La Chronique Agora

De la loterie à la Bourse

loterie, Bourse

Le concept de loterie est apparu il y a près de 500 ans en Europe. Interdite sous la Révolution, elle est bien vite relancée, et son principe a désormais conquis les systèmes monétaires.

Le culte de la spéculation n’est pas produit par un vice des hommes, l’appétit pour le jeu.

Non, cet appétit n’est que la condition permissive de la mise en place d’un système de spoliation volontaire de la masse.

Ce système est celui des loteries. Les rois ont utilisé les loteries (à partir de François Ier, qui a importé le concept durant les guerres d’Italie) pour compléter leurs ressources de prélèvements et de prédations violentes par les ponctions sur les joueurs consentants.

La Révolution passe par là

L’une des premières décisions de la Révolution fut de supprimer la loterie royale mais, en difficulté financière par la suite, elle l’a évidemment rétablie.

Le jeu permet au roi et à ses fermiers généraux de vendre 100 quelque chose qui ne vaut que 20 ou 30, en comptant sur l’imbécillité qui consiste, pour la classe des joueurs, à systématiquement exagérer ses chances de gagner.

L’un des exemples de jeu public les plus cynique fut celui branché sur les assignats, afin de relever temporairement leur valeur alors que plus personne n’en voulait. On a branché une loterie dessus, alors qu’ils valaient 5% du pair, et ils sont ainsi remontés grâce au phénomène de surévaluation par le jeu à 15% avant de s’effondrer à nouveau.

Au passage beaucoup se sont enrichis, tout comme d’ailleurs cela s’est fait lors des débâcles monétaires ultérieures sanglantes qui ont jalonné l’histoire française. La bourgeoisie française s’est plus enrichie sur la spéculation contre la monnaie, les dettes de l’Etat et les biens nationaux que sur l’investissement productif.

Vieilles méthodes et nouveaux vêtements

Cette analyse du jeu branché sur les assignats jointe à l’analyse de l’expérience de John Law qui a sophistiqué le jeu en branchant sur la monnaie la loterie des cours de Bourse de la rue Quincampoix m’ont beaucoup guidé dans ma compréhension de la finance moderne. On n’invente rien, on habille simplement des pratiques éternelles avec des vêtements prétendument modernes, qui disent : « Ce n’est plus jamais comme avant. »

Les rois, les puissants, les banques, émettent de la monnaie-promesse en quantité telle qu’elle devrait se dévaloriser quasi instantanément. Mais, ces temps-ci, elle ne se dévalorise pas, parce qu’elle a un débouché colossal, une rue Quincampoix planétaire : la loterie spéculative globale que constitue la Bourse et tous les marchés financiarisés.

Le pouvoir est toujours celui d’attirer à soi les richesses réelles, celles qui existent contre des promesses et des bouts de papier, ou des entrées comptables qui ont pour contrepartie des biens qui n’existent pas.

Les Etats-Unis attirent ainsi à eux les richesses du monde entier et, en contrepartie, exportent des morceaux de papier… biodégradables.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile