La Chronique Agora

Le grand manège de Wall Street

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La fête bat encore son plein à Wall Street. Mais derrière les lumières et les promesses de gains faciles, la dette enfle et les taux remontent. Bill Bonner se demande combien de temps le chapiteau peut encore tenir avant qu’un premier câble ne lâche.

Aujourd’hui, tels des péquenauds débarquant à la fête foraine, nous déambulons dans le monde magique de la Superbulle.

La bouche ouverte, nous regardons tout autour de nous, fascinés. Cela fait des années que nous chassons le cerf au fond de nos terres ; nous devrions bien réussir à toucher quelques cibles et à gagner un ours en peluche, non ?

Avec toutes ces lumières criardes et ces bonimenteurs, il devient difficile de garder les yeux sur ce qui compte vraiment.

La guerre avec l’Iran ? L’IA ? Les problèmes de santé de Trump ? Les élections de mi-mandat ? La hausse des taux d’intérêt ? Nous ne savons pas lequel de ces éléments finira par faire tomber le chapiteau. Mais il y a de fortes chances pour que l’un d’eux y parvienne.

Mercredi, tôt dans la matinée, les taux d’intérêt semblaient tenir la corde. MarketWatch :

« Mercredi, le Trésor américain demandera aux investisseurs de lui prêter 16 milliards de dollars supplémentaires pour vingt ans afin de contribuer au financement d’un déficit budgétaire qui approche déjà 1 800 milliards de dollars cette année.

La réponse des investisseurs sera probablement : ‘Très bien, mais il faudra nous verser près de 5,28 % de rendement’ — soit le taux auquel se négociait mardi la dette du Trésor à 20 ans, et le coût le plus élevé supporté par Washington depuis que cette maturité a été réintroduite aux enchères il y a six ans. Avec des taux longs qui évoluent à des sommets vieux de plusieurs décennies, les traders commencent à poser la question qui dérange : combien les États-Unis devront-ils payer pour convaincre le reste du monde de continuer à leur prêter de l’argent ? »

Et voici ce que rapportait Barron’s :

« Le rendement du 30 ans atteint son plus haut niveau depuis 2007, sous l’effet du pétrole et de l’offre de dette du Trésor »

Le Wall Street Journal s’est également saisi du sujet :

« Les obligations se font massacrer, et Wall Street ne voit pas la débâcle s’arrêter de sitôt »

Vraiment ?

Mais la débâcle obligataire était déjà terminée avant même que nous ayons fini notre petit-déjeuner. CNBC :

« Les rendements des bons du Trésor ont reculé mercredi après avoir atteint des sommets de plusieurs années en début de semaine. La partie longue de la courbe a nettement baissé après que le département du Trésor a annoncé une augmentation de ses opérations de rachat de dette publique à long terme.

Le Trésor a indiqué qu’il allait doubler le montant de ses rachats de dette publique, apportant ainsi un soutien aux obligations de maturité longue. »

« Rachat » ? Avec quel argent ?

Le mot masque la réalité.

En pratique, les autorités vont créer de l’argent pour racheter leur propre dette, ce qui fera baisser les rendements… tout en gonflant encore davantage l’économie.

L’or, lui, a immédiatement compris le message.

Mercredi à 8 heures, il se négociait à 4 416 dollars l’once. Une heure plus tard, celui qui détenait dix onces d’or était plus riche de 1 000 dollars.

Et à la fin de la journée, toutes les pièces du puzzle s’étaient assemblées, offrant un avant-goût de l’avenir financier des États-Unis. Reuters :

« La dette américaine franchit le seuil des 40 000 milliards de dollars après avoir doublé sous Trump et Biden »

Les autorités fédérales ne peuvent pas arrêter de dépenser.

Et elles ne peuvent pas se permettre de laisser les taux d’intérêt monter.

Attendez-vous donc à davantage d’interventions… davantage de dette… et à un dollar qui fondra comme de la barbe à papa.

Sous notre grand chapiteau financier, deux éléments nous préoccupent immédiatement.

Le premier est la quantité de dette suspendue au-dessus de nos têtes. Le second est le taux d’intérêt que nous devons payer dessus. À mesure que l’un et l’autre augmentent, le risque d’une explosion majeure augmente lui aussi.

Les autorités peuvent retarder l’échéance en « rachetant » leur propre dette… mais elles ne font que rendre le problème plus grave pour plus tard.

Poursuivons malgré tout notre promenade dans BubbleLand, les yeux bien ouverts.

Voici maintenant une « bonne nouvelle ». Charlie Bilello :

« Les bénéfices du S&P 500 au deuxième trimestre sont désormais en passe de progresser de 50 % sur un an, soit leur plus forte hausse depuis le deuxième trimestre 2021. Et avec des résultats supérieurs de 29 % aux prévisions formulées au début de la saison des publications, l’écart positif est officiellement le plus important jamais enregistré. »

Ne vous emballez pas trop vite.

Ce ne sont pas de véritables « bénéfices ».

Ce sont des bénéfices de bulle.

Ils proviennent des investissements que les hyperscalers ont réalisés dans d’autres entreprises liées à l’IA.

Et le marché s’attend à ce que cela continue.

Les bénéfices de l’an prochain devraient progresser à un rythme deux fois supérieur au taux « normal » de 15 %.

Depuis le début de l’année, le S&P 500 a gagné 15 % — là encore, environ deux fois sa progression habituelle.

Mais tant d’entreprises ont dépensé tant d’argent dans l’IA que le manège menace désormais de basculer.

Les dix plus grandes entreprises du S&P dépendent toutes, d’une manière ou d’une autre, de la bulle de l’IA.

Sandisk, Dell, Seagate et Micron ont toutes progressé de plus de 200 % cette année.

Et dans l’ensemble, les actions sont devenues si chères qu’un investisseur naïf, orienté vers le long terme et comptant sur les dividendes, devrait attendre cent ans avant de rentrer dans ses frais.

Nous ne sommes pas face à un boom fondé sur de véritables revenus… mais sur l’espoir de nouvelles plus-values.

Tout bon bonimenteur de Wall Street digne de ses bretelles sait ce qu’il faut faire ensuite.

C’est précisément la logique derrière ce qui pourrait constituer un nouveau signal de sommet de bulle apparu la semaine dernière. The Street :

« Le rêve d’une introduction en Bourse à 2 000 milliards de dollars pour Anthropic repose sur un pari vertigineux en matière de revenus »

Anthropic prépare désormais ce qui pourrait devenir la plus grande introduction en Bourse de l’histoire.

Quand les investisseurs réclament du rêve, servez-leur du rêve, avec une boule de glace par-dessus.

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