La Chronique Agora

De la consommation à l'immobilier US, la Grande Correction s'intensifie

▪ Nous avons vu passer un graphique censé prouver que le PIB américain est de retour à ses niveaux de 2007, après n’avoir perdu que 4% durant la crise.

Nous n’y croyons pas ; ils ont truqué les chiffres.

Aucun des composants clés du PIB US ne s’est remis. Les mises en chantier, par exemple, sont toujours inférieures d’un million à ce qu’elles étaient avant le début de la crise. L’emploi est de retour à son niveau d’il y a dix ans — avec sept millions d’emplois en moins qu’en 2007 ! Les ventes au détail grimpent — mais n’ont toujours pas récupéré leurs niveaux de 2006 ou 2007.

Comment l’économie globale peut-elle se remettre si ses éléments les plus importants ne le font pas ?

La vraie réponse : l’économie ne s’est pas remise. Et la Grande Correction n’a pas disparu. Elle est plutôt comme un ouragan qui stationnerait non loin d’une côte : il a lancé une première attaque contre les terres, et il est de retour en mer ; ses vents sont en train de prendre de la vitesse. Il devient plus grand… plus fort. Il s’intensifie.

Pourquoi ?

Comme nous l’avons dit à de trop nombreuses reprises, aucun des problèmes ayant mené à la crise de 2007-2009 n’a été corrigé. Ils ont plutôt été tordus et déformés ; ils ont pris des formes hideuses et nouvelles. Ils sont encore là — tourbillonnants, pires que jamais.

Environ 73% de l’économie américaine provient des dépenses de consommation. Pour que l’économie se développe, les consommateurs doivent donc pouvoir dépenser, n’est-ce pas ? Mais comment ?

Si l’on tient compte de l’inflation, le salaire US moyen est plus bas aujourd’hui qu’en 1973. Absolument presque 40 ans de stagnation.

▪ Attendez… nous savons ce que vous pensez : « qu’est-ce que vous racontez ? Il y a eu d’excellentes années pour l’économie américaine entre 1973 et 2007 ! »

Et vous avez raison. Mais elles ne provenaient pas d’une augmentation réelle et solide du pouvoir d’achat des consommateurs. Cette croissance venait de deux sources :

Premièrement, les consommateurs ont emprunté plus. La dette totale est passée d’environ 150% du PIB à plus de 370%. Le secteur financier a perdu la tête… prêtant de l’argent à des gens n’ayant ni revenus ni emploi… écrivant des contrats de prêts bourrés de dynamite prête à exploser.

Ce n’était pas de la croissance saine. Elle n’était pas durable. Elle ne faisait que prendre de la « croissance » future pour l’avancer à aujourd’hui. Vous voulez savoir pourquoi l’immobilier américain est si lent aujourd’hui ? Facile : les maisons d’aujourd’hui ont été construites hier.

Pourquoi un boom nourri par le crédit n’est-il pas durable ? Parce que les marchés de crédit grimpent et baissent, comme tous les autres marchés. Lorsque le crédit est moins cher, les gens empruntent plus et achètent plus. Lorsqu’il devient plus cher, ils doivent rembourser leurs prêts et cesser de tant acheter.

Deuxièmement, durant la période 1974-2007, on trouvait plus de gens travaillant plus longtemps. Tout le monde s’est mis au travail, pas uniquement le chef de famille. Et on travaillait plus. On a proclamé que c’était une ère glorieuse pour les femmes. Elles sont allées à l’université. Elles ont obtenu des emplois. Et elles avaient aussi une famille. A présent, elles ne complètent plus le salaire de leur mari. Elles sont devenues des partenaires à égalité dans le ménage… voire plus. Quelle chance, elles occupent désormais deux emplois — un au bureau et l’autre à domicile !

Jusqu’en 2007, les autorités ont pu compenser toutes les tentatives de correction en rendant plus de crédit disponible à des prix plus bas. Mais en 2006, la machine à crédit ne fonctionnait plus. L’économie du secteur privé était saturée de dettes. Elle n’en pouvait plus.

Seules les autorités pouvaient encore emprunter librement — ce qu’elles ont fait. En 2009 et 2010, le gouvernement américain a emprunté TOUTE l’épargne des Etats-Unis, et plus encore. Depuis novembre 2010, la Fed ne fait qu’imprimer de l’argent — assez pour couvrir 109% des besoins d’emprunt du gouvernement sur cette période.

Pour la plupart, les ménages ne peuvent toujours pas emprunter… et ne le veulent pas. A moins d’emprunter au gouvernement. Toutes les récentes augmentations du crédit à la consommation, par exemple, peuvent s’expliquer par la hausse des prêts étudiants.

Les consommateurs ne sont pas en position d’emprunter… ni en position de mener une vraie reprise. Ils continuent de clouer des planches sur leurs fenêtres et de déménager leurs meubles au premier étage. Ils n’ont pas d’emplois. Ils n’ont pas de crédit. Et leurs maisons — qui auraient pu servir de nantissement à des crédits hypothécaires — sont encore en train de couler.

Ah, et la prochaine vague de réajustements de taux et de défauts de paiement commence le mois prochain.

Ayez pitié du pauvre lumpenconsommateur. Il était si pressé de consommer durant les années de bulle. Maintenant, il ne peut pas du tout consommer. Ses revenus stagnent. Sa valeur nette chute. Et comme si ça ne suffisait pas, ses coûts grimpent.

En gros : le coût de la vie pour les Américains est maintenant plus élevé que ce qu’il était durant la période où les prix de l’immobilier étaient dans une bulle, les prix des actions étaient à des sommets record, le chômage était bas et la confiance des consommateurs grimpait en flèche. Quelque chose doit céder.

 
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