Alors que les prix du pétrole pourraient repartir à la baisse, ceux du gazole risquent de rester durablement élevés. En cause : des capacités de raffinage insuffisantes pour répondre à la demande mondiale. Une situation qui menace d’alimenter l’inflation, mais qui pourrait aussi créer de nouvelles opportunités pour les investisseurs dans le secteur énergétique.
Depuis le début de l’année, l’actualité énergétique est largement dominée par les fluctuations du prix du pétrole.
Mais je voudrais que vous mettiez un instant le pétrole de côté, car un autre indicateur pourrait nous en apprendre bien davantage sur l’évolution du marché de l’énergie dans les mois à venir : le prix du gazole.
Les prix du gazole se sont envolés cette année et, selon Goldman Sachs, ils pourraient rester anormalement élevés jusqu’en 2027.
À première vue, cela peut sembler étonnant. Les approvisionnements en pétrole en provenance du Moyen-Orient commencent à s’améliorer et Goldman Sachs prévoit que le Brent finira par se stabiliser autour de 80 $ le baril.
En temps normal, une baisse du prix du pétrole devrait entraîner celle des carburants. Mais ce n’est pas nécessairement ce qui se produit aujourd’hui.
Et pour comprendre pourquoi, il faut s’intéresser à un problème bien plus profond qui touche le marché de l’énergie.
Le principe est simple : vous ne pouvez pas verser directement du pétrole brut dans le réservoir de votre voiture, de votre camion ou de votre tracteur. Il doit d’abord passer par une raffinerie, où il est transformé en essence, en gazole, en kérosène et en d’autres produits que nous utilisons quotidiennement.
Or, les capacités mondiales de raffinage sont aujourd’hui insuffisantes pour répondre sereinement à la demande.
Goldman Sachs estime même que les capacités de raffinage hors de Chine devraient diminuer d’environ 300 000 barils par jour cette année.
Dans le même temps, des installations représentant près de 2 millions de barils par jour de capacité de raffinage restent à l’arrêt au Moyen-Orient. Le raffinage russe connaît lui aussi d’importantes perturbations.
Les raffineries américaines tournent à plein régime pour tenter de compenser ces déficits, mais elles ne pourront pas maintenir indéfiniment une telle cadence.
Autrement dit, le monde n’a pas seulement besoin de davantage de pétrole. Il lui faut aussi les infrastructures capables de transformer ce pétrole en carburants utilisables. Et une grande partie de ces installations fonctionne déjà à la limite de ses capacités.
Les gouvernements peuvent certes puiser dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour faire temporairement baisser les prix. Mais ils ne peuvent pas faire apparaître, comme par magie, de nouvelles capacités de raffinage. Construire une raffinerie demande du temps et des investissements considérables.
Voilà pourquoi Goldman Sachs estime que l’écart entre le prix du gazole et du kérosène et celui du pétrole brut – ce que l’on appelle le crack spread – pourrait rester plus de deux fois supérieur à son niveau habituel en 2027.
Vous vous dites peut-être : « Je ne roule pas au diesel. Pourquoi devrais-je m’en préoccuper ? »
Tout simplement parce que le gazole fait tourner une grande partie de l’économie.
Il alimente les camions qui transportent notre nourriture, les engins agricoles utilisés pour les récoltes, les machines sur les chantiers et d’innombrables autres maillons de la chaîne d’approvisionnement.
Lorsque son prix augmente, les répercussions peuvent être considérables. Les transporteurs doivent dépenser davantage pour acheminer les marchandises, les agriculteurs pour récolter leurs cultures et les entreprises du bâtiment pour faire fonctionner leurs engins.
Et tôt ou tard, ces surcoûts risquent d’être répercutés sur les consommateurs, faisant grimper des prix déjà élevés.
Un facteur de hausse qui n’est pas près de disparaître
Le gazole ne représente toutefois qu’une partie du problème. Car les réserves stratégiques utilisées aujourd’hui devront, elles aussi, être reconstituées tôt ou tard.
Depuis des années, on nous répète que le monde abandonne progressivement les énergies fossiles et que les progrès technologiques vont considérablement réduire notre dépendance au pétrole et au gaz.
Ce sera peut-être le cas un jour. Mais nous n’en sommes pas encore là.
L’économie mondiale continue de consommer des quantités colossales de pétrole et de gaz naturel. Et l’année 2026 nous a rappelé, de façon douloureuse, ce qui se produit lorsque l’offre ne parvient plus à suivre la demande.
C’est un point particulièrement important pour les investisseurs.
Les États-Unis produisent des quantités record de pétrole. À lui seul, le bassin permien devrait atteindre une production moyenne historique de 6,8 millions de barils par jour cette année.
Pour autant, je ne vous recommande pas de vous précipiter sur le pétrole pour profiter de la hausse des cours. Et je ne pense certainement pas que vous ayez besoin de spéculer sur les contrats à terme pétroliers.
Je préfère investir dans des entreprises capables de tirer parti de la puissance de la production énergétique américaine, sans avoir à supporter elles-mêmes l’ensemble des coûts liés au forage.
L’un de mes modèles préférés est celui des redevances pétrolières et gazières, ou oil royalties.
Le principe est étonnamment simple.
Les compagnies pétrolières dépensent des sommes considérables pour forer des puits, embaucher du personnel, acheter du matériel et extraire le pétrole.
Les détenteurs de droits à redevances, eux, n’ont pas à se soucier de tout cela. Ils se contentent de percevoir une part des revenus générés par la production de pétrole et de gaz.
Imaginez un péage : chaque fois qu’une autre entreprise extrait des ressources précieuses du sous-sol, vous touchez votre part.
C’est ce qui rend ce modèle économique si intéressant.
Bien entendu, les redevances ne sont pas à l’abri d’une baisse des cours du pétrole ni des autres risques propres au secteur.
Mais leur fonctionnement particulier permet aux investisseurs de profiter de la production énergétique sans avoir à supporter une grande partie des lourdes charges d’exploitation auxquelles sont confrontés les producteurs traditionnels.
C’est pourquoi je pense que les sociétés qui perçoivent des redevances sur la production de pétrole et de gaz méritent aujourd’hui davantage l’attention des investisseurs.
Ce qu’il faut retenir
Les tensions sur le marché du gazole nous rappellent une chose essentielle : en tant qu’investisseurs, nous ne devons pas nous contenter de surveiller le cours du baril de pétrole. Il faut aussi regarder ce qui se passe en coulisses.
Même si le pétrole revient à 80 $ le baril, cela ne signifiera pas nécessairement que les tensions sur le marché de l’énergie auront disparu.
Et si Goldman Sachs voit juste, certaines de leurs conséquences pourraient se faire sentir jusqu’à une bonne partie de l’année 2027.
Pour les investisseurs, cela pourrait se traduire par de nouvelles opportunités dans le secteur énergétique, notamment parmi les entreprises et les placements qui génèrent des revenus grâce aux immenses volumes de pétrole et de gaz que les États-Unis continuent de produire.
C’est un segment que je suivrai de très près dans les mois à venir.
