La Chronique Agora

Au casino boursier, les pigeons et les autres

casino boursier

Connaître les règles du jeu boursier ne suffit pas toujours pour être gagnant. Certaines règles sont en effet temporaires, et quelques joueurs ont l’avantage de pouvoir les découvrir avant tout le monde.

Je vous disais la semaine dernière qu’il est important de connaître les règles du jeu boursier, et notamment connaître celles qui régissent le prix des actions. Mais il faut également avoir compris comment fonctionne le casino, la Bourse.

Elle fonctionne sur un constat fait par Adam Smith : « Tout joueur a tendance à s’exagérer ses chances de gagner au jeu. »

Warren Buffett disait, dans une ligne similaire : « Regardez autour de la table de poker. Si vous ne pouvez pas voir le pigeon, c’est que c’est vous qui l’êtes. »

Le jeu boursier à ses règles. Je parle de ses vraies règles, pas de tout ce que l’on vous apprend dans les livres ou à l’université.

Ces règles sont à la fois éternelles, comme celle énoncée par Warren Buffett, et elles sont temporaires, en fonction de la situation économique, financière et monétaire du moment.

Les règles temporaires sont fixées par les plus gros et les plus forts. Ce sont eux qui publient, interviennent, fixent et valident ce que l’on appelle les corrélations. C’est-à-dire une sorte de martingale magique qui dit que « s’il se passe ceci, alors il s’ensuit cela ».

Un temps d’avance

Les corrélations ne cessent de varier, mais sachez qu’elles ne tombent pas du ciel : elles sont découvertes puis validées par les JPMorgan, Goldman et autres géants du marché.

Comme ce sont eux qui les découvrent et les valident, ils ont un temps d’avance, dont ils profitent d’autant plus grâce à leurs liens avec la banque centrale, qui joue un rôle clé dans le processus.

Par définition, en tant que membre de la classe sociale des épargnants, sauf à être un génie, vous êtes le pigeon. Cela dit, il y a peu de génies sur la durée, croyez-moi !

Je travaille sur la Bourse, la finance et la monnaie à haut niveau depuis 60 ans, et mon expérience m’a appris cette vérité fondamentale, corroborée par la théorie, à savoir que la bourse a deux vraies fonctions.

La première est de faire passer l’argent du public dans la poche des professionnels, des banques, des gouvernements, des dynasties, et des grosses sociétés.

Tandis que la seconde est la vraie fonction objective, non voulue, de long terme. C’est la fonction de destruction, de remise à zéro des compteurs.

D’erreur en erreur

On appelle cela pudiquement la fonction de « découverte des prix », mais elle n’intervient que séculairement car, entretemps, la Bourse ne passe que d’erreur en erreur, et c’est pour cela qu’elle monte et baisse.

La Bourse étant un processus de surévaluation grâce au facteur jeu, la remise en ordre ne s’effectue que lors des paniques et des destructions. On voit alors qui se baigne nu, dirait Warren Buffett.

Normalement, cette fonction de destruction intervient à périodicité plus ou moins régulière, en liaison avec le cycle du crédit. On détruit le faux, la pourriture, tout ce qui est fragile, on cogne sur les mains faibles.

Cependant, à notre époque, les démiurges croient – comme en 1929 – qu’ils sont tout-puissants et qu’ils peuvent faire léviter les marchés éternellement, sur un long plateau, comme le disait il y a 90 ans l’économiste Irving Fisher.

Ils ont le savoir-faire pour effectivement retarder, et ils l’utilisent, mais au prix d’un besoin de destruction qui va sans cesse grandissant.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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