La Chronique Agora

OpenAI joue sa dernière carte à Washington

OpenAI

Person showing OpenAi mobile app with green blur background, illustrative editorial. Chatgpt mobile application concept backdrop

Face à une concurrence plus agile et à un modèle économique encore fragile, OpenAI chercherait désormais à s’assurer le soutien direct de l’État américain. Sam Altman proposerait à Washington de prendre 5 % du capital afin de sécuriser l’introduction en Bourse du groupe et de justifier une valorisation proche de 1 000 Mds$.

Comment doit-on considérer OpenAI, dans un contexte où l’entreprise s’oriente vers une introduction en Bourse extrêmement attendue ?

D’une part, il paraît qu’elle cible une valorisation proche de 1 000 Mds$ ; ce n’est pas tout à fait aussi élevé que celle de SpaceX, mais cela ferait d’OpenAI l’une des trois ou quatre entreprises affichant les capitalisations boursières les plus élevées. D’autre part, OpenAI semble perdre la course à l’IA au profit de concurrents plus agiles tels qu’Anthropic, Google et Amazon.

Ces entreprises ont leur lot de problèmes, elles aussi, mais leur IA semble plus solide que ce que l’on constate chez OpenAI.

Par ailleurs, il est impossible d’ignorer les progrès accomplis par la Chine, même si la réalité est peut-être moins impressionnante qu’elle n’y paraît, dans la mesure où elle se sert de droits de propriété intellectuelle volés et de résultats d’IA accessibles au public afin de constituer ses propres ensembles de données d’entraînement. Peut-être vaudrait-il mieux considérer l’IA chinoise non pas comme le produit d’un vaste pillage, mais comme la preuve que toute cette affaire n’est peut-être pas aussi complexe que les experts technologiques ne le prétendent.

Dans tous les cas, le P-DG d’OpenAI, Sam Altman, a un atout dans sa manche. Il ne s’agit pas d’une meilleure technologie, ni d’un traitement plus rapide. Altman ne m’est jamais apparu comme un grand expert en technologies, ni même comme un homme d’affaires particulièrement doué. Il fait plutôt de la promotion.

Et pour faire évoluer les perspectives d’OpenAI, sa dernière stratégie consiste à s’appuyer sur le soutien du gouvernement. Selon certaines informations et mes propres sources, Altman chercherait à conclure un accord susceptible d’offrir à OpenAI une base plus solide et de booster peut-être le cours de l’action au moment de son entrée en Bourse.

Dans la genèse de cette histoire, il y a Elon Musk.

Elon Musk est-il un génie de l’investissement ? Le fait qu’il soit billionnaire nous montre qu’il fait certaines choses correctement.

Mais lesquelles ? Musk est trop complexe pour qu’on le réduise à une simple formule, mais le fait qu’il ait compris que certains des projets d’entreprise les plus porteurs sont ceux qui peuvent – d’une façon ou d’une autre – attirer les subventions publiques explique en partie comment il a fait fortune.

Tesla l’illustre bien.

Les véhicules électriques existent depuis plus d’un siècle, mais le moteur à combustion interne les a surpassés au début des années 1900.

Alors pourquoi voit-on tellement de Tesla sur la route ? Ceux qui en ont acheté ont bénéficié de généreux crédits d’impôt, ceci explique certainement cela. Un crédit d’impôt n’est pas une déduction fiscale ; il diminue directement, dollar pour dollar, le montant de l’impôt à payer. Ces avantages ont fait considérablement baisser le coût d’achat d’une Tesla et stimulé la demande.

Cela n’a rien de nouveau : aux États-Unis, les lignes ferroviaires transcontinentales se sont construites avec des concessions foncières accordées par le gouvernement américain.

Les plus grands centres de recherche universitaires ont été créés avec le soutien fédéral, conformément aux « Morrill Acts » [NDLR : série de lois américaines instituant des dons de terrains fédéraux à chaque État dans le but de mettre en place des institutions d’enseignement supérieur].

Aujourd’hui, le système bancaire américain continue de bénéficier de la garantie de la FDIC (« Federal Deposit Insurance Corporation ») et des liquidités de la Réserve fédérale.

Alors quel est le dernier entrepreneur en date en quête de subventions gouvernementales ? Sam Altman, le jeune prodige.

D’après certaines informations, Altman proposerait au gouvernement américain de prendre une participation de 5 % dans OpenAI. Si cet accord se concrétisait, cela contribuerait à apaiser les inquiétudes réglementaires entourant les futurs lancements d’IA et renforcerait les relations de la société avec Washington.

Mais pas seulement : une fois qu’OpenAI serait entrée en Bourse, cette participation de l’État renforcerait la probabilité de futurs contrats gouvernementaux et d’autres formes de soutien gouvernemental si nécessaire.

Il s’agit de l’une des plus anciennes tactiques financières. On doit reconnaître qu’Altman a le mérite d’apprendre à profiter de la manne publique – comme beaucoup d’autres avant lui.

Le timing de cette démarche n’a rien d’une coïncidence.

La future entrée en Bourse d’OpenAI se heurtait déjà à des difficultés susceptibles d’affecter la valorisation de l’entreprise, voire le calendrier de son IPO.

Wall Street avait commencé à poser la question qui tombe sous le sens : OpenAI peut bien dépenser des milliards de dollars en puces, centres de données et développement… mais où est le chiffre d’affaires ? Comment l’entreprise peut-elle générer assez de chiffre d’affaires pour payer les intérêts et le principal de la dette qu’elle souscrit pour financer son expansion ? Ses partisans déclarent que les fonds levés rembourseront la dette. Parfait. Mais qu’est-ce qui attend les nouveaux actionnaires ? Encore plus de dettes ? Une dilution ? Et même si la société OpenAI évite la dilution, comment peut-elle développer son activité ?

On ne sait pas trop, non plus, si le modèle économique d’OpenAI est évolutif. On peut toujours produire plus de produits en dépensant plus d’argent. Mais le secret d’un investissement technologique réussi consiste à repérer des entreprises capables de générer des revenus considérables sans devoir augmenter fortement leurs dépenses une fois leurs coûts fixes couverts.

Il est également possible qu’aucun géant de l’IA ne découvre un jour des modèles économiques vraiment durables en raison de la tendance croissante en faveur des logiciels open source. Les développeurs chinois ont publié certains de leurs modèles d’IA les plus puissants sous forme de projets open source. Tout le monde peut se servir du code et bâtir gratuitement dessus. Cela signifie que le chiffre d’affaires réel pourrait se situer dans des applications de niche et des modèles d’entraînement rigoureusement sélectionnés.

OpenAI, qui a tenté de dominer le monde des modèles ChatGPT, a découvert qu’une grande partie de la technologie sous-jacente est déjà disponible gratuitement. La société ne s’est pas montrée particulièrement agile pour s’adapter au monde de l’open source, contrairement à des concurrents tels qu’Anthropic.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Elon Musk a pris ses distances avec le projet initial d’OpenAI et lancé xAI.

Enfin, OpenAI a dépensé des sommes énormes pour se lancer dans l’intelligence artificielle générale (« IAG »), que l’on décrit parfois comme une superintelligence, c’est-à-dire un monde hypothétique dans lequel l’intelligence de la machine surpasserait tellement celle des humains qu’ils ne seraient plus aux commandes et se retrouveraient dans une situation subordonnée.

Ses partisans disent que ce n’est pas un problème car il serait toujours possible de « débrancher » les machines. Mais ils ne semblent pas se rendre compte que des systèmes suffisamment avancés pourraient développer leurs propres moyens de protection bien avant que les humains n’aient localisé le bouton « arrêt ».

Certains systèmes d’IA pourraient rivaliser entre eux ou – pire – coopérer de manière à réduire définitivement le contrôle humain.

La bonne nouvelle, c’est que l’IAG et la superintelligence telles qu’on les imagine généralement n’arriveront jamais.

Les ordinateurs peuvent être programmés pour raisonner de façon déductive et inductive, mais ils sont incapables de raisonner de manière abductive, une forme de logique qui s’appuie sur l’intuition, l’inférence et le bon sens. Les humains ont survécu des millions d’années grâce à cette logique que les ordinateurs ne peuvent répliquer.

Mais il est amusant d’observer que des entreprises telles qu’OpenAI engagent des philosophes pour instiller une dimension éthique et morale dans leurs systèmes. Elles ne semblent pas se rendre compte que les philosophes ne sont pas tous d’accord entre eux et que certaines écoles de pensée philosophique ont produit des idées moralement répugnantes. (Rappelez-vous que les nazis avaient, eux aussi, leurs philosophes.) Un doctorat en philosophie ne se substitue pas à l’instinct quand il s’agit de distinguer le bien du mal.

Le compte à rebours vers l’entrée en Bourse d’OpenAI a commencé. De nombreux éléments se dressent sur son chemin et on a de bonnes raisons de penser qu’à terme, sa valorisation pourrait ne pas être à la hauteur de l’engouement actuel.

Quant à savoir si le recours d’Altman aux subventions de l’État suffira à sauver la situation, nous aurons bientôt la réponse.

(Article initialement publié dans Jim Rickards Trading.)

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