La Chronique Agora

Faut-il encore investir en Bourse ?

Avant de prendre une décision pour votre portefeuille, il vous faut comprendre ce qu’est l’investissement boursier – et comment son rendement évolue, en fonction du risque notamment.

Il faut comprendre ce qu’est investir dans une action pour le long terme…

Pour ceux qui ne l’ont pas encore assimilé :

Une action n’est rien d’autre qu’un droit de long terme sur un flux de trésorerie qui sera délivré aux investisseurs au fil du temps.

Le rendement auquel les investisseurs peuvent s’attendre est directement lié au prix qu’ils paient. Plus vous payez cher moins cela rapporte et plus payez bon marché plus cela rapporte.

Vous payez aujourd’hui une certaine somme d‘argent pour, en échange, avoir le droit de recevoir chaque année une certaine somme, un flux d’argent, c’est-à-dire un flux de trésorerie.

Prix et rentabilité

Présenté de cette façon, vous comprenez tout de suite que la rentabilité, le rendement de votre placement, est directement lié au prix que vous payez pour avoir cette action – le droit de recevoir ce flux, en d’autres termes.

Si les investisseurs paient 27 € aujourd’hui un versement futur prévu pour totaliser 100 € dans dix ans, ils peuvent s’attendre à un rendement moyen d’environ 14% par an sur leur investissement, à condition que le flux de trésorerie futur de 100 € soit effectivement livré.

Si les investisseurs paient 39 € aujourd’hui, ils peuvent s’attendre à un rendement moyen d’environ 10% par an.

Si les investisseurs paient aujourd’hui 56 €, ils peuvent s’attendre à un rendement moyen d’environ 6% par an.

Si les investisseurs paient 82 € aujourd’hui, ils peuvent s’attendre à un rendement moyen d’environ 2% par an.

Si les investisseurs paient 100 € aujourd’hui, ils peuvent s’attendre à un rendement moyen de zéro.

Si les investisseurs paient aujourd’hui plus de 100 €, ils peuvent s’attendre à perdre de l’argent pendant plus d’une décennie.

L’arithmétique de base qui relie les flux de trésorerie futurs, les rendements à long terme et les prix actuels est appelée « actualisation ».

Petits calculs pour rendements efficaces

Par exemple, si vous me dites « trouvez-moi un titre qui procurera un flux de paiement de 100 € en 10 ans », et si vous me dites que vous avez besoin d’un rendement attendu de 8% – je peux calculer le prix que vous devez accepter de payer : 100 / (1,10) ^ 10 = 46,32 €.

A l’inverse, dites-moi que ce titre est actuellement au prix de 46,32 € : je peux calculer que le rendement annuel attendu sur 10 ans est de (100 / 46,32) ^ (1 / 10) – 1 = 8%.

Encore une fois, tout cela suppose que les flux de trésorerie futurs seront effectivement livrés.

Puisqu’il y a une certaine incertitude, les investisseurs exigent généralement une « prime de risque » bien supérieure au taux d’intérêt des valeurs du Trésor – lesquelles sont considérés comme sans risque.

Si les investisseurs/spéculateurs qui interviennent sur les marchés font monter les évaluations à des niveaux trop élevés, cela implique qu’ils « fixent le prix » à des niveaux où les rendements deviennent nuls ou négatifs.

Si inversement ils font baisser les prix et fixent ceux-ci à des niveaux très bas, cela implique qu’ils font monter la rentabilité : il devient intéressant d’investir.

C’est la raison pour laquelle j’ai indiqué, lorsque les cours étaient au plus bas, que pour ceux qui désiraient une rentabilité mettons de 3,5%, il était possible d’envisager un investissement long sur le marché boursier. Depuis, comme les cours ont remonté, les rentabilités sont bien moins intéressantes.

Face à la peur

Quand la situation économique et financière devient critique, très dangereuse, les investisseurs considèrent qu’il y a des risques et donc ils exigent des primes de risque plus élevées.

Ce qui signifie, comme expliqué plus haut, qu’ils exigent des rendements plus élevés. Toute augmentation substantielle du rendement attendu/exigé par les investisseurs entraînera un effondrement des prix.

C’est exactement ce qui s’est passé le mois dernier. Face à la peur, les investisseurs ont demandé, ont exigé, des primes de risque plus élevées… et ils ont fait baisser les prix des actions.

Ce que nous constatons aujourd’hui sur les marchés financiers n’est que le premier épisode d’une forte aversion au risque.

Comme le monde est influencé par ce qui se passe sur le marché financier, les autorités, gouvernements et banques centrales ont pris des mesures pour apaiser la peur des investisseurs/spéculateurs : ils ont acheté les titres que les investisseurs avaient envie de vendre et ils ont promis de continuer à le faire. Les primes de risque se sont donc contractées. Les prix ont remonté.

La question de savoir si les mesures prises par les autorités sont bonnes et suffisantes est évidemment importante – mais pas pour ceux qui investissent à long terme. Pour eux, avec des prix qui ont remonté et des primes de risque qui sont à nouveaux très faibles, il n’y a aucun intérêt à investir : la rentabilité de leur placement est redevenue insuffisante.

Acheter aux cours actuels – qui ont fortement remonté – non seulement procurera une rentabilité trop faible et insuffisamment couverte par la maigre prime de risque mais en plus cela exposera à une rechute : nous ne sommes qu’au début des deux crises (crise du virus et crise financière), et pas encore dans la troisième crise, la crise économique.

Remerciements au gestionnaire de fonds et analyste John P. Hussmann, qui expose clairement cette base de l’analyse financière du grand maître, Benjamin Graham, et de son acolyte David Dodd.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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