Des millions de projets s’effondrent, les arnaques refont surface et la volatilité secoue le marché. Mais dans ce paysage de destruction créatrice, le Bitcoin sort renforcé, concentrant les flux et consolidant sa position dominante.
Si les nouvelles cryptos offrent parfois des gains spectaculaires, elles constituent aussi un terrain propice aux arnaques. L’effondrement en 2025 d’AccGn, système de type Ponzi dans l’univers crypto, a ainsi provoqué 18 millions d’euros de pertes.
Avec la multiplication des lancements et la baisse des prix observée depuis octobre, le nombre d’échecs a atteint un record en 2025.
BFM rapporte :
« 2025 restera une année noire pour l’écosystème crypto. Plus de 11,6 millions de crypto-monnaies ont disparu en 2025 sur les 20,2 millions lancées cette année, soit un taux d’échecs de 50 %. Il s’agit du ‘nombre d’échecs le plus élevé jamais enregistré en une seule année’, selon le site spécialisé Coingecko qui a mené une étude sur le sujet. Au total, 86,3 % des échecs de projets cryptos lancés depuis 2021 ont eu lieu en 2025. »
Une partie de cette disparition massive s’explique par l’augmentation continue du nombre de projets lancés au fil du temps. Autrement dit, plus il y a de créations, plus le nombre d’échecs augmente, mécaniquement.
Le Bitcoin, pôle de stabilité
Après avoir atteint un sommet historique autour de 125 000 dollars en 2025, le Bitcoin a connu une correction marquée. La crypto-monnaie a perdu près de 50 % de sa valeur, revenant vers des niveaux proches de 66 000 dollars.
Cette phase de repli illustre la forte volatilité du marché crypto, même pour son actif le plus dominant.
Malgré ces fluctuations, le Bitcoin demeure l’actif le plus stable au sein de l’univers des crypto-monnaies, grâce à l’ampleur de sa base d’investisseurs et d’épargnants, ainsi qu’à la profondeur de son réseau de minage, qui renforce la sécurité du protocole contre toute tentative de détournement.
Les mineurs, loin de se retirer, continuent d’augmenter progressivement leurs capacités. Cette montée en puissance accroît encore la robustesse du réseau et rend toute attaque ou manipulation toujours plus coûteuse.
La réputation du Bitcoin en matière de stabilité et de sécurité constitue ainsi l’un des moteurs structurels de son adoption à long terme, à mesure que de nouveaux investisseurs rejoignent l’écosystème.
Après une phase de spéculation marquée sur des cryptos comme Dogecoin ou Solana, les flux se réorientent majoritairement vers le Bitcoin.
Sa part dans la capitalisation totale a fortement progressé ces dernières années : elle atteint 58 %, contre 40 % en janvier 2023. À l’inverse, la part de l’Ethereum a reculé de 18 % à 12 %, tandis que celle de l’ensemble des autres cryptos a chuté de 42 % à 29 %.
Bitcoin : les erreurs des critiques
Malgré cette évolution, le Bitcoin continue de susciter des doutes chez de nombreux investisseurs et économistes, dont Michael Burry, célèbre pour avoir anticipé la crise des subprimes de 2008.
Dans un podcast en décembre, il déclarait :
« Je pense que le Bitcoin à 100 000 $, c’est totalement ridicule. Je suis bouche-bée de voir des personnes sensées à la télé parler du Bitcoin, en disant avec naturel qu’il atteint les 100 000 $, ou 98 000 $ après une baisse. En réalité, il ne vaut rien. Mais tout le monde regarde sans broncher. C’est la bulle des tulipes de notre ère. C’est même pire que la bulle des tulipes puisque tant d’activités criminelles peuvent ainsi avoir lieu en cachette. »
Pourtant, la valeur de l’or provient elle aussi largement de son usage comme instrument d’épargne et d’investissement, en raison de ses propriétés intrinsèques.
Le fonctionnement du Bitcoin via la blockchain offre, à l’instar des métaux précieux, un outil d’échange et d’épargne protégé contre la spoliation et la falsification. Beaucoup d’experts considèrent néanmoins qu’une monnaie doit être adossée à un État ou à une entreprise pour avoir de la valeur.
Dans une interview sur Radio France, l’historien de l’économie Arnaud Orain établit un parallèle entre les cryptos et certaines monnaies privées du passé, telles que les titres bancaires du XVIIe siècle ou la Compagnie des Indes, associée à une bulle spéculative. Il explique :
« [Le] capitalisme du XXIe siècle prend un mouvement inverse de celui qui s’est produit au XXe siècle, ce dernier dominé par la centralisation monétaire. Depuis une dizaine d’années, la souveraineté monétaire se décentralise et se fragmente à nouveau. Dans un tel monde, les États pourraient devenir des acteurs souverains parmi d’autres, et peut-être moins puissants que certains acteurs privés. »
Selon cette lecture, les cryptos relèveraient d’un retour aux monnaies privées.
À l’inverse, le Bitcoin s’inspire davantage du modèle des métaux précieux que de celui des titres bancaires ou des compagnies coloniales. Sa valeur, en tant qu’outil d’épargne ou d’échange, découle de ses caractéristiques techniques — rareté programmée, décentralisation, sécurité cryptographique — et de son adoption par des millions d’utilisateurs à travers le monde.
Les hausses de prix liées à la demande créent en outre des incitations économiques au minage, ce qui renforce la sécurité du réseau.
Comme l’or, le Bitcoin offre une protection contre la spoliation liée à la création monétaire. Sa valeur repose précisément sur l’absence d’émetteur central et sur son indépendance vis-à-vis d’un gouvernement, d’une banque ou d’une entreprise.
À l’inverse, les monnaies fiduciaires comportent un risque de dévalorisation par expansion monétaire, voire d’effondrement en cas de faillite de l’institution émettrice. La concentration de l’émission monétaire entre les mains des États, au début du XXe siècle, s’est notamment imposée comme instrument de financement de la Première Guerre mondiale. Le contrôle de la monnaie offre ainsi aux gouvernements un accès indirect à l’ensemble des patrimoines pour financer guerres et déficits.
Le Bitcoin, comme les métaux précieux, supprime ce risque d’émetteur central et laisse le contrôle du patrimoine aux épargnants plutôt qu’aux gouvernements.
Comme lors des cycles précédents, rien n’indique que la phase actuelle de correction soit nécessairement durable : l’histoire du Bitcoin montre que les périodes de repli ont souvent laissé place à de nouveaux mouvements haussiers, à mesure que l’adoption progresse et que la rareté programmée continue de produire ses effets.
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