La Chronique Agora

Et si vous viviez plus longtemps que votre argent ?

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Couple de retraité assis sur un banc face à la mer en Bretagne. Aout 2025

Vivre jusqu’à 100 ans, pourquoi pas ? Encore faut-il que l’épargne suive. Quelques années de retraite supplémentaires peuvent changer bien des calculs, même pour ceux qui pensaient avoir prévu large.

107 ans.

C’est l’âge auquel la mère d’un ami est décédée récemment.

Elle était née en 1919, quelques jours avant la signature du traité de paix mettant fin à la Première Guerre mondiale.

Elle entrait dans l’âge adulte au début de la Seconde Guerre mondiale.

Elle approchait de la cinquantaine à l’apogée du mouvement hippie.

Elle avait déjà l’âge de la retraite au milieu des années 1980.

Et jusqu’à sa dernière année, elle vivait seule, chez elle.

Une vie remarquable.

Comme mon métier consiste à aider les gens à faire fructifier leur patrimoine pour préparer leur retraite ou mieux en profiter, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander : comment a-t-elle financé toutes ces années ? Et, bien sûr : est-ce que je pourrais en faire autant ?

Personne ne s’attend à vivre jusqu’à 107 ans. Mais qui sait ? Avec les progrès de la médecine et les bons gènes, tout est possible. Trois de mes quatre grands-parents ont dépassé les 90 ans, et mon mode de vie est certainement plus sain que le leur au même âge.

Pour être honnête, l’idée de vivre jusqu’à 107 ans me fiche une sacrée trouille. Et elle effraie probablement encore davantage mes enfants. Combien de fois devront-ils m’expliquer comment écouter ma musique dans ma voiture volante autonome ?

J’ai la chance de pouvoir envisager assez sereinement le financement de ma retraite jusqu’à 80 ou 90 ans passés. Mais 107 ans ? Là, c’est peut-être une autre histoire.

Ma génération n’est pas dans la même situation que les précédentes. Mon père est décédé il y a quelques années, mais il bénéficiait d’une très bonne pension et d’une excellente couverture santé. S’il avait vécu jusqu’à 107 ans, il n’aurait probablement pas eu à réduire ses dépenses. Financièrement, sa retraite était largement à l’abri des soucis.

La plupart d’entre nous n’ont pas cette tranquillité d’esprit. Moi, en tout cas, je ne l’ai pas.

Depuis ma jeunesse, j’ai toujours préparé ma retraite en partant du principe que je devrais la financer entièrement moi-même, sans compter sur une pension publique. J’espère évidemment ne pas en arriver là. Mais les discussions sur de futures baisses des prestations aux États-Unis ne m’incitent pas à écarter cette hypothèse.

Me voilà donc à me demander si mes finances pourraient me permettre de vivre jusqu’à 107 ans, alors que mon horizon s’arrêtait jusque-là dix ans plus tôt, au moins.

Voici comment je m’y prends pour vérifier si mon argent peut durer plus longtemps que prévu.

1. Faites le point sur vos assurances

J’entretiens une relation compliquée avec les assurances. Certaines sont indispensables. Mais j’ai aussi le sentiment que beaucoup d’entre nous sont trop assurés.

Par exemple, je n’ai plus d’assurance décès. Mes enfants sont adultes, ils ont terminé leurs études et ma femme ne dépend pas de mes revenus. Dans notre situation, continuer à verser une cotisation annuelle à un assureur n’aurait pas de raison d’être.

J’investis plutôt cet argent en Bourse, où il peut fructifier sur la durée grâce aux rendements composés.

Si votre décès ou celui d’un proche ne risque pas de mettre les survivants en difficulté financière, demandez-vous sérieusement s’il est utile de conserver cette assurance. Les cotisations pourraient être investies à la place.

J’ai longtemps tenu le même raisonnement pour l’assurance dépendance. Si ma femme ou moi devions avoir besoin d’une aide durable, nous devrions pouvoir payer nous-mêmes les dépenses restant à notre charge après les remboursements et les aides éventuelles.

Mais ce calcul reposait sur une espérance de vie raisonnable.

Certes, nous n’atteindrons probablement pas 107 ans si notre santé se dégrade au point de nécessiter une prise en charge prolongée.

Mais qui sait ? À 90 ans passés, je pourrais souffrir de troubles cognitifs — certains diront que c’est déjà le cas — et avoir besoin d’une assistance permanente ou de vivre plusieurs années dans un établissement spécialisé, alors même que mon corps tient encore bien le coup. Et cela coûte cher.

L’assurance dépendance non plus n’est pas donnée. En règle générale, plus on avance en âge, plus elle coûte cher à souscrire.

Pour certaines personnes, elle constitue pourtant une véritable bouée de sauvetage financière. Si vous connaissez un conseiller en assurance digne de confiance, prenez le temps d’examiner avec lui le coût de cette protection et les garanties proposées. Vous pourrez ainsi décider en connaissance de cause si vous en avez besoin.

2. Demandez-vous de combien vous aurez besoin, et à quel moment

Depuis des années, je conseille à mes lecteurs de sortir de la Bourse l’argent dont ils auront besoin dans les trois ans, pour le placer sur des supports prudents.

L’allongement de la vie oblige à faire davantage fructifier son capital pour tenir jusqu’au bout. Et les actions ont un rôle à jouer dans cette croissance.

En revanche, l’argent destiné aux dépenses incontournables à court terme — comme le remboursement d’un crédit immobilier ou le loyer — doit être protégé. Vous devez pouvoir régler ces dépenses sans dépendre des fluctuations du marché.

3. Prenez soin de votre santé

Rester en bonne santé est aussi une façon de préserver ses finances. Mieux vous vous portez, moins votre santé risque de vous coûter cher.

Bien sûr, de nombreuses maladies sont inévitables. Mais de bonnes habitudes de vie peuvent réduire le risque de certaines maladies cardiaques et de certains cancers.

Pas besoin de courir des marathons : marcher chaque jour fait déjà énormément de bien, aussi bien au corps qu’au moral. Plusieurs études ont également montré que les personnes actives présentent un risque plus faible de démence.

Un séjour dans un établissement médicalisé peut représenter une dépense considérable. Chaque année où vous pouvez continuer à vivre chez vous, sans avoir besoin d’une telle prise en charge, compte aussi sur le plan financier.

Les maladies chroniques, notamment celles favorisées par de mauvaises habitudes de vie, entraînent davantage d’hospitalisations, de passages aux urgences et de traitements. Au-delà de ce qu’elles vous font subir, elles peuvent aussi alourdir les dépenses restant à votre charge.

Jusqu’ici, je ne craignais pas particulièrement d’épuiser mon argent avant la fin de ma vie. Mais maintenant que j’ai le nombre 107 en tête, je veux être certain d’avoir prévu suffisamment large.

Je ne pense pas vivre jusqu’à 107 ans. Mais beaucoup de choses dans ma vie se sont produites sans que je les aie vues venir.

Autant m’y préparer.

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