La Chronique Agora

Plafond de la dette US, le retour

▪ Alors, quoi de neuf ? Que se passe-t-il ?

Eh bien, qui sait ? Quand M. le Marché veut faire quelque chose, il n’a pas besoin de raisons. Il ne demande pas de permission. Et il ne donne aucune forward guidance. Il fait juste ce qu’il veut.

Quoi qu’il en soit, les commentateurs ne parlent que de la dette américaine et de sa limite. Nous n’avons pas lu tous les détails : l’affaire semble mineure. Mais si le Congrès US ne bouge pas son popotin collectif pour passer une nouvelle loi, le gouvernement va devoir fermer boutique — le fameux shutdown. C’est parce qu’une précédente loi — le plafond de la dette — exige que les autorités cessent d’emprunter quand elles atteignent une certaine limite.

Pour autant que nous puissions en juger, tout le monde est pour que les autorités continuent à dépenser de l’argent qu’elles n’ont pas. La dispute porte plutôt sur l’objet des dépenses. Les républicains veulent mettre fin aux dépenses concernant le plan de santé d’Obama. Les démocrates veulent dépenser sur tout.

A moins qu’ils puissent se mettre d’accord, les dépenses cesseront sur tout ou presque.

Voici un autre titre qui flotte dans l’éther informatique :

"Le défaut dont personne ne veut".

Voilà qui est parfaitement inexact. Nous serions ravi de voir un défaut se produire. C’est même précisément ce qui devrait se passer. Le Congrès dépense plus qu’il ne rapporte. Cela fait des années que ça dure. Lors d’un très rare accès de lucidité, il a entrevu l’avenir et a juré d’arrêter. Il a mis une limite sur la quantité de dette que le gouvernement pouvait accumuler. Les autorités atteindront bientôt ce niveau. L’emprunt devrait donc cesser.

Nous aimerions bien voir cela. Pas tant pour la santé financière du pays — nous aimerions juste voir leur tête : tous ces zombies… soudain privés de sang frais.

▪ Un régime ? Oui oui… demain !
Mais qui croyons-nous leurrer ? C’est comme un obèse qui déciderait de se reprendre en main. Il observe son poids grimper. Il prend la résolution de réduire son alimentation quand il aura atteint 125 kg. Il se sent fier d’avoir pris une décision aussi ferme et résolue.

Maintenant, son poids est sous contrôle, n’est-ce pas ? Sa femme devrait être fière de lui.

Puis il atteint le chiffre fatidique. "Oh oh", pense-t-il…

Le même soir, le dessert arrive. Il commence à se dire, qu’est-ce que 125 kg ont de si spécial ? Pourquoi pas 130 kg ? Ou 135 kg ?

Il pourrait simplement ne pas prendre de dessert. Mais c’est son préféré. Alors, ma foi, il change de résolution ! Il mangera du gâteau. Mais, à dater du Nouvel an, il redescendra sous les 125 kg.

A présent, le pays tout entier regarde le Congrès US. Tout le monde veut un morceau de gâteau au chocolat ! Le complexe militaro-industriel veut plus d’avions, plus de drones, plus de tanks, plus d’espions, plus de taupes, plus contrats, plus de pensions — en bref, plus d’argent. Idem pour le secteur de l’éducation. Et de la santé. Et tous les autres secteurs qui se sont mis le gouvernement dans la poche.

Et qu’en est-il de tous les retraités ? N’ont-ils pas gagné leur Sécurité sociale ? N’ont-ils pas droit à Medicare, Medicaid et ObamaCare ?

Oui, tout le monde pense avoir un besoin… et un droit… à un morceau de gâteau. Alors que faire ? Prendre une nouvelle résolution !

De toute façon, le déficit US est en baisse. Il n’y a plus de raisons de s’inquiéter. En tant que pourcentage du PIB, il n’est que de 5,7%, bien moins qu’en 2009-2010.

▪ Le ratio dette/PIB n’a pas de sens
Attendez une seconde. Quelle sorte de sottises est-ce là ? Notre collègue Simone Wapler souligne qu’exprimer la dette en pourcentage du PIB n’a aucun sens. Le PIB est le revenu de la nation tout entière, non le revenu du gouvernement lui-même. Cela reviendrait à dire que votre excès de dépense ne revient qu’à 2% des revenus des habitants de votre quartier.

Le gouvernement ne peut pas puiser à volonté dans les revenus de tout le monde pour rembourser la dette. Il n’a que ses propres recettes fiscales. Les déficits n’ont de sens que par rapport aux ressources disponibles pour les combler. Durant les 11 premiers mois de l’exercice fiscal, les autorités américaines enregistraient un revenu record de 2 400 milliards de dollars. Toutefois, elles dépensent 3 200 milliards… soit un tiers de plus. En tant que pourcentage de ses propres revenus, le gouvernement américain est à 33% de dette… non les 5% dont tout le monde parle.

Tout ça est extrêmement distrayant… à condition de n’être pas soi-même accro au gâteau. Voilà pourquoi le meilleur endroit où regarder cette farce est depuis les coulisses… loin des événements. Hors des actions et des obligations, en d’autres termes.

Y a-t-il vraiment une chance que les autorités fassent défaut ? Peut-être symboliquement… un côté — les démocrates ou les républicains — essayant d’obtenir un petit avantage politique. Il n’y a aucune chance que tout ça finisse de manière honorable ou volontaire.

Au lieu de ça, on arrivera à une fin amère… quand les autorités se retrouveront vraiment à court d’argent et incapables d’en obtenir plus.

Quand est-ce que ça arrivera ? Nous aimerions bien le savoir. Ce pourrait être loin dans le futur. Pour l’instant, le cash flow et le crédit des Etats-Unis sont encore bons… et ils ne seront probablement pas sérieusement endommagés par tout ce spectacle du plafond de la dette.

 

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