En Amérique, les anciens vivent plus longtemps, travaillent plus longtemps, votent davantage et captent une part croissante de la richesse nationale. Pendant ce temps, les jeunes générations héritent des dettes, des promesses intenables et d’un système social au bord de la rupture. La vraie fracture politique n’est peut-être plus entre gauche et droite, mais entre ceux qui profitent du système — et ceux qui devront le payer.
« Nous avons le devoir de mourir et de dégager le passage, avec toutes nos machines, nos cœurs artificiels et tout le reste, afin de laisser l’autre société – nos enfants – construire une vie raisonnable. » — Dick Lamm, ancien gouverneur du Colorado
Que devraient faire les personnes âgées ? Comment devraient-elles vivre ? Quand devraient-elles céder leur place ? Quand devraient-elles mourir ?
Nous posons ces questions parce que nous vieillissons nous-mêmes, mais aussi dans un esprit d’altruisme : nous nous demandons ce que les anciens pourraient faire pour aider les États-Unis à éviter leur rendez-vous avec la catastrophe.
Ce n’est pas vraiment un âge d’or que traverse le pays. Mais il compte, en revanche, une grande quantité de dames et de messieurs aux cheveux d’argent qui vivent plus longtemps que jamais. Les personnes âgées conservent leurs dents bien plus longtemps que les générations précédentes ; pour le reste, ils ne semblent ni plus joyeux, ni plus sereins, ni plus satisfaits.
Nous n’avons rien contre les personnes âgées. Mais plus nous prolongeons notre séjour sur cette terre, plus il faut multiplier les rendez-vous chez le garagiste pour maintenir le moteur en état de marche, surtout lorsque nous approchons du bout de la route.
Et dans ce spectacle, il y a quelque chose d’un peu triste, voire franchement malsain. Les personnes âgées n’ont jamais été aussi riches. Elles n’ont jamais eu autant de pouvoir politique. Et elles se servent de ce pouvoir pour incliner l’ensemble de l’économie dans leur direction, afin qu’une part toujours plus importante du PIB vienne rouler jusqu’à leurs pieds.
Le Financial Times écrit :
« Au cours des deux décennies encadrant l’an 2000, les ménages dirigés par des adultes de plus de 65 ans ont vu leur patrimoine net médian progresser de 42 %, tandis que la richesse des familles dont les adultes ont entre 18 et 34 ans chutait de 68 %. »
Pendant ce temps, la Sécurité sociale et Medicare se dirigent vers l’insolvabilité. LegalClarity.org résume ainsi la situation :
« La Sécurité sociale fonctionne à travers deux fonds juridiquement distincts : le fonds Old-Age and Survivors Insurance, ou OASI, qui verse les prestations de retraite et de survivants, et le fonds Disability Insurance, ou DI. Le rapport 2025 des administrateurs prévoit que le fonds OASI aura épuisé ses réserves d’ici 2033 ; à partir de cette date, les recettes fiscales courantes ne couvriraient plus que 77 % des prestations de retraite prévues. Le fonds DI, lui, se porte beaucoup mieux et ne devrait pas être épuisé sur l’ensemble de la période de projection de 75 ans.
Lorsque les analystes combinent les deux fonds afin d’obtenir une vue d’ensemble, la date d’épuisement tombe en 2034, avec seulement 81 % du total des prestations prévues encore payable à partir de ce moment-là. »
Mais les vieux ne veulent pas entendre parler de ces détails. Ils veulent que les chèques continuent d’arriver. Quant aux calculs, aux déficits, aux promesses impossibles à tenir ? La prochaine génération s’en chargera.
Cette attitude qui consiste à « prendre ce que l’on peut tant que cela est possible » manque assurément de dignité. Mais elle est aussi une réaction naturelle de l’homo economicus placé sous l’emprise persistante de l’effet Cantillon : dans une bulle, une pyramide de Ponzi ou une vague d’inflation, les premiers servis obtiennent toujours une bien meilleure affaire que les derniers arrivés.
Et cette logique finit par contaminer toute la société. Attrapez ce que vous pouvez — par la ruse, par la combine ou par le Congrès — puis dépensez-le avant que le puits ne se tarisse.
À cet égard, mieux vaut rester humble et parler simplement. Tenter d’éviter une crise de la dette en empruntant toujours davantage, cela ressemble à une tentative d’empêcher une guerre en bombardant ses voisins.
Les choses se passent rarement comme prévu.
Nous supposons que la crise sera accueillie par une hausse vertigineuse de la création monétaire, puis par une inflation beaucoup plus forte. Mais nous restons de pauvres pèlerins, saisis d’un respect mêlé d’effroi devant le grand Monsieur le Marché. Il fera ce qu’il voudra. Il n’a aucune raison de nous consulter.
Souvenez-vous toutefois d’une chose : le premier effet d’un krach est généralement la déflation, non l’inflation. C’est ce qui s’est produit au Japon. Humpty Dumpty est tombé du mur en 1990. Ensuite, toutes les injections, toutes les relances et toutes les impressions monétaires de la Banque du Japon n’ont pas suffi à le remettre sur pied. Il a fallu 35 ans pour que les actions japonaises retrouvent seulement, en valeur nominale, leurs niveaux de 1990.
Souvenez-vous aussi que les autorités fédérales ne peuvent pas « simplement imprimer » de l’argent. L’argent entre dans l’économie par l’emprunt et par la dépense — notamment de l’État. Le Japon a dépensé des centaines de milliards, principalement dans les infrastructures, mais il n’a pas réussi à donner aux gens ordinaires l’envie d’emprunter. Même la politique de taux d’intérêt négatifs n’a pas réussi à faire sortir les vieux esprits animaux de leurs terriers.
Les personnes âgées contrôlaient le gouvernement japonais. Elles contrôlaient aussi une large part de la richesse nationale. Or les personnes âgées, particulièrement précieuses, n’étaient pas disposées à prendre le moindre risque.
Les Esquimaux, dit-on, réglaient autrefois le problème des anciens en les abandonnant sur la banquise. Cette pratique soulageait la communauté du fardeau de leur entretien. Mieux encore, elle transférait d’un seul coup tous les biens et tout le pouvoir de décision aux vivants.
Aujourd’hui, les personnes âgées ne vivent pas seulement plus longtemps. Elles travaillent aussi plus longtemps. Ce qui signifie que leurs larges postérieurs occupent des fauteuils qui auraient pu accueillir les derrières plus fermes, plus alertes, d’une personne plus jeune et plus vigoureuse. Et grâce à « l’ancienneté », le coût d’emploi du vieux briscard est généralement plus élevé.
La véritable ligne de fracture des États-Unis ne passe pas entre les partis politiques évoqués plus haut. Ces partis ne sont rien d’autre que les deux ailes battantes du même vautour.
Le vrai conflit oppose ceux qui profitent des politiques actuelles à ceux qui les financent. Et de plus en plus, cette fracture est une affaire d’âge.
