La Chronique Agora

Le « tout austérité » imposé par l’Allemagne commence à être critiqué

▪ « Mais vous voyez bien que le CAC 40 perd du terrain depuis vendredi dernier par rapport à l’Euro-Stoxx 50 (inchangé sur les quatre premières séances de la semaine) ; ou même par rapport à la Bourse de Madrid qui grimpe de 2,5% malgré toutes les difficultés que nous connaissons — c’est paradoxal mais c’est ainsi ! L’alternance politique française n’est pas du goût des marchés, inutile de chercher à le nier ».

C’est pourtant ce que nous allons faire en rappelant que les dividendes versés depuis lundi représentent l’équivalent de 30 points d’indice. Rajoutez-les aux 3 130 points affichés jeudi soir et cela revalorise le CAC à 3 160 points.

Du coup, avec ces 0,9% supplémentaire, il ne perd rien sur la semaine… et même plus rien depuis le 1er janvier. Il ne se fait pas davantage distancer par l’Euro-Stoxx 50 et reprend même 0,7% aux indices américains. En effet, le Dow Jones a aligné six séances de repli consécutif depuis mercredi dernier, suivies d’un timide rebond jeudi matin.

▪ Il y a 31 ans, la Bourse de Paris s’effondrait
Nous voici donc très loin du 11 mai 1981– dont certains nostalgiques célèbrent aujourd’hui le 31ème anniversaire. Cela avait été le début du krach le plus magistral jamais subi par la Bourse de Paris, laquelle resta fermée durant 48 heures avant que les cotations ne reprennent en baisse de 20% en moyenne.

Nous avons beaucoup ri ces dernières semaines en découvrant des blogs annonçant que l’élection de M. Hollande provoquera des convulsions boursières comparables à mai 1981 en France et débouchera à terme sur l’effondrement de l’Europe.

En ce qui concerne la mini-panique des marchés survenue lundi, vous en connaissez les origines helléniques et non hollandaises. S’agissant de l’effondrement de l’Europe, nombreux sont ceux qui redoutent encore un tel scénario, sans être viscéralement hostiles à tout gouvernement qui ne s’affiche pas ouvertement libéral.

▪ L’avenir de l’Eurozone semble bien trouble
La chute du rendement des Bunds à 10 ans sous les 1,50%, le jour même où le ministre des Finances allemands affirme que son pays doit pouvoir supporter sans trop de dommages une inflation à 3%, cela a de quoi surprendre.

Mais qui peut bien investir avec allégresse dans un placement qui détruit 1,5% de son patrimoine chaque année ?

Les stratèges affirment que c’est le prix à payer pour dormir tranquille lorsque l’on gère un portefeuille obligataire de plusieurs milliards alors que la visibilité sur l’avenir de la Grèce (et par extension des PIIGS) ne dépasse pas un mètre cinquante. C’est tout juste si l’on parvient à lire l’heure sur sa montre en tendant le bras : le futur de l’Eurozone ressemble à un baquet d’eau saumâtre !

Personnellement je préfère encore prendre le risque de détenir du France Télécom qui rapporte pratiquement 10%, même s’il s’agit de l’action la plus méprisée par les gérants anglo-saxons. Ces derniers lui prédisent un avenir sinistre du fait de l’intensification de la guerre des prix entre les quatre principaux opérateurs français.

Pour en revenir aux Bunds qui rapportent six fois moins qu’une action France Télécom, la toute récente décrue du rendement de 1,80% vers 1,50% coïncide effectivement avec la remontée des taux espagnols vers les 6% et des taux longs grecs au-dessus des 22%. C’est tout théorique, parce qu’à ce niveau de défiance, il n’y a en réalité aucune transaction sur les marchés.

▪ La Banque nationale suisse fait son marché
Mais l’explication ne saurait se résumer à une fuite éperdue vers la sécurité ! Les commentateurs oublient trop souvent un facteur technique tout aussi décisif : la banque nationale suisse (BNS) combat tout dépassement de la parité 1,20 sur l’euro/franc suisse.

Elle vend donc de la devise helvétique et achète une quantité équivalente d’euro qu’elle replace aussitôt en… Bunds allemands — pas folle, elle ne va pas acheter de la dette italienne ou espagnole dans le climat actuel.

Et comme la BNS ne fait pas ses courses dans les supermarchés germaniques, elle n’a guère à se soucier de la hausse des prix alimentaires où de l’habillement hors de ses frontières.

De toute façon, pour préserver sa compétitivité, elle se dit prête à consentir encore longtemps ce genre de sacrifice qui ne lèse ni le contribuable helvétique ni ne plombe sa balance commerciale.

L’Espagne ou l’Italie aimeraient beaucoup disposer d’une telle autonomie de gestion du cours de leur devise, mais il n’est pas possible de dévaluer l’euro. La seule alternative — et Angela Merkel et son ministre du Budget l’ont rappelé avec force ces dernières 48 heures devant le Bundestag — consiste à dévaluer le coût du travail et le train de vie de l’Etat. Dit autrement, il faut baisser les prestations sociales.

C’est un discours qui ne passe plus en Europe… et à la City non plus : l’austérité est une impasse, la fuite vers plus d’endettement l’est également.

La seule solution à peu près indolore — parce que non explosive socialement — et qui ne nécessite pas de refonte de la constitution ni de changement de périmètre de l’Eurozone, c’est un peu plus d’inflation.

Mais le problème, c’est que c’est une fois encore l’Allemagne qui doit donner son feu vert ou opposer son veto !

▪ Obama pointe du doigt la gestion allemande de la crise
Angela Merkel a été critiquée implicitement par Barack Obama jeudi soir lors d’une réunion de levée de fonds pour sa future campagne : « l’Europe n’a pas pris les mesures décisives que nous avons prises au début de cette récession » (sous-entendu, l’Allemagne n’a pas voulu prendre le risque de la création monétaire, au nom du risque inflationniste).

La chancelière a été désavouée explicitement par le ministre des Finances brésilien, Guido Mantega, qui complimente le président nouvellement élu pour ses prises de positions économiques en faveur de la croissance et dénonce le « tout austérité qui ne mène qu’à plus d’austérité ».

Angela Merkel a rappelé ce jeudi que financer la croissance par la dette était le meilleur moyen de recréer les conditions à l’origine de la crise !

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