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IA : pourquoi ses géants ont intérêt à vous faire peur

Les valorisations de l’IA inquiètent, mais les risques dépassent largement la Bourse. Pendant que ses géants alertent sur une possible perte de contrôle de leurs modèles, leurs outils servent déjà les ambitions militaires de puissances rivales. Et si la peur du pire leur permettait surtout de verrouiller le marché ?

Il est plus que temps de voir plus loin que le battage médiatique qui entoure l’IA.

Il est presque certain que les valorisations des principaux hyperscalers et spécialistes des modèles d’IA avancés évoluent en territoire de bulle, qu’ils soient cotés ou que l’on se base sur les estimations préalables à leur entrée en Bourse.

Mais le marché fera le tri en temps voulu.

Nous connaissons tous les grands noms de l’IA, qu’ils soient liés aux équipements, aux logiciels ou aux infrastructures de calcul : Apple, Microsoft, Meta, Google (Alphabet), Amazon, OpenAI, Anthropic, NVIDIA et quelques autres.

Pour certains d’entre eux, leurs activités principales sont indépendantes de la bulle de l’IA. D’autres sont des « pure players » [NDLR : exclusivement axés sur l’IA]. Mais tous seront pénalisés, dans une plus ou moins grande mesure, lorsque la bulle de l’IA éclatera.

Cependant, les bulles peuvent encore grossir avant d’éclater, et leur éclatement peut prendre bien plus de temps que ne le pensent bon nombre de participants au marché.

S’il n’est donc pas prudent de parier sur la baisse de ces valeurs, il faut résolument alléger les positions haussières les concernant. Pour se protéger de la tempête à venir, il serait opportun de réorienter votre portefeuille vers les liquidités et les actifs tangibles.

En dehors de leurs valorisations, ces entreprises présentent désormais un risque considérable pour la sécurité nationale, les infrastructures critiques, le système financier et d’autres institutions.

Ces risques doivent être pris en compte séparément, car ils nous affectent tous.

Et ces dangers ne sont pas une question de bulle boursière, mais de chaos social.

L’IA de l’Amérique se retourne contre elle

Deux menaces ressortent particulièrement.

La première, c’est le fait que certains adversaires des États-Unis se servent des modèles d’IA américains pour cibler des intérêts américains.

La deuxième, ce sont des modèles d’IA malveillants qui travaillent de façon autonome pour attaquer les États-Unis.

On voit constamment des gros titres concernant la course à l’IA entre la Chine et les États-Unis, impliquant notamment d’énormes centres de données, des semi-conducteurs ultrapuissants du type de ceux produits par NVIDIA et des modèles d’IA avancés créés dans des entreprises américaines telles qu’Anthropic, OpenAI et xAI, ainsi que dans des entreprises chinoises telles que Baidu, Tencent, DeepSeek et Moonshot AI.

Les autres ressources essentielles à cette course sont notamment les gigantesques quantités d’électricité et d’eau nécessaires au fonctionnement de toutes ces installations.

La course à l’IA entre les États-Unis et la Chine est généralement présentée sous un angle existentiel : le pays qui obtiendra le premier une superintelligence contrôlera l’IA mondiale, et peut-être le monde.

Et même en termes moins grandiloquents, l’issue de la course à l’IA aura des conséquences cruciales dans des domaines tels que la sécurité nationale, le chiffrement, les paiements numériques, les systèmes d’armement et la lutte contre les maladies.

Mais la compétition est loin d’être équitable.

Les États-Unis s’appuient sur d’énormes investissements dans les infrastructures, une technologie supérieure et l’accès aux semi-conducteurs les plus rapides.

La Chine possède certains de ces outils, mais s’appuie également sur le détournement de la propriété intellectuelle américaine, en réutilisant les résultats produits par des applications d’IA américaines déjà vérifiées afin d’alimenter ses propres systèmes et d’en accélérer le fonctionnement. Elle importe également clandestinement des puces avancées via des pays tiers.

La Chine n’est peut-être pas en tête de la course à l’IA, mais elle suit certainement le rythme.

Et à présent, une nouvelle menace est apparue.

Anthropic a récemment révélé qu’un acteur malveillant lié à l’Iran s’était servi de Claude pour collecter et analyser des informations publiques afin de développer des recommandations ciblées contre les forces navales américaines dans la région.

Parmi ces données figuraient des informations sur des militaires américains extraites des légendes de photographies militaires publiques, des identifiants de transpondeurs de navires et d’avions accessibles au public, des scripts permettant d’interroger des services commerciaux d’imagerie satellite, ainsi qu’une liste de sites publics révélant les mouvements de la marine américaine.

Dans un autre cas, Anthropic a découvert qu’un acteur associé à un fabricant chinois du secteur de la défense utilisait Claude pour l’aider à développer une proposition de système antitorpille destinée à la marine de l’Armée populaire de libération.

Autrement dit, la propre technologie d’IA avancée de l’Amérique est déjà exploitée par des adversaires étrangers à des fins militaires.

Qui profite de la panique provoquée par l’IA ?

Quant à la seconde menace, les médias sont inondés de récits apocalyptiques selon lesquels les applications d’IA avancées développées par des entreprises comme OpenAI et Anthropic atteindraient une forme de superintelligence, uniraient leurs forces et prendraient le contrôle du monde. Les humains seraient alors à l’IA ce que les singes sont aux humains.

Selon d’autres versions de cette IA dystopique, des gangs d’applications d’IA travailleraient ensemble pour couper le réseau électrique, piller des banques et des courtiers et provoquer le chaos au sein de la société civilisée.

Cette vague d’avertissements alarmants s’est accélérée avec l’essai publié par Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, et a été amplifiée par Jacob Coxon — ingénieur chez Anthropic —, qui a annoncé publiquement sa démission de l’entreprise tout en signalant que l’IA pouvait « tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ».

Les avertissements d’Amodei et de Coxon ont été repris par les médias, les politiciens et les experts en technologies, engendrant une avalanche de prévisions catastrophistes.

Mais prenons un peu de recul.

Chaque fois que vous constatez que les mêmes thématiques sont abordées simultanément par de multiples initiés, vous devez vous demander si une opération psychologique visant à influencer l’opinion publique n’est pas en cours.

En l’espèce, le message est le suivant : il faut une réglementation pour protéger le monde des IA qui deviennent malveillantes. Cette réglementation pourrait faire intervenir des règles gouvernementales, des services de contrôle interne, des inspections, des tests et des certifications de sécurité périodiques.

Ce serait extrêmement pratique pour Anthropic et OpenAI.

Le type de réglementation que les deux entreprises envisagent serait extrêmement coûteux. Si les géants qui développent l’IA peuvent se le permettre, ce ne sera peut-être pas le cas de leurs concurrents plus récents et plus modestes.

Anthropic se prépare à entrer en Bourse avec une valorisation avoisinant les 2 000 Mds$. OpenAI a discuté de financements privés en se fondant sur une valorisation de 1 000 Mds$, avant une éventuelle introduction en Bourse.

L’alarmisme entourant une IA malveillante pourrait n’être qu’une stratégie visant à bâtir un rempart réglementaire autour de leurs entreprises, afin de repousser la concurrence avec l’aide du gouvernement.

Selon mes propres recherches, cette superintelligence pourrait ne jamais apparaître, car il est impossible de programmer la logique abductive — en gros, l’intuition et le bon sens —, contrairement aux logiques inductive et déductive.

L’IA est puissante et a besoin de garde-fous. Mais elle n’est pas aussi potentiellement dangereuse que les alarmistes l’affirment avec insistance.

Trump a résisté aux appels à de nouvelles réglementations nationales de grande envergure, tout en encourageant une approche plus légère.

La véritable menace, dans le monde de l’IA, ce n’est pas la superintelligence, mais la course mondiale à la domination technologique.

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