égal comme cela vient d’être démontré).

Oui, voilà bien l’une des contre-vérités les plus largement répandues et les plus fréquemment réitérées par des générations de gérants (les jeunes comme les anciens) avec la force de l’évidence devant un public peu averti — et qui hoche la tête en se demandant s’il est vraiment temps de sortir son chéquier ou si le potentiel de rattrapage invoqué n’est pas un peu trop beau pour être vrai.

▪ Un CAC peut en cacher un autre
C’est évidemment trop beau pour être vrai : le CAC 40 et le DAX 30 sont deux indices obéissant à des modes de calculs très différents. Notre indice national affiche l’évolution des 40 vedettes hors dividende, alors que le DAX 30 les réintègre au fur et à mesure de leur distribution.

Il en résulte une distorsion de performance qui avoisine les 10% sur les 18 derniers mois ; ce constat s’impose à la lecture du graphique du CAC 40 « TR » (total revenue… ou CAC dividende inclus).

Ce CAC 40 TR sert de sous-jacent aux produits dérivés de type ETF, plus connus sous le nom de trackers indiciels. Ces titres, comme le BX ou le LVC, reproduisent l’évolution de l’indice avec un levier positif ou négatif de 2, 5, 7, etc. Comme ils ne distribuent aucun dividende pour les haussiersmais déduisent la valeur des coupons détachés (ou des actions gratuites distribuées) pour les baissiers, ils sont forcément adossés non pas au CAC 40 (plus connu du grand public et des médias) mais au CAC TR.

Ce dernier avait inscrit un plancher de 5 500 points le 22 septembre 2011 alors que le CAC 40 (PX1) affichait un plancher de 2 755 points comme nous l’avons déjà évoqué.

Autrement dit, à 8 305 points (zénith intraday de mardi), le CAC TR a repris 50% sur son plancher d’il y a 18 mois tandis que le CAC hors dividende a repris 38,2% dans l’intervalle.

En ce qui concerne le DAX 30 : il avait inscrit un plancher de 5 000 points les 12 et 23 septembre 2011. De facto, à 8 005 points vendredi, il affiche une performance de très exactement +60%. Elle est certes supérieure de 10% à celle du CAC TR… mais s’explique par une surpondération historique en valeurs bancaires, qui tirent le PX1 vers le bas depuis cinq ans.

Sortez les trois grandes banques du CAC 40 et remplacez-les par des Sodexo, des SEB ou des Casino et notre indice phare comblerait instantanément son handicap. Ceci démontre que les autres composantes sont largement aussi bien valorisées que leurs homologues germaniques et n’ont pas plus de retard à combler que le dollar canadien sur le dollar US.

Nous réaffirmons donc — mais nous avons si souvent l’impression de prêcher dans le désert — que la bourse de Paris n’a aucun handicap à combler par rapport aux deux « références » les plus couramment citées qui sont le DAX 30 et le S&P 500… Mais comme nous l’évoquions une fois encore lundi, plus la contre-vérité est évidente, plus l’incompétence nous assène des postulats erronés avec aplomb, et « mieux ça passe ».

Rien à faire, cependant… La Chronique Agora n’a toujours pas l’intention de laisser passer les (pieux) mensonges des manipulateurs d’indices et d’opinion.

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