La Chronique Agora

Le problème du capitalisme

** Durant le week-end, les gens ont eu le temps de penser. Dommage. La réflexion mène à l’action, qui mène aux problèmes.

* Ce à quoi pensent les commentateurs, les experts et les politiciens, c’est au moyen de "régler" les problèmes des marchés de capitaux. La plupart d’entre eux seraient incapables de changer un pneu — mais cela ne les arrête pas. Ils s’imaginent pouvoir trouver le trou dans le système monétaire mondial… et le réparer.

* "Les Etats-Unis préparent une révision des réglementations financières", lit-on aujourd’hui dans la version européenne du Wall Street Journal. L’article continue en indiquant qu’une série de changements est en route. Pour autant que nous puissions en juger, ces changements ne signifient pas grand’chose — on se contente de bouger un peu les bureaux des ronds-de-cuir. Tel est le plan proposé par Henry Paulson, ancien directeur de Goldman et désormais à la tête du Trésor US.

* Les critiques l’accusent de ne pas aller assez loin… de n’être qu’une extension de la tendance à la déréglementation qui a causé les problèmes pour commencer. Un véritable choeur des lamentations en appelle désormais à la re-réglementation des institutions financières — en appuyant lourdement sur les prêts hypothécaires.

* "Le principe du marché libre mis à mal par la crise économique américaine", rapporte un article AFP. "Un sauvetage des prêts hypothécaires par Bush est en préparation", ajoute le New York Post.

* Hélas, les "améliorations" semblent inévitables.

* C’est précisément le 14 mars 2008 que "le rêve est mort", selon Martin Wolf, du Financial Times. Le rêve en question, c’était le songe d’un "capitalisme mondial de marché libre", déclare l’article. Le monde s’est réveillé en sursaut, continue-t-il, lorsque la Fed a décidé de sauver Bear Stearns.

* Le "rêve" était plutôt une hallucination, selon nous. Nous pouvons imaginer que nous vivons dans un monde où le marché est libre. Mais les banques centrales de la planète fixent les prix du crédit, bidouillent les chiffres de l’inflation et impriment de l’argent sans arrêt. Maintenant que nous avons une crise sur les bras — embellie et exagérée par la planification des banques centrales — les longs couteaux sont aux trousses de la "libre entreprise".

* Le modèle "anglo-saxon" — aussi plein d’illusions, de vanités et d’absurdités qu’il soit — est encore le meilleur parce qu’il permet de séparer relativement rapidement les idiots de leur argent. Tous les autres modèles ne font que le ralentir… poissant les rouages avec des privilèges, des protections et des vols protégés par le gouvernement. Le véritable problème, sur les marchés de capitaux actuels, n’est pas que la machine du capitalisme soit en panne, mais bien qu’elle fonctionne. C’est précisément ce que les réformateurs veulent empêcher. Ils veulent "réparer les marchés" comme on castre un chat — de manière à en faire un animal de compagnie qui a tout d’une peluche, et qui ne vous cause aucun souci.

** Jusqu’à présent, les propriétaires américains ont probablement perdu environ 12% de la richesse qu’ils pensaient avoir dans leurs maisons. La valeur en capital totale du marché de l’immobilier résidentiel US est de 20 000 milliards de dollars. Une perte de 12% équivaut donc à 2 400 milliards de dollars environ. Quelques marchés immobiliers étrangers ont été plus durement touchés — comme l’Irlande, l’Espagne et l’Islande, par exemple.

* Les marchés actions ont subi des pertes similaires. A eux seuls, les fonds d’investissement américains ont enregistré pas moins de 100 milliards de dollars de retraits par des investisseurs nerveux. Mais là — une chose curieuse s’est produite : "dans une crise mondiale sévère, les marchés US ne vont pas si mal", titre le Wall Street Journal.

* En 2008, le Dow a chuté de 7,9%. Mais les marchés étrangers vont plus mal encore. La France a perdu deux fois ce chiffre. C’est pire pour l’Allemagne — 18,7% de chute. Les pertes les plus conséquences, cependant, ont été enregistrées sur les bouillants marchés de l’Est. Les actions indiennes ont perdu près de 20% de leur valeur. La bourse de Shanghai a chuté de 32%.

* Dans l’ensemble, les marchés canadiens et non-américains ont baissé de 15% environ — ce qui signifie que les valeurs boursières de la planète ont enregistré une perte d’environ 4 500 milliards de dollars en termes de devises locales… ou 3 000 milliards lorsqu’on la mesure en dollars (le billet vert a chuté, si bien que les investisseurs en dollars ont perdu moins sur les marchés étrangers que les investisseurs locaux).

* Nous soulignons que ces immenses réductions de la richesse implicite des investisseurs mondiaux pèsent lourdement sur le côté déflationniste de la balance. L’argent que les gens pensaient avoir est en train de disparaître. Pour un hedge fund, l’argent disparu pourrait ne signifier guère plus qu’un chiffre en moins sur son relevé de portefeuille. Mais dans le cas d’un propriétaire individuel, les pertes le forcent à modifier son niveau de vie — c’est-à-dire réduire ses dépenses pour équilibrer son budget familial.

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