La Chronique Agora

Pétrole, subprime et Carlyle Group : 2008, le retour !

▪ « Même moi, je ne me prêterais rien, à ce stade », déclare Annette Alejandro. Mme Alejandro vient tout juste de sortir de la faillite, sa voiture a été saisie l’an dernier et elle n’a pas d’emploi. Mais sa boîte aux lettres est pleine d’offres de cartes de crédit et de prêts automobiles.

Nous commençons cette édition avec une vertigineuse sensation de déjà-vu. Trois éléments sont apparus dans notre boîte e-mail la semaine dernière. Individuellement, ils ne signifient peut-être pas grand-chose. Combinés, ils nous donnent le même sentiment de nausée que nous avions en 2007-2008.

▪ D’abord les subprime
Les organismes de cartes de crédit ont émis 1,1 million de nouvelles cartes pour les emprunteurs subprime le mois dernier — une hausse de 12,3% par rapport à l’année précédente, selon Equifax, une société d’enquête sur le crédit.

« A mesure que les institutions financières se remettent des pertes sur les prêts accordés à des emprunteurs en difficulté », rapporte le New York Times, « certains des plus gros prêteurs aux personnes les moins solvables, dont Capital One et GM Financial, essaient de regagner leurs faveurs, tandis qu’HSBC et JPMorgan Chase, entre autres, remettent timidement pied sur le marché des prêts subprime« .

Si l’on met tout ça sur un graphique, il ressemble à ça…

On n’est pas tout à fait aux niveaux de 2007, nous l’admettons… Mais la tendance est assez marquée pour qu’un ancien de la Réserve fédérale dise : « il est clair que les affaires reprennent comme si de rien n’était ».

« Comme si de rien n’était » signifiant… dépenser plus qu’on ne gagne.

▪ … Ensuite Carlyle Group…
Le deuxième élément de notre trilogie 2007-2008 : comme Blackstone il y a quelques années, Carlyle Group — la deuxième plus grande société de private equity des Etats-Unis — entre en Bourse.

Mais Carlyle n’est pas n’importe quelle firme. Elle n’est pas basée à Wall Street, mais à Washington… pour mieux connecter son cordon ombilical au ventre de la bête. Le premier président Bush y était conseiller. Le chef d’état-major à la Maison Blanche sous Clinton, Mack McLarty, y est toujours.

« Carlyle prévoit de vendre une part d’environ 10% durant l’introduction en Bourse », rapporte Bloomberg News, « et commencera à proposer son offre aux investisseurs [cette semaine] ». Elle vise une valorisation de 7,5 à 8 millions de dollars.

Visiblement, les dirigeants de Carlyle ont conclu qu’ils avaient ramassé tout l’argent facile, et qu’il est désormais temps d’attirer les gogos. Tout comme Blackstone Group, qui est entré en Bourse — roulement de tambour — en 2007. Cela a très bien fonctionné… pour les huiles de Blackstone, sinon pour les investisseurs individuels.

▪ … Et enfin le pétrole
« Des contacts dans de nombreuses régions ont commenté la hausse des coûts de transport » — c’est un thème récurrent dans le dernier « Livre Beige » de la Fed, qui compile des rapports anecdotiques sur l’état de l’économie.

« Les fabricants dans de nombreuses régions », peut-on lire ailleurs, « ont exprimé leur optimisme concernant les perspectives de croissance à court terme, bien qu’ils soient quelque peu inquiets quant à la hausse des prix du pétrole« . (Les italiques sont de nous).

Ne vous y trompez pas : ce n’est pas parce que le crédit subprime croît comme de la mauvaise herbe, qu’une grande firme de private equity a besoin d’actionnaires pour que les bons temps continuent et que les prix du pétrole sont en hausse régulière qu’un nouveau Lehman est au coin de la rue.

Pas du tout. Mais nous en voyons un à l’horizon.

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