La Chronique Agora

De Bretton Woods à l’argent magique

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L’or est rare, neutre et contraignant. Le dollar ne l’est plus. En abandonnant les limites qui fondaient l’ordre monétaire d’après-guerre, les États-Unis ont ouvert la voie à un système où la création de crédit remplace l’épargne — et où la règle cède à l’arbitraire.

« Le gouvernement des États-Unis dispose d’une technologie, appelée une presse à imprimer (ou, aujourd’hui, son équivalent électronique), qui lui permet de produire autant de dollars américains qu’il le souhaite, à un coût pratiquement nul. » — Ben Bernanke

Commençons par la mauvaise nouvelle.

The Wall Street Journal rapporte :

« La croissance de l’emploi l’an dernier a été bien pire que nous ne le pensions.

Le gouvernement a fortement revu à la baisse ses estimations du nombre d’emplois créés par l’économie au cours des deux dernières années.

Le Bureau of Labor Statistics (BLS) du département du Travail a annoncé mercredi que les États-Unis n’avaient créé que 1,5 million d’emplois en 2024, bien en dessous des 2 millions précédemment estimés. En 2025, il indique que le marché du travail n’a ajouté que 181 000 emplois, contre 584 000 estimés auparavant. »

Mais voici la bonne nouvelle, également rapportée par le Wall Street Journal :

« Les États-Unis ont créé 130 000 emplois en janvier, commençant l’année sur une base plus solide. »

Plus d’emplois ? Moins d’emplois ?

Difficile à comprendre.

Mais aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur l’or.

Lors de ce qui a été présenté comme l’événement le plus marquant de Davos cette année, Mark Carney, ancien banquier central et actuel Premier ministre du Canada, a déclaré au monde que « l’ordre fondé sur des règles » était révolu, parce que celui qui fixe les règles est devenu celui qui les brise. Et l’une des premières — et des plus importantes — règles qu’il a enfreintes concerne la monnaie mondiale.

Un peu de contexte…

L’or est, avant tout, un métal naturellement présent sur la terre – Au 79 dans le tableau périodique des éléments, avec 79 protons et 79 électrons dans chaque atome. Presque tout dans la nature trouve une utilité, et depuis des milliers d’années, l’or s’est avéré fonctionnel comme « monnaie ». Il répond aux critères d’Aristote. Il est fiable, portable et divisible.

Il est aussi, pour l’essentiel, inutile. C’est important. Car un métal utile est évalué en fonction de son utilité. Le minerai de fer, le cuivre, l’aluminium — chacun possède son marché, et des prix fixés par les utilisateurs. Idéalement, une véritable monnaie ne devrait avoir aucun usage ni valeur autre que monétaire ; elle est destinée à mesurer la valeur des autres choses, non à posséder une valeur propre.

Une autre caractéristique essentielle de l’or est sa relative rareté. On ne peut augmenter la quantité d’or hors sol sans creuser et l’extraire. En un sens, la valeur de l’or reflète le temps et l’énergie nécessaires à son extraction et à son raffinage. C’est une limite naturelle. On ne dépensera pas 1 000 dollars pour extraire une once d’or qui ne se vend que 100 dollars. Mais lorsque le « prix » (c’est-à-dire la valeur des biens et services qu’il permet d’acheter) atteint 2 000 dollars, on pourrait dépenser jusqu’à 1 900 dollars pour le trouver, augmentant ainsi l’offre disponible et contribuant à maintenir les prix plus ou moins stables.

Tout cela pour dire que l’or fait une très bonne monnaie.

Les morceaux de papier imprimés, eux, ne font pas une bonne monnaie. Ils sont portables, divisibles et relativement durables. Hélas, ils ne sont ni rares ni limités. Comme l’a expliqué Ben Bernanke, les autorités peuvent en produire autant qu’elles le souhaitent à un « coût pratiquement nul ».

Mais ces morceaux de papier se sont révélés aussi séduisants qu’une grenade dégoupillée dans une cour d’école. Les premières banques ont émis des papiers indiquant, en substance, qu’ils pouvaient être échangés contre l’or conservé dans leurs coffres.

Ces papiers pouvaient aussi servir à acheter des biens et des services, tout comme l’or. Puis, bien sûr, les banques ont constaté qu’elles n’avaient pas réellement besoin de conserver tout cet or dans leurs coffres. Elles pouvaient utiliser un système de « réserves fractionnaires ». Les clients étaient peu susceptibles de réclamer tout l’or en même temps. Il suffisait à la banque de détenir la moitié… ou 25 %… ou même 10 %… voire moins, juste assez pour couvrir la demande habituelle.

En pratique, cela permettait aux banques de prêter de l’argent qu’elles n’avaient pas et d’en percevoir les intérêts. Cela les rendait complices d’une forme de contrefaçon, « imprimant » des morceaux de papier et les appelant « monnaies » prétendument « garantie par des réserves d’or » inexistantes.

L’économiste Murray Rothbard soutenait que cette pratique constituait une fraude criminelle et devait être interdite.

Mais elle s’est répandue. Et aujourd’hui, tout le monde le fait. Les États-Unis n’imposent aucune exigence de réserves (en mars 2020, la Fed a fixé les exigences de réserves à 0 % pour toutes les institutions de dépôt aux États-Unis et les a maintenues à ce niveau depuis). Ainsi, cette « monnaie axée sur le crédit » — de la fausse monnaie créée à partir de rien — en est venue à dominer l’économie américaine.

La fausse monnaie s’est révélée une escroquerie encore plus efficace entre les mains de l’État. Les gens se méfiaient des certificats-or des banques — ce qui limitait de fait leur diffusion. Les banques faisaient parfois faillite. Pendant la Grande Dépression, par exemple, environ 9 000 d’entre elles ont été déclarées insolvables. Mais un gouvernement « ne peut pas faire faillite » puisqu’il peut toujours « imprimer » de la monnaie légale.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont cherché à instaurer un ordre « fondé sur des règles » plutôt que sur la force brute. Il existait des règles pour la guerre… pour le commerce… et aussi pour la monnaie.

Les accords de Bretton Woods ont établi le dollar comme monnaie de référence mondiale. À l’époque, le dollar était « aussi bon que l’or » parce que les États-Unis s’engageaient à échanger leurs dollars contre de l’or à tout moment.

Mais rappelons-le : l’exigence essentielle d’un papier adossé à l’or est qu’il soit réellement limité. Une autre exigence clé, rarement mentionnée mais qui jouera un rôle important dans notre histoire, est la neutralité.

L’or ne se souciait ni de son origine ni des mains par lesquelles il passait. Avait-il été extrait par des enfants ? Était-il passé par la banque centrale d’un pays ennemi ? Provenait-il d’un pays affichant un excédent commercial vis-à-vis des États-Unis ?

L’or s’en moquait totalement. Mais les administrations Biden et Trump, elles, s’en sont souciées !

Dans notre prochaine chronique, nous reviendrons sur la manière dont les États-Unis ont enfreint les règles… et comment ces règles brisées pourraient mener désormais les États-Unis à la faillite.

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