La Chronique Agora

Bourse : nous avons fait un pas de plus vers le gouffre

Bourse

Les marchés ont réagi début novembre à l’annonce du taper de la Fed avec une hausse des actions et une baisse des rendements obligataire… Ou était-ce plutôt suite à l’annonce de la Banque d’Angleterre, qui a renoncé à augmenter ses taux ?

Cet article n’est pas financier, il vous concerne tous. Pourquoi ? Parce que c’est vous qui serez fracassés quand l’heure viendra.

Hélas, vos médias incompétents et aux ordres ne vous sensibilisent pas aux événements importants du monde. Tout au plus, ils ont signalé les records boursiers mondiaux qui se sont accumulés ces dernières semaines. Ils sont en revanche passés complètement à côté des causes de ces records, et surtout de l’implication que cela avait pour le futur et pour vous.

Je n’ai vu personne faire le rapprochement entre d’un côté la décision de la Banque d’Angleterre de ne pas monter ses taux alors qu’elle avait prévu de le faire et, de l’autre, la forte hausse des obligations, des fonds d’État et des actions dans le monde. Personne !

Le taper de la Fed n’a rien changé

L’imbécillité majeure a consisté à associer la décision de la Fed sur son taper au comportement haussier des Bourses. Ce qui a permis à vos journaux idiots de décréter que le taper ne faisait plus peur, que l’opération était réussie.

Comme prévu, la Fed a annoncé le mercredi 3 novembre les détails de sa stratégie qui commence essentiellement par une réduction ridicule et dérisoire de 15 milliards de dollars de ses achats. Elle adoptera une approche flexible. Surtout, en même temps, Powell et le FOMC ont affirmé qu’il est beaucoup trop tôt pour discuter d’une augmentation des taux à partir du zéro actuel.

C’était la grande semaine, très attendue, de la Fed.

Et elle a été éclipsée par une nouvelle qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre. La BOE a renoncé à monter ses taux !

Les rendements obligataires s’effondrent

Un hôte de Bloomberg a demandé à un invité pourquoi les rendements américains et les marchés mondiaux étaient plus touchés par l’annonce de la politique de la Banque d’Angleterre (BOE) de jeudi que par les « baby steps » –  les pas de bébé – de la Fed. Il n’a pas obtenu de réponse satisfaisante.

Quelques exemples. Les rendements britanniques à 10 ans ont chuté de 19 points de base (pbs) durant le reste de la semaine qui a suivi, à 0,85%, avec une baisse notable de 35 pbs en 12 séances par rapport aux plus hauts du 21 octobre.

Dans le même temps :

Les rendements des bons du Trésor US à 10 ans ont chuté de 10 pbs durant cette même semaine, à 1,46%, avec une baisse de 18 pbs sur deux semaines. Tandis que les rendements des bons du Trésor à deux et cinq ans ont respectivement baissé de 10 pbs (0,40 %) et de 13 pbs (1,06 %).

L’annonce de la BOE a littéralement fait s’effondrer les taux mondiaux sur les marchés. Et nos soi-disant commentateurs de croire que cela avait un rapport avec la Fed !

Les actions en profitent

A l’inverse, du côté des actions, les petites capitalisations du Russell 2000 ont bondi de 6,1% après l’annonce, tandis que l’indice des semiconducteurs SOX était en hausse de 8,8% et l’indice Goldman Sachs Most Short (regroupant les actions les plus vendues à découvert du marché US) a bondi de 11,7%.

Enfin, c’est la semaine où le Dow Jones a dépassé les 36 000 points.

Ce fut une semaine énorme pour les Bourses et pour les principales banques centrales mondiales.

Suite à la réunion de la Banque of England (BoE) jeudi, Bloomberg nous a livré ce titre : « BOE Shocks Markets by Keeping Rates on Hold. ».

Traduction : « La Banque d’Angleterre choque les marchés en maintenant ses taux inchangés. » Le site précisant ensuite : « Les commentaires récents du style « faucon » avaient pourtant conduit les marchés à se préparer à un changement imminent dans la politique monétaire. »

Je considère cette décision de la BOE de renoncer à changer sa politique monétaire comme la confirmation totale de la position que je défends depuis 2009.

Et je suis persuadé que certains observateurs de haut niveau ont tiré la même conclusion.

Impossible de revenir sur la fuite en avant

Le retour en arrière est impossible : nous sommes dans l’Hotel California, les autorités monétaires ont brulé leurs vaisseaux. On peut choisir une politique de fuite en avant monétaire mais on ne peut, par la suite, plus revenir en arrière, même si les conditions ont changé et le justifient.

On peut essayer, on peut faire croire que l’on va essayer, on peut faire semblant d’essayer, mais on ne peut concrétiser.

La Banque d’Angleterre a cédé, malgré les risques d’inflation qu’elle avait reconnus elle-même. Elle n’a pas osé durcir sa politique monétaire.

Je dis souvent que la BoE est le véritable leader historique des banques centrales mondiales, c’est elle qui exerce la tutelle intellectuelle globale, pas la Fed. Cela vient encore d’être démontré.

La semaine dernière, le cerveau, la BOE, le maître à penser des banques centrales mondiales, a signalé un front unifié des banques centrales pour repousser les attentes des marchés pour une hausse des taux et une hausse des rendements sur les marchés.

Des annonces vide de sens

Dans un article du Financial Times publié suite à la décision, le 4 novembre :

« Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, avait un défi herculéen à affronter jeudi lors de la présentation des nouvelles prévisions d’inflation de la banque centrale, il devait concilier cela avec sa décision de ne pas augmenter immédiatement les taux d’intérêt.

Bailey, qui avait alimenté les attentes d’une hausse des taux le mois dernier en affirmant que la BoE « devra agir » pour lutter contre la flambée de l’inflation, a essayé de faire accepter trois messages – qui ont pu paraître contradictoires à beaucoup des observateurs.

Premièrement, que le Comité de politique monétaire de la BoE est beaucoup plus préoccupé par l’inflation qu’auparavant et que les taux d’intérêt vont réellement augmenter « au cours des prochains mois ».

Deuxièmement, qu’il était bon d’attendre et de voir avant d’agir car les perspectives de croissance économique s’étaient assombries et le tableau d’ensemble était terriblement incertain. 

Troisièmement, que les acteurs économiques devraient continuer à tenir compte de ses paroles, même s’il a reconnu que ses commentaires du mois dernier sur la maîtrise de l’inflation étaient des « truismes » et donc vides de sens. »

Ces paroles sont bien entendu également vides de sens. Ce sont des rationalisations et justifications dont le seul but est de cacher la vérité. Les banques centrales sont dans les cordes.

Il est difficile de ne pas voir dans les développements de cette semaine une confirmation importante de la stratégie concertée des principales banques centrales mondiales. Elles sont dans le pétrin ensemble. Elles s’y sont mises ensemble, et sont maintenant piégées ensemble.

En tant que groupe, elles sont obligées de rejeter les risques inflationnistes rapidement croissants, et de choisir de rester enfermées dans des politiques monétaires ultra-stimulantes.

Elles sont obligées d’ignorer la folie des marchés boursiers, hyper-bullaires, et les déséquilibres financiers ultra fragiles. Elles ne peuvent plus faire leur métier et contrôler l’inflation, car elles doivent, coûte que coûte, ironie de la situation, maintenir les béquilles et les échafaudages.

Il n’est pas difficile de discerner pourquoi elles adoptent une telle approche. Les fragilités mondiales sont devenues aiguës. La bulle chinoise vacille, la contagion se propageant aux principaux marchés émergents. De plus, nous avons observé ces dernières semaine une instabilité forte sur les marchés obligataires développés, notamment le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada et même sur les bons du Trésor américain.

Ils sont pétrifiés d’éclater, de crever les bulles.

Marche ou crève.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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