La Chronique Agora

Grosse fatigue

▪ Votre correspondante a eu un moment de profond découragement dimanche dernier.

Quel pays fatigué que la France, me suis-je dit après le résultat des municipales la semaine dernière.

Peu importe la couleur politique, peu importe le parti, peu importe les intervenants. Partout, quel repli, quelle frousse, quel refus d’affronter le monde, de mettre en valeur les forces vives du pays pour aller de l’avant — au lieu de gémir et râler tout en s’arc-boutant pour que rien ne change.

Et qu’on ne me parle pas du remaniement ministériel. Comme le résumait Simone Wapler mercredi dernier dans sa Stratégie :

"Les déficits ont dérapé et la croissance est inexistante — comme prévu ; l’appareil étatique prouve son incapacité à se réformer ; les professionnels de la politique sont incapables de penser à autre chose qu’à leur prochaine réélection, ce qui interdit de déplaire à l’électorat. L’expression qui revenait dans toutes les phrases des élus le dimanche 30 mars était ‘justice sociale’, un concept suffisamment brumeux, fumeux et flou pour être rassembleur".

Bref, j’en étais presque réduite à regarder les modalités de l’expatriation en Islande (à défaut d’une économie florissante, il y a au moins des aurores boréales) quand un e-mail est tombé dans ma boîte aux lettres.

▪ Il provenait d’A.V., lecteur régulier de nos Chroniques… et je dois avouer qu’il m’a fait — paradoxalement — du bien. En voici quelques extraits :

"[…] Je voudrais […] vous faire remarquer que vos analyses et celles de votre collègue Cécile sont bien empreintes de ‘l’esprit français’ à la recherche permanente de raisons de larmoyer.
Evidemment c’est facile… les raisons sont nombreuses et permanentes.

Mais à mon sens — moi qui ne vis pas en France, ce qui me sort du bain contagieux –, il en a toujours été ainsi et des Crimée ou autres raisons de s’effrayer — ou de jouer à se faire peur –, il y en aura toujours et il y en a toujours eu. Un peu de recul que diable !"

A.V. continue en vantant — avec une subjectivité revendiquée — les mérites de notre 21ème siècle :

"Avez-vous aussi conscience que nous vivons une époque formidable ?? (D’accord, je provoque un peu…)

Et si vous expliquiez aussi que l’on est de mieux en mieux soignés ?
Que l’on ne risque pas d’avoir faim.
Que l’on ne risque pas d’avoir froid.
Que l’on ne risque (finalement) pas de partir à la guerre demain matin.
Que malgré tout la pauvreté recule dans le monde (oui je sais, pas en France c’est TERRIBLE, la preuve : on a vendu 1% de bagnoles polluantes en moins en 2013 ; et on paie des impôts insupportables — surtout pour ceux qui peuvent les payer sans problèmes)

"Et puis tant que j’y suis, il est aussi de bon ton de pleurer sur l’Europe. Mais qui peut croire que dans 30, 40 ou 50 ans l’Europe aura disparu pour un retour à une kyrielle de petits Etats fiers de leur nationalisme étroit ? Non, l’histoire ne fera pas marche arrière, que cela plaise ou pas.

[…] J’espère ne pas avoir été trop agressif… car je vous aime bien tous, mais je vous préfère nettement en contrariens que quand vous hurlez avec les loups !"

J’ai terminé ma lecture le sourire aux lèvres, parce que l’optimisme fait toujours du bien… même si je ne suis pas d’accord avec bon nombre des affirmations d’A.V. Les raisons de se faire peur ont toujours existé, c’est vrai — mais ce n’est pas une raison pour les ignorer, surtout quand elles se multiplient en ce moment.

Et je ne serais pas aussi affirmative que lui sur la "durabilité" de l’Europe — ou du moins pas forcément pour les bonnes raisons. Pour citer Simone Wapler à nouveau :

"L’euro est réellement irréversible dans le sens où toute hausse des taux longs sur un grand pays coulerait l’industrie financière de la Zone euro dans son ensemble, y compris les banques allemandes.

C’est pourquoi tout débat sur l’euro et ce que devrait être une monnaie au service des citoyens à laquelle elle est imposée est banni de la scène politico-médiatique.

Mais la fronde commence à gronder. En ce moment, en Allemagne, une pétition disant non à l’union bancaire circule et rencontre un certain succès"…

Je ne suis pas certaine qu’une union bâtie sur de telles fondations puisse, ou mérite, de durer. Je souscris en revanche entièrement à l’exclamation "Un peu de recul, que diable !"

C’est en tout cas ce que nous nous efforçons d’avoir au quotidien… mais visiblement, ça ne passe pas toujours !

Et vous, cher lecteur, qu’en pensez-vous ? La France et/ou l’Europe sont-elles condamnées… ou bien au contraire sont-elles en passe de renaître, tout doucement, après avoir mis leurs problèmes derrière elles ? Etes-vous en train d’investir sur les nouvelles technologies… ou sur les fabricants de bunker anti-atomiques avec option "10 ans de subsistance en autarcie" ?

Le débat est ouvert, à la-redaction@publications-agora.fr…

Meilleures salutations,

Françoise Garteiser
La Chronique Agora

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