Anthropic pourrait bientôt valoir 2 000 milliards de dollars en Bourse, malgré des pertes abyssales. Entre promesses de profits démesurés et risques existentiels pour l’humanité, cette introduction en Bourse illustre à merveille les excès d’un système financier qui semble avoir perdu tout contact avec la réalité.
« Ah, et au fait… cela pourrait bien signifier la fin de toute vie telle que nous la connaissons. Mais inutile de venir nous demander des comptes. Nous vous avions prévenus. »
Voilà, en substance, ce que l’on pouvait lire dans ce qui est peut-être le document d’information le plus étrange jamais publié par une entreprise préparant son introduction en Bourse.
D’ordinaire, ces documents sont rédigés par des avocats qui prennent soin d’envisager toutes les éventualités, mais avec à peu près autant de panache qu’un mode d’emploi d’aspirateur. Cette fois, pourtant, les avertissements sont si apocalyptiques que nous avons presque hâte de voir ce qui va se passer.
L’entreprise en question s’appelle Anthropic. Son fonds de commerce, c’est l’intelligence artificielle. Et cette intelligence artificielle pourrait tous nous tuer.
Comme le rapporte The Independent :
« Parmi les nombreux risques potentiels énumérés par l’entreprise, celle-ci avertit que ses systèmes pourraient ‘faire peser des risques catastrophiques, voire existentiels, sur l’humanité, notamment s’ils étaient détournés de leur usage, reproduits, transformés en armes ou autorisés à fonctionner avec un degré élevé d’autonomie’.
Les documents préparatoires à l’introduction en Bourse détaillent toute une série de menaces que pourraient représenter les systèmes d’Anthropic. Certains modèles ont déjà démontré leur capacité à aider des individus à ‘développer des armes chimiques, biologiques ou d’autres armes dangereuses’. L’entreprise évoque également l’utilisation de ses modèles dans ‘des domaines sensibles ou à haut risque, tels que la santé, la recherche scientifique et biomédicale, la découverte et le développement de médicaments, le droit, la finance, les administrations publiques ou d’autres environnements dans lesquels se prennent des décisions cruciales’. »
Comme si provoquer l’extinction de l’espèce humaine ne suffisait pas, Anthropic pourrait aussi faire disparaître votre argent. Le Daily Mail rapporte :
« L’entreprise à l’origine du chatbot Claude a enregistré une perte nette de 80,7 milliards de dollars au premier semestre 2026, contre 13 milliards de dollars sur la même période un an plus tôt.
Malgré ces pertes, Anthropic, que des investisseurs privés valorisaient à 965 milliards de dollars plus tôt cette année, pourrait voir sa valorisation atteindre 1 500 milliards, voire 2 000 milliards de dollars, même si aucun montant définitif n’a encore été arrêté. »
Ce n’est pas une proposition d’investissement… c’est un prospectus de l’Apocalypse.
Une seule entreprise qui vaudrait plus de 1 000 milliards de dollars ? Une entreprise qui, jusqu’à présent, n’a pas gagné un centime ?
L’idée même est absurde.
Mais quoi que l’on en pense, cette opération mérite de figurer dans les annales. Elle rejoint la longue liste des étrangetés qui secouent aujourd’hui le monde de la finance.
Quand l’argent ne vaut plus grand-chose
La plus étrange de toutes reste peut-être la monnaie elle-même.
À notre connaissance, aucune monnaie papier n’a aussi bien résisté au temps que le dollar. Depuis la création de la Réserve fédérale, censée en protéger la valeur, il a perdu 96 % de son pouvoir d’achat. Et pourtant, il est toujours là.
Aucune autre monnaie, peut-être, n’a autant contribué à déformer et à désarticuler l’économie mondiale tout entière.
Pour justifier une telle valorisation, Anthropic devrait pouvoir espérer dégager entre 50 et 100 milliards de dollars de bénéfices annuels… et cela, pratiquement pour l’éternité.
Mais l’éternité, c’est long. Pour n’importe qui.
Pour un investisseur dans la technologie, cela représente environ trois mois.
Et comment Anthropic pourrait-elle gagner autant d’argent alors qu’il est possible d’obtenir gratuitement un meilleur produit ?
Déjà, dans un classement baptisé Front End Code Arena (quoi que cela puisse bien vouloir dire !), le modèle chinois open source Kimi-K3 a surpassé Claude Fable 5, ainsi que tous les autres concurrents américains proposant des modèles payants.
C’est probablement pour cette raison qu’Anthropic se précipite vers la Bourse. La situation rappelle celle d’un épicier qui brade ses stocks le samedi : le lundi, le pain sera rassis et les bananes seront pourries.
Autre record en perspective : Anthropic pourrait perdre jusqu’à 200 milliards de dollars cette année, ce qui en ferait l’entreprise ayant englouti le plus d’argent de toute l’histoire. En comparaison, les pertes de Tesla paraissent dérisoires. Depuis sa création en 2003 et jusqu’à ce qu’elle devienne rentable en 2020, l’entreprise n’avait accumulé « que » 7 milliards de dollars de pertes.
Il y a tant de liquidités, de crédit et de discours creux sur les marchés financiers…
Comme une gigantesque marée montante, cet afflux d’argent soulève des entreprises comme Anthropic, Tesla et bien d’autres, les portant à des hauteurs qui n’ont plus grand-chose à voir avec leur valeur réelle.
Anthropic pourrait ainsi se retrouver perchée au sommet de l’Everest, avec une valorisation de 2 000 milliards de dollars, à en croire certains spéculateurs.
Souvenez-vous de notre maxime : plus les prix sont artificiellement gonflés, moins les choses valent réellement.
D’où viendront les bénéfices ?
Nous avons abordé ce sujet hier.
Vous pourriez objecter que ces valorisations sont simplement « gonflées » par la monnaie de pacotille créée par les autorités monétaires.
Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste ?
L’activité d’Anthropic ne saurait, en aucun cas, être considérée comme justifiant la valorisation boursière envisagée. Son résultat est même négatif, à hauteur des 80 milliards de dollars évoqués plus haut pour les six premiers mois de l’année.
Les spéculateurs peuvent toujours parier que l’entreprise finira par dégager des bénéfices.
Mais d’où viendra cet argent ? Des millions de personnes qui auront perdu leur emploi au profit des robots dotés d’intelligence artificielle ? Claude va-t-il mettre les comptables, les avocats, les radiologues et les architectes au chômage… avant de leur présenter la facture pour les bienfaits de l’IA ?
À moins que cette industrie ne parvienne à augmenter les revenus des consommateurs — ce qui paraît peu probable —, les valorisations actuelles ne sont qu’une illusion de plus, née de la fièvre de l’argent facile.
Ne comptez pas transformer ces valorisations de papier en argent sonnant et trébuchant.
Des milliards pour les machines, mais plus de maisons pour les familles
Il est d’ailleurs intéressant de constater que, pendant que des milliers de milliards de dollars s’engouffrent dans le puits sans fond des rêves de l’intelligence artificielle, l’investissement dans la construction résidentielle recule.
Selon Zillow :
« Au cours des douze mois achevés en juillet 2026, plus de 1,42 million de permis de construire résidentiels ont été délivrés à travers le pays, soit une baisse de 1,7 % par rapport à la même période un an plus tôt.
Si la tendance observée entre 2016 et 2020, avant la pandémie, s’était poursuivie, le nombre de permis délivrés serait aujourd’hui supérieur de 19,4 %. »
Pendant ce temps, la construction de centres de données, elle, connaît un essor spectaculaire.
Compte tenu des prix actuels de l’immobilier et des taux hypothécaires, quelque 88 millions de familles américaines seraient désormais exclues du marché du logement, faute de moyens suffisants. Mais au moins, les données auront un endroit agréable où habiter. Climatisé. Avec des places de stationnement privées. Et sans voisins bruyants. Quant à la famille de quatre personnes, elle n’aura qu’à aller s’installer chez les grands-parents.
Et si Anthropic finit par les anéantir… avec leur ville… et leur pays tout entier, qui pourra bien s’en plaindre ?
C’était écrit dans le prospectus !
