La Chronique Agora

L’or a-t-il un avenir ? (2/2)

or

Avec le retour – sans doute durable, quoi qu’on en dise – de l’inflation, l’or est prêt à retrouver un vrai rôle dans l’économie… et grâce aux nouvelles technologies, ce rôle pourrait même être dématérialisé.

Le fait est que – en dépit des efforts de nombreux gouvernements – l’or demeure la forme de monnaie la plus puissante et la plus fiable. Les Etats souverains ne veulent pas le reconnaître car cela réduit le pouvoir de l’alternative qu’ils privilégient : des monnaies contrôlées, émises par les banques centrales.

La dimension et le timing de ces émissions confèrent aux nations un énorme pouvoir sur la croissance économique, l’emploi et l’accumulation de richesses au sein du pays, et même sur le plan mondial, dans le cas des Etats-Unis.

L’or physique a été adopté comme forme de monnaie à l’ère des banques centrales (depuis 1668) pour soutenir la confiance à l’égard des billets de banque (l’or était une monnaie réelle, sous forme de pièces et de lingots, bien avant que les billets de banque ne soient utilisés).

Au fil du XXème siècle, le lien entre l’or et les billets de banque s’est progressivement effacé, mais l’or lui-même n’a jamais disparu.

Aujourd’hui, l’or reste une monnaie, mais c’est une devise dormante. Il conserve son rôle de réserve de valeur et d’unité de compte, mais il n’est utilisé comme moyen d’échange que dans certaines circonstances. L’époque où l’on échangeait une pièce d’or de 8 grammes contre des biens et services est révolue – pour l’instant.

Mais l’or est loin d’être fini…

Des gains majeurs

En tant que réserve de valeur, l’or est en passe de réaliser des gains majeurs, en réaction à la hausse de l’inflation attendue en 2022 et plus tard. L’inflation n’est pas provoquée par l’émission d’argent frais.

Une augmentation de la masse monétaire qui ne s’accompagne pas de changements intervenant dans la psychologie des épargnants – et susceptibles d’affecter la vélocité (vitesse de circulation de l’argent) – ou d’autres catalyseurs exogènes, a peu d’impact sur les prix à la consommation.

Le moteur de l’inflation, c’est la vélocité, ou la rotation de l’argent provoquée par les prêts et les dépenses de consommation. Or cette vélocité plonge depuis plus de 10 ans.

Pour autant, un catalyseur de vélocité exogène arrivera bientôt et persistera des dizaines d’années, sous forme de hausse des salaires nécessaire pour compenser la diminution de la population en âge de travailler en Chine, au Japon, en Europe, en Russie et aux Etats-Unis.

Cette hausse des salaires sera motivée en partie par la réorientation des travailleurs vers le secteur des soins aux personnes âgées, un travail nécessaire mais qui ne se prête pas à l’augmentation de la productivité.

Une fois que cette vague démographique frappera, la psychologie des épargnants basculera rapidement, et l’inflation des prix s’autoalimentera. L’inflation associée à une baisse de la confiance à l’égard de l’argent des banques centrales fera grimper l’or à 10 000 $ l’once, voire plus haut.

C’est le cours de l’or implicite et non déflationniste nécessaire afin de servir de filet de sécurité à la monnaie des banques centrales.

Or physique… et numérique

Au-delà, le rôle de l’or en tant que moyen d’échange sera très probablement rétabli en associant l’or physique, conservé en lieu sûr, à des systèmes de paiement numériques adossés à un poids d’or.

Peut-être qu’on aura un compte de 100 onces troy valant un million de dollars, lorsque l’or vaudra 10 000 $ l’once troy. Vous pourriez acheter des biens et services via un jeton numérique stocké sur une application mobile ou une carte à puce.

Après chaque achat, on défalquerait de votre compte-or la somme dépensée, en fonction du cours de marché de l’or à ce moment-là. Votre compte pourrait être rechargé par de nouveaux achats d’or.

Ce type de compte en monnaie adossée à l’or pourrait être étendu, en le reliant aux nouvelles monnaies numériques de banques centrales. Une interface numérique remplacerait la pièce d’or, et l’or physique stocké rétablirait un étalon-or.

Au bout du compte, les devises nationales ne seraient plus grand’chose d’autre qu’un mécanisme de comptage, alors que les fonctions de réserve de valeur et de pouvoir d’achat seraient peu à peu cédées à l’or.

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