La Chronique Agora

Est-ce la fin de la folie financière ?

▪ « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ».

Cette citation d’Einstein, transmise par ma collègue Claire, m’est venue en tête alors que je regardais le chat de nos voisins tenter d’attraper un oiseau caché dans la haie, sans succès malgré ses tentatives multiples — et identiques.

La même citation est parfaitement adaptée à la conduite — jusqu’à présent — des autorités politiques et économiques mondiales. Depuis des décennies, chaque fois qu’elles se sont retrouvées confrontées à une crise, elles ont réagi de la même manière : elles ont ouvert les vannes du crédit, fait fonctionner la planche à billets, inondé les marchés de liquidités.

Folie, disions-nous à la Chronique Agora. L’adage veut peut-être qu’on combatte le feu par le feu, mais n’oublions pas que les pompiers professionnels utilisent généralement de l’eau.

▪ La folie est peut-être en train de prendre fin. Les dirigeants ont-ils compris la futilité de leurs efforts de relance, qui ne viennent qu’envenimer la situation ?

Le QE2 a échoué, les renflouages européens ont échoué. Et… personne ne fait plus rien.

L’Union européenne regarde les dominos tomber, de la Grèce au Portugal à l’Italie à… qui sait ? En tout cas, les autorités de la Zone euro ne parviennent pas à se mettre d’accord, et l’immobilisme forcé prime. Fin de l’euro, sortie de la Grèce, sortie de l’Allemagne ? Qui vivra verra ; une réunion d’urgence est prévue ce week-end, mais je ne donnerais pas cher de ses chances d’améliorer vraiment la situation.

Idem aux Etats-Unis, où la Fed ne donne pas signe de vouloir dégainer un QE3 ou assimilé. Les démocrates et les républicains sont en train de se déchirer, comme nous l’expliquait Philippe Béchade vendredi, et — coup de tonnerre (ou pas) — Moody’s ET Standard & Poor’s menacent de dégrader la note de la dette américaine.

En ce qui nous concerne, nous avons l’oeil sur un autre indicateur de la mauvaise santé des obligations US, comme l’expliquait Simone Wapler aux lecteurs de L’Investisseur Or & Matières en début de mois :

« […] La menace de la semaine ce sont les craintes quant au marché obligataire et les munibonds (dettes des états et collectivités locales américaines). Mardi 28 juin, le Financial Times évoquait le problème en bas de sa page 30 : ‘le financement des muni ravive les craintes concernant les risques de dettes cachées’. Le rendement de ces munibonds s’était tendu entre avril et mai, signe que ces obligations trouvaient de moins en moins preneurs. Il s’est stabilisé au mois de juin, mais toute nouvelle hausse du taux d’intérêt sera un signe d’alerte ».

« En attendant, l’agence de notation Standard & Poor’s songe à dégrader à ‘pourries’ les obligations d’un hôpital du Michigan… Ce marché des munibonds pèse 3 000 milliards de dollars. Nous considérons qu’il sera probablement précurseur d’un problème plus sérieux sur le marché obligataire fédéral. C’est notre indicateur avancé pour jauger de l’évolution du marché obligataire US ».

Les autorités mondiales semblent avoir abandonné le combat contre la crise. Est-ce un simple éclair de lucidité ou une guérison durable ? En tout cas, quoi qu’elles fassent, les choses ne seront pas simples pour un investisseur particulier dans les mois — voire les années à venir.

Comme le disait Bill Bonner, il y a beaucoup de peaux de bananes sur les trottoirs financiers en ce moment : soyez très prudent, cher lecteur… et prenez toutes les précautions nécessaires pour protéger votre portefeuille.

Meilleures salutations,

Françoise Garteiser

La Chronique Agora

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