La Chronique Agora

Pourquoi le marché vous dit de miser sur l’IA

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L’intelligence artificielle suscite les scénarios les plus extravagants, du miracle technologique à l’effondrement de la civilisation. Mais les marchés racontent une autre histoire. En regardant où va réellement l’argent des investisseurs, un signal se dessine : plutôt que de parier sur l’apocalypse, mieux vaut comprendre ce que les marchés nous disent de la révolution de l’IA.

Dans ma dernière chronique, je soulignais que « les experts » ont des visions radicalement différentes de l’avenir que l’intelligence artificielle est appelée à façonner. Certains sont utopistes. D’autres, au contraire, prédisent le pire. Et certains naviguent entre les deux.

Pour ceux d’entre nous qui ne sont ni ingénieurs ni scientifiques spécialisés dans l’IA, il est difficile de savoir qui croire et sur quels arguments s’appuyer. D’autant que les chercheurs et les ingénieurs à la pointe de cette technologie sont eux-mêmes loin d’être toujours d’accord.

Pourtant, tout découle d’une question fondamentale pour l’investisseur : quelle attitude adopter face à l’avenir ? Faut-il se montrer méfiant, jouer la prudence et construire son portefeuille en conséquence ? Ou faut-il rester positif et saisir les opportunités ?

Le marché actions, qui se dirige vers une quatrième année consécutive de hausse à deux chiffres et se trouve à quelques encablures seulement de son plus haut historique, penche clairement pour la seconde option.

Et il le fait savoir haut et fort.

Pourquoi faire davantage confiance au marché qu’aux experts ?

Pourquoi accorder davantage de crédit au consensus de millions d’investisseurs qu’aux meilleurs scientifiques et chercheurs de la planète ?

Leur bilan, pour commencer.

Chaque jour, des millions d’hommes et de femmes rationnels, guidés par leurs intérêts et conscients des risques, évaluent les facteurs économiques, technologiques et sociaux — connus ou potentiels — susceptibles de façonner l’avenir, puis intègrent leurs anticipations dans le prix des actions.

Ces investisseurs ne se contentent pas de donner leur opinion. Ils mettent leur argent en jeu. S’ils se trompent, ils peuvent subir des pertes considérables. S’ils ont raison, ils peuvent réaliser des profits importants.

C’est notamment pour cette raison que l’on qualifie parfois les marchés d’efficients : les informations disponibles sont rapidement intégrées dans les cours.

Si vous doutez que des investisseurs cupides et obsédés par le risque puissent en savoir davantage que des scientifiques et des décideurs hautement qualifiés, pensez à l’accident de la navette spatiale Challenger.

Le 28 janvier 1986, à 11h38, la navette décollait de son pas de tir de Cap Canaveral. Soixante-treize secondes plus tard, à neuf miles d’altitude — environ 14,5 kilomètres — elle se désintégrait.

Le lancement était retransmis en direct à la télévision. La nouvelle se répandit donc immédiatement.

En quelques minutes, les investisseurs commencèrent à se débarrasser des actions des quatre principaux sous-traitants du programme spatial : Rockwell International, qui avait construit l’orbiteur et ses moteurs principaux ; Lockheed, chargé des opérations au sol ; Martin Marietta, fabricant du réservoir externe ; et Morton Thiokol, qui produisait les propulseurs à poudre.

Les quatre titres furent violemment sanctionnés dans un premier temps. Mais à la clôture, trois d’entre eux n’avaient finalement perdu que quelques pourcents. Une seule exception : Morton Thiokol, dont l’action terminait la séance en forte baisse.

Pourtant, aucun reportage diffusé ce jour-là ne désignait Morton Thiokol comme responsable de l’accident.

Il faudrait attendre plus de quatre mois pour qu’une commission présidentielle conclue que les joints d’étanchéité en caoutchouc — les fameux joints toriques — de l’entreprise étaient à l’origine de la catastrophe.

Le marché, lui, avait identifié le responsable avant même la fin de la séance.

Comment les investisseurs pouvaient-ils savoir ce que les scientifiques de la NASA eux-mêmes ignoraient encore ?

La « sagesse des foules »

L’auteur James Surowiecki appelle ce phénomène « la sagesse des foules ».

L’idée est simple : ce que sait collectivement un grand nombre de personnes dépasse largement ce que peut savoir un individu ou même un groupe restreint d’experts.

On en trouve des exemples partout.

Prenez par exemple le célèbre jeu télévisé, Qui veut gagner des millions ? Lorsqu’un candidat faisait appel au coup de fil à un ami, ou plus précisément à un expert de son choix, cet expert donnait la bonne réponse dans 65 % des cas. Mais lorsque le candidat demandait au public présent dans le studio de voter, celui-ci choisissait la bonne réponse dans 91 % des cas.

Et cela se passait avant l’arrivée des smartphones, qui nous permettent aujourd’hui de tricher bien plus facilement.

Nous accordons énormément de valeur à l’intelligence et au savoir des experts. Pourtant, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, une foule peut parfois se révéler plus intelligente qu’eux.

Les experts n’apprécient évidemment pas beaucoup cette idée.

Mais ce n’est pas notre problème.

Notre objectif est de parvenir à l’indépendance financière — et de la conserver — en nous positionnant du bon côté des grandes tendances. Pas de flatter l’ego de ceux qui pensent tout savoir.

Et si les Cassandre de l’IA avaient tort ?

Les pessimistes de l’IA racontent une histoire particulièrement saisissante : des machines qui échappent à tout contrôle, l’effondrement de la civilisation, voire la fin de l’humanité.

C’est passionnant à lire.

Mais rappelons-nous ce que ce n’est pas : de la science.

Cherchez derrière ces affirmations un ensemble de travaux scientifiques évalués par les pairs et reproduits par d’autres chercheurs. Vous risquez de chercher longtemps.

Les pessimistes préfèrent généralement d’autres formats : articles de blog, interviews télévisées, essais ou publications spectaculaires sur X.

Cela ne signifie pas qu’ils ont nécessairement tort.

Mais ce n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une démonstration scientifique rigoureuse.

Alors, regardez plutôt les marchés financiers : les performances des actions, la volatilité et les autres indicateurs du risque.

Observez également les cours des compagnies d’assurance, dont le métier consiste précisément à évaluer et à tarifer les catastrophes.

Et regardez enfin ce que les marchés de prédiction anticipent quant à la valorisation d’Anthropic et d’OpenAI, les deux principaux laboratoires d’IA.

Le tableau qui se dessine n’est pas simplement stable.

Il est franchement optimiste.

Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez dans les marchés aucune preuve d’une catastrophe imminente.

Et c’est important.

Car il existe une différence fondamentale entre agiter des scénarios dignes de la science-fiction et mettre réellement son argent en jeu sur la base de ses convictions.

Bien sûr, l’histoire montre que les marchés peuvent se tromper.

La science aussi.

Mais prises ensemble, l’information librement accessible et les prix issus de marchés libres ont constitué les guides les plus fiables dont nous disposions pour déterminer ce qui est réellement vrai.

Se positionner pour profiter de la vague

Mon conseil ?

Acceptez que le déploiement massif de l’IA est désormais inévitable.

Comprenez qu’il aura des conséquences positives comme négatives.

Et positionnez votre portefeuille de manière à pouvoir profiter de son potentiel de hausse.

En appliquant les techniques éprouvées de réduction du risque de l’Oxford Club — allocation d’actifs, diversification, dimensionnement des positions et ordres stop suiveurs — vous pouvez bénéficier d’un potentiel de hausse illimité tout en limitant strictement votre risque de perte.

C’est une bien meilleure stratégie que de passer son temps à redouter la fin du monde.

Et, accessoirement, elle est aussi beaucoup plus lucrative.

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