La Chronique Agora

Biotech : la Phase III, ou "ça passe ou ça casse"

Nouveau désaveu pour Ipsen et son partenaire Roche. Décidément, l’avenir du taspoglutide, une molécule destinée au traitement du diabète, n’est pas assuré.

Avec du retard, le candidat médicament en était tout de même arrivé à la Phase III, dernier test clinique avant toute demande de mise sur le marché auprès des autorités sanitaires. Une étape décisive pour le produit mais aussi pour son fabricant, qui, après des années de labeur et de lourds frais de recherche et développement, se demande si les investisseurs seront au rendez-vous.

Repérez la bonne phase
La Phase III, c’est le dernier saut de haie avant le sprint final. Ultime épreuve après, en moyenne, un marathon long (10 à 13 années) et coûteux (800 millions d’euros en moyenne).

"Le top 50 des sociétés de biotechnologie a dépensé environ 16,66 milliards de dollars en recherche et développement (en 2008, NDLR), contre 14,59 milliards en 2007", rappelle une étude de PharmaLive.com. Chez certains laboratoires américains, le budget R&D représente entre 20% et le tiers du chiffre d’affaires, alors que, dans la pharmacie traditionnelle, ces dépenses sont stables (12 à 15%).

Big pharmas et big biotechs ont les moyens de faire la course en solo. Pour les plus petites, la générosité ne garantit en rien leur succès. La biotechnologie est une industrie de rupture. Toutes les molécules étudiées ne donneront pas naissance à un blockbuster. "Une molécule n’a que 5% de réussite en phase I d’essai. Cette probabilité augmente pour les sociétés cotées, qui en sont à un stade plus avancé (phase IIa/Iib)", exposait Arnaud Guérin, analyste financier chez Portzamparc, lors d’une récente table ronde du magazine MoneyWeek.

Pour limiter leurs risques, "les big pharma viennent en appui d’une biotech qui possède un candidat médicament en phase de développement déjà bien avancée", expliquait Xavier d’Ornellas, gérant du fonds CCR Actions Biotech. Fortes de premiers résultats scientifiques, elles apportent des moyens financiers et humains, pour conduire de lourdes études cliniques dans un premier temps, mener des opérations de commercialisation dans un second, ajoute Rudi Van Den Eynde, gérant chez Dexia. Ce type de partenariat se monnaye assez cher et peut prendre la forme de prises de participation ou de contributions à la recherche via des paiements d’étape (milestones), puis de redevances.

Le taux d’échec n’en reste pas moins important : une molécule sur 10 000 brevetées sera commercialisée. Les apporteurs de capitaux arrivent donc soit en début de projet — quand cela demande une enveloppe moindre — soit en fin, en appui de la fameuse Phase III.

Repérer cet agenda est une aide précieuse pour votre décision d’investissement. Selon Xavier d’Ornellas, "pour l’investisseur qui n’a que son bon sens, si le montant annoncé d’un partenariat est mirobolant, mais que l’acheteur n’a versé que 5 à 10% de la somme et étale ses paiements, il limite ses risques".

Tout en gardant à l’esprit qu’il n’y a pas de vérité scientifique
Mais s’y retrouver dans cet univers de la biotech reste compliqué. "La valorisation d’un projet repose sur plusieurs candidats médicaments dont il faut apprécier la probabilité de réussite à travers des critères : degré d’avancement du projet, niveau de connaissance scientifique, pertinence de l’approche thérapeutique, concurrence sur la pathologie visée", ajoute Arnaud Guérin.

"Les sociétés qui en sont au début de leurs recherches n’offrent pas grand-chose voire rien pour les juger. Certes, leur capitalisation boursière est basse et l’action peut augmenter beaucoup. Mais la moindre mauvaise nouvelle peut aussi la faire s’écrouler de 50 à 70% sur une journée. C’est du quitte ou double", prévient Rudi Van Den Eynde. "La phase III donne un minimum de certitudes, même si rien n’est assuré", poursuit-il. La preuve : Ipsen avait "perdu plus de 15% le 18 juin dernier à l’annonce d’un nouveau retard sur le taspoglutide, en raison de réactions d’hypersensibilité des patients", rappelle L’Agefi.

"Il reste une étape avec l’autorisation de mise sur le marché, et la commercialisation, même réussie, peut parfois se traduire par des pertes. Mais une meilleure visibilité signifie souvent une valorisation élevée et donc moins de profit pour l’investisseur. Une société bien établie comme Amgen offre une croissance lente, mais sa valorisation reste attractive, à peine plus qu’Arcelor Mittal", conclut-il.

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