La Chronique Agora

Quand l’inflation ne suffit plus

 Pendant des années, les États-Unis ont pu repousser les échéances en empruntant davantage, en baissant les taux et en laissant l’inflation faire une partie du travail. Mais avec une dette publique proche de 40 000 Mds$, le mécanisme commence à se gripper : plus Washington emprunte, plus la charge d’intérêts s’alourdit, et plus il devient difficile de sortir de cette fuite en avant. 

La mort nous attend tous. Et l’Empire de la Bulle aussi.

La Bulle, pourtant, est toujours bien vivante. Mais le conseiller financier de fortune de M. Trump — Pete Navarro — cherche déjà un responsable à sa disparition : Kevin Warsh. Le Hill :

Peter Navarro estime que la hausse des taux de la Fed est « une mauvaise décision »

En clair, Navarro veut davantage d’inflation… et il la veut avant le déjeuner. Selon lui, ajouter un peu de gin au punch permettrait de prolonger la fête encore un peu — au moins jusqu’aux élections de mi-mandat.

Warsh, lui, pense plutôt que nous devrions tous faire un peu d’exercice.

« L’inflation ou la mort » n’était finalement qu’un choix de politique économique. La Fed n’avait pas d’autre option. Elle pouvait continuer à faire jouer la musique en gonflant la Bulle toujours davantage… avec plus de monnaie factice et des taux toujours plus bas. Ou bien couper le courant et laisser la Bulle se dégonfler, s’affaisser et mourir de sa belle mort.

Dans les deux cas, l’issue était la même : un cadavre. L’option « mourir » était simplement plus rapide… plus digne et plus maîtrisée. Appuyer sur le bouton « inflation », en revanche, mène au chaos, aux bouleversements, à la corruption, à la réélection, à la dépression… et souvent à la guerre… avant de finir, là encore, par la mort.

L’inflation permet de dépenser de l’argent qui n’existe pas pour acheter des choses que l’on n’a pas les moyens de s’offrir. Mais arrive un moment où l’on ne peut tout simplement plus supporter davantage d’inflation. Ce n’est qu’alors que les politiques finissent par y renoncer.

C’est pourquoi Navarro peut rester serein. Il aura son inflation… et il l’aura à dose massive.

Voici comment cela fonctionne.

Vous « imprimez » un dollar supplémentaire… et les gens l’acceptent, disons, avec une décote de 5 %. Puis vous en « imprimez » un autre… puis un autre encore. Chaque nouveau dollar est accepté par le marché avec une décote toujours plus importante, jusqu’au jour où… la décote dépasse 100 % !

Cela paraît absurde. Et pourtant, la monnaie factice finit par avoir une valeur négative.

À ce stade, imprimer davantage de monnaie ne fait qu’aggraver les choses… les valeurs réelles baissent au lieu de monter.

Imaginons que vous teniez un restaurant. Vous servez un repas correct à 100 $. Puis, avec un peu d’inflation, son prix passe à 120 $… puis à 200 $… et à 1 000 $. Vous ne gagnez pas davantage d’argent : vous essayez simplement de suivre l’inflation.

Mais à un moment donné, les opérateurs abandonnent le dollar. Alors, même si l’étiquette affiche 100 000 milliards de dollars, ce prix peut en réalité valoir moins que les 100 $ de départ.

L’inflation déséquilibre l’économie. Elle fausse les prix… provoque des « erreurs » financières… freine l’investissement… réduit la production… et finit par rendre les gens fous.

La plupart des gens disposent de moins en moins de pouvoir d’achat. La « demande » diminue donc. Les biens réels deviennent bon marché — en monnaie réelle.

Nous avons vu la semaine dernière que les logements et les automobiles étaient devenus très bon marché en termes d’or. Le travail aussi est devenu très bon marché. En 1999, un ménage américain gagnant le revenu médian percevait l’équivalent de 145 onces d’or par an. Aujourd’hui, il en gagne à peine 20.

La monnaie papier sait toujours où elle va… et elle finit toujours par y arriver.

Des billets de 1 000 $ peuvent s’envoler dans les ruelles ; plus personne ne prend la peine de se baisser pour les ramasser.

Depuis 2020, le dollar a déjà perdu 23 % de son pouvoir d’achat. À ce rythme, vers 2044, il devrait être pratiquement sans valeur. Ce sera alors le moment de sortir le cercueil en acajou ; à ce stade, l’économie aura déjà commencé à se décomposer.

Comme nous l’avons vu il y a quelques jours, depuis plusieurs décennies, la masse monétaire américaine progresse deux à trois fois plus vite que le PIB. Et cela va continuer.

Face au choix « l’inflation ou la mort », les responsables politiques et les banquiers centraux choisissent presque toujours l’inflation, tant qu’ils peuvent encore se le permettre. Ils veulent « repousser le problème à plus tard »… pour que quelqu’un d’autre ait à s’en occuper.

Parfois, cependant, ils tiennent bon, resserrent la vis et laissent la Bulle mourir. C’est ce qu’a fait Paul Volcker en 1980.

Mais à l’époque, la dette du gouvernement américain était inférieure à 1 000 milliards de dollars. Aujourd’hui, elle atteint 40 000 milliards… auxquels s’ajoutent environ 90 000 milliards de dette privée et des milliers de milliards d’engagements fédéraux supplémentaires.

Aujourd’hui, les responsables politiques veulent toujours l’inflation. Mais ils sont désormais pris au piège.

Mourir est trop douloureux pour être envisagé. Mais vivre n’est pas beaucoup plus facile.

Le cycle des taux d’intérêt s’est retourné contre eux. Ils créent de l’inflation en empruntant. Davantage d’emprunts signifie davantage de dette. Davantage de dette signifie davantage de service de la dette — c’est-à-dire davantage d’intérêts — ce qui alourdit encore la dette et exige toujours plus d’inflation.

C’est pourquoi notre analyste Tom Dyson estime qu’il est temps de revoir notre formule « l’inflation ou la mort ».

« Tout le problème vient du fait que le dollar est surévalué… ET que le gouvernement a pris des engagements qu’il ne peut pas tenir, dont beaucoup ne sont même pas encore arrivés à échéance. La dette est devenue un poids si écrasant… qu’ils ne peuvent choisir ni l’austérité (mourir), ni davantage d’emprunts et de dépenses (inflation). Les deux chemins mènent au même endroit… un défaut gigantesque. »

Aujourd’hui, il n’y a plus de Volcker. Et plus de Reagan pour le soutenir.

39 000 milliards de dollars de dette supplémentaire dans les comptes fédéraux.

Et aucun moyen de dégonfler l’Empire de la Bulle sans démonter le chapiteau… renvoyer le directeur du cirque… et ramener les éléphants au zoo.

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