La Chronique Agora

IBM, Google, Tesla… quand l’IA fait disparaître le cash

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Prague, CZ -26.08.2023: The IBM sign Logo on Czech Republic Headquarter. Technology Concept Corporation. EDITORIAL

IBM vient de perdre près de 70 milliards de dollars en Bourse, mais le mal dépasse largement le cas du géant informatique. Google, Tesla ou Oracle engloutissent désormais des fortunes dans les infrastructures d’intelligence artificielle, au risque d’assécher leur trésorerie. Et lorsque le cash disparaît, la confiance des investisseurs s’évapore avec lui.

Certaines choses sont plus prévisibles que d’autres. Le rythme quotidien du système solaire — matin, soir, nuit — se poursuivra presque certainement. Tout comme le cycle de la vie elle-même : naissance… vie… mort.

Nous avons vu que les guerres ont, elles aussi, leur propre rythme : elles ont un commencement et une fin. Mais entre les deux, lorsque vous déclenchez une guerre, vous ouvrez les portes de l’enfer. Et nul ne sait ce qui peut en sortir.

Mais aujourd’hui, nous nous laissons porter par les rythmes du monde de l’investissement — et nous caressons les fauves infernaux qui rôdent dans ses ruelles obscures.

Regardez IBM – une entreprise autrefois si prestigieuse. My Investing News écrit :

« Imaginez un retraité qui aurait accumulé des actions IBM pendant trente ans, les considérant comme la composante tranquille et fiable de son portefeuille imposable. Le raisonnement semblait solide : IBM est un ‘aristocrate du dividende’. En avril 2026, le groupe a relevé son dividende trimestriel pour la 31e année consécutive et il verse des dividendes sans interruption chaque trimestre depuis 1916.

Pourtant, la régularité de ces versements n’a pas suffi à stabiliser le cours de l’action. Le titre IBM a plongé de 25,2 % le 14 juillet, après que l’entreprise a lancé un avertissement inhabituel concernant ses résultats préliminaires du deuxième trimestre.

Pour les retraités, la leçon n’est pas qu’IBM serait soudainement devenue une entreprise sans valeur. Elle est que même une valeur vedette réputée peut devenir un dangereux pilier pour un portefeuille de retraite lorsqu’une seule société y occupe une place trop importante. »

Qu’est-ce qui a mal tourné ? Forbes rapporte :

« Cette chute historique est intervenue après l’envoi, mardi, d’une lettre de Krishna aux investisseurs d’IBM. Évoquant les résultats ‘décevants’ du groupe au deuxième trimestre, il y reconnaissait : ‘Ce qui s’est produit a été pire que ce que nous avions anticipé. Nous ne nous sommes pas adaptés et n’avons pas réagi assez rapidement.’ »

Et, pouf : près de 70 milliards de dollars se sont envolés.

Cela fait évidemment partie du rythme des marchés. Un instant, la valeur est là… et l’instant d’après, elle a disparu.

Le même phénomène de destruction de valeur se produit dans l’ensemble du secteur technologique. Au bout du compte, ce qui compte, c’est la trésorerie : soit on en a, soit on n’en a pas.

Google, par exemple, en génère davantage que n’importe quelle entreprise dans l’histoire : 112 milliards de dollars au dernier trimestre. Pourtant, son action baisse.

Pourquoi ?

Parce que sa trésorerie disparaît. Le dernier rapport de l’entreprise a fait apparaître un flux de trésorerie disponible négatif de 6 milliards de dollars. Où est passé cet argent ? Il a été « investi » dans des infrastructures destinées à l’intelligence artificielle.

Même histoire chez Tesla. L’action a chuté de 15 % après que l’entreprise a annoncé une perte de trésorerie de 1,1 milliard de dollars. Là encore, l’argent gagné grâce à la vente de voitures a été dépensé dans des infrastructures d’IA.

Lorsque l’argent sort par la porte, les investisseurs sautent par les fenêtres. Charlie Bilello établit la comparaison suivante :

« Apple a généré 129 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible au cours des douze derniers mois, tandis qu’Oracle a brûlé 24 milliards de dollars.

Leurs actions ont suivi leurs fondamentaux : Apple progresse de 56 % sur un an et évolue à un record historique. Oracle recule de 52 % sur la même période et se négocie à son plus bas niveau depuis plusieurs années.

Les investisseurs commencent à fixer une limite aux dépenses consacrées à l’IA.

La discipline d’Apple est récompensée. Les dépenses excessives d’Oracle sont sanctionnées. »

SpaceX appartient à une catégorie à part. Mais l’entreprise suit malgré tout un chemin bien connu : d’abord la hausse, puis la baisse. Et son cas nous permet de relier certains éléments entre eux.

Une partie des excellents résultats de Google au deuxième trimestre provient de la comptabilisation d’une plus-value de 99 milliards de dollars sur la valeur de ses investissements dans l’IA, notamment dans Anthropic et SpaceX. Anthropic reste une entreprise non cotée.

Mais depuis son sommet du 16 juin, la valorisation de SpaceX a été divisée par deux. Cela représente environ 1 500 milliards de dollars partis en fumée.

Une partie de cette perte apparaîtra dans le prochain rapport trimestriel de Google. L’entreprise devra comptabiliser une partie de ses investissements sous forme d’amortissements et reconnaître la baisse de valeur de sa participation.

Plus tard cette année, le 9 décembre, la plupart des périodes de blocage des actions arriveront à expiration. Une vague de ventes — de la part des employés les plus modestes comme des grands dirigeants — devrait alors frapper SpaceX avec la violence d’un astéroïde.

Attention à l’impact.

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