La Chronique Agora

Exxon ou Anadarko ? Pour bien investir dans le pétrole, oubliez les majors !

▪ C’en est fini du pétrole de papa, quand les grandes majors pétrolières parcouraient le monde pour apporter le précieux liquide aux raffineries de Fos (Bouches-du-Rhône), Port Arthur (Texas) ou de Bâton-Rouge (Louisiane).

D’abord, nos raffineries ferment. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans cet article. Ensuite, les majors sont de plus en plus concurrencées par les petites et moyennes compagnies. Enfin, le pétrole ne se trouve plus au fond des océans, mais sur la terre ferme.

Pour caricaturale qu’elle soit, cette vision exprime pourtant bien les trois tendances qui sont en train de secouer la hiérarchie sur le marché pétrolier.

Désormais, les investisseurs les plus audacieux évitent les grosses pétrolières. L’avenir est ailleurs. Suivez le guide !

▪ Exxon Mobil, le thermomètre du secteur
Récemment, le Financial Times affirmait que le géant pétrolier américain Exxon Mobil « perdait de son lustre ». Autant vous le dire tout de suite, si Exxon Mobil va mal, tout le monde va mal. Exxon fait partie de ces compagnies hyper-conservatrices, qui se méfient a priori du changement, défendent leur business model contre vents et marées… et finissent la plupart du temps par afficher des records de rentabilité.

Ce mois-ci pourtant, un grain de sable a enrayé la belle machine à cash. Exxon Mobil a déçu. Sa production de pétrole et de gaz a décliné de 7,5%, pour le cinquième trimestre d’affilée ! Le groupe a même affiché un ROCE, rendements des capitaux investis, en baisse. Il est passé en dessous de celui d’un de ses concurrents directs, Chevron. Le groupe de recherche PFC Energy a confirmé cette analyse en calculant que le revenu des activités amont du groupe s’élevait à 15 $ par baril équivalent pétrole (boe) contre 18 $ pour Chevron.

Le tableau n’est pas dramatique, mais il est de plus en plus inquiétant. Si Exxon Mobil s’enrhume, ce sont toutes les majors qui risquent de tomber malade. Je vous propose de continuer l’autopsie pour comprendre le mal qui ronge les majors.

▪ Le poison du non-conventionnel
Il n’est pas facile de sortir de ses frontières traditionnelles, encore faut-il ne pas se tromper lorsque l’on en prend finalement l’initiative. C’est ce qui s’est passé avec Exxon Mobil. Le groupe texan, conscient qu’une révolution était en train de lui passer sous le nez, a décidé en 2010 de se lancer dans le gaz de schiste. Le groupe a racheté pour plus de 30 milliards de dollars le groupe XTO Energy.

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Des plus-values de 75,23%, 54,10%, 30,92%, 42,73%, 43,90%, 51,31%, 54,10%…
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Comment faire ? Tout est expliqué ici

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Pourtant cet investissement n’a pas permis à Exxon de profiter de cette révolution. Ce serait plutôt le contraire. Si les gaz de schiste n’ont pas encore détrôné les rois de l’énergie fossile, ils continuent de les faire vaciller de leur trône.

Car depuis 2010, les prix du gaz sur le Henry Hub, le marché spot du gaz à New York, se sont effondrés, et les profits de sociétés du gaz de schiste avec. En juin dernier, Rex Tillerson, le directeur d’Exxon, a admis que la société était en train d’y laisser sa chemise.

▪ La plaie des petits groupes
C’est peut-être la comparaison qui fait le plus mal à Exxon Mobil, les petits groupes sont bien plus florissants que les grosses majors. Alors qu’Exxon voit sa rentabilité décliner, les petits groupes multiplient les projets et affichent des objectifs particulièrement optimistes.

Ainsi d’ici 2014, une compagnie comme Anadarko a prévu de faire croître son chiffre d’affaires de 27%. Pour sa part, EOG vise les +37% et Apache les +21%. En comparaison, Exxon ne croîtra « que » de 3%. Ces compagnies pourraient afficher des croissances plus de 10 fois supérieures à celles d’Exxon.

La période est plus profitable aux petites pétrolières, souples, audacieuses et orientées sur l’exploration à tout prix. Leur business model est davantage adapté à l’exploration de l’Afrique par exemple, nouvel eldorado des pétroliers où il faut multiplier les projets.

Le temps des découvertes géantes de pétrole n’est plus, et des acteurs comme Exxon tardent à s’y adapter.

▪ La contagion des compagnies émergentes
Enfin la difficulté majeure qu’affrontent les grands groupes est la concurrence des compagnies émergentes. Soutenus souvent par les finances généreuses de leur Etat, les groupes issus des pays émergents concurrencent ainsi les plus grands majors dans l’accès aux nouveaux gisements d’hydrocarbures.

Le cas le plus récent a concerné l’acquisition de Cove Energy pour 1,22 milliard de livres cet été. Cette société cotée à Londres possédait un important portefeuille de gisements en Afrique, notamment au Mozambique, ce qui a aiguisé l’appétit d’un grand nombre de compagnies. Au final, la lutte pour l’acquisition a opposé la major anglo-hollandaise Shell à PTT, un groupe… thaïlandais.

Au final, c’est PTE qui a soufflé sous le nez de Shell l’acquisition de Cove Energy, pour un montant jugé particulièrement élevé.

▪ Mon conseil
Les grandes majors n’ont plus le vent en poupe. L’heure est aux petites ou moyennes compagnies pétrolières, qui ont su adapter leur profit à la nouvelle architecture du marché. Les compagnies comme Anadarko ou Apache font effectivement partie des têtes de listes pour les investisseurs. Pourtant ces compagnies vont devoir être capables de monter également dans le train du pétrole schiste. Aucun risque de voir le scénario du gaz se répéter dans le pétrole de schiste.

Pour investir efficacement dans le pétrole, surveillez ces deux critères : Afrique et pétrole de schiste !
[NDLR : Matières à Profits a repéré pour vous une de ces compagnies au profil parfait. Après s’être recentrée sur ses principaux gisements à l’étranger, elle s’est très tôt engouffrée dans la révolution du pétrole de schiste. Ainsi la société affiche un taux de remplacement de sa production de 142%, ce qui est parmi le plus élevé du secteur (107% pour Exxon Mobil). Assurée d’une forte capacité de production pour les années à venir, cette compagnie possède désormais la maîtrise des technologies les plus pointues grâce au pétrole de schiste : pour en savoir plus, c’est par ici…]

Première parution dans l’Edito Matières Premières & Devises du 12/12/2012.

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