La Chronique Agora

Barack Obama prêt à reboucher les cratères budgétaires !

 

▪ Wall Street avait ignoré les bonnes nouvelles vendredi… mais les vendeurs, eux, n’avaient pas oublié de faire clôturer les indices américains au plus bas depuis le 1er janvier — et depuis le 6 novembre dernier en ce qui concerne le S&P 500. Le net gonflement des volumes depuis le zénith inscrit le 11 janvier (pratiquement +50% sur le Dow Jones par rapport à la moyenne des quatre précédentes semaines) laissait craindre une telle issue.

De « grosses mains » ont commencé à profiter de l’excès de confiance de début janvier. Elles ont attendu la publication des premiers trimestriels (pas toujours « meilleurs que prévu » cette fois-ci) pour commencer à se délester face à une demande plus étoffée, émanant d’investisseurs qui se désengagent partiellement des placements obligataires.

Le scénario d’un resserrement planétaire des politiques monétaires (c’est la Chine qui a donné le coup d’envoi, très rapidement imitée par l’Inde) ne fait plus mystère pour personne. Cependant, la psychologie des marchés demeure tellement haussière que peu d’analystes osent envisager que le dégonflement de la bulle du crédit et le surendettement des Etats (qui pousse les taux d’intérêt vers le haut) puissent entraîner des répercussions négatives sur les actions.

Les cours peuvent encore corriger ; le Dow Jones pourrait lâcher 1,5% et reprendre appui sur les 10 000 points. Toutefois, les 7% à 8% perdus depuis la mi-janvier sont largement suffisants pour motiver les acheteurs les plus impatients… et les bonnes nouvelles économiques se succèdent depuis vendredi dernier en Europe comme aux Etats-Unis.

▪ Une légère tension des taux salue des chiffres d’activité plus soutenus que prévu. C’est une raison bien suffisante pour prendre des bénéfices sur des lignes obligataires à haut rendement qui ont connu des variations à la hausse historiques l’an dernier. Le constat que certaines actions offrent aujourd’hui un meilleur rendement que les dettes qu’elles ont émises invite à mettre en place les arbitrages qui s’imposent.

Le seul raisonnement qui reste absent des stratégies mises en place pour 2010, c’est que toutes les valeurs mobilières (actions, convertibles et obligations) sont surévaluées du fait d’une surabondance de liquidités. Ces dernières n’étant en réalité que de la dette supplémentaire destinée à se substituer à une précédente bulle de dette dont personne ne connaît la valeur.

Un ballon crevé retrouve sa forme et ses caractéristiques initiales d’élasticité lorsque l’on utilise un puissant gonfleur fonctionnant à l’air comprimé. Quelques minutes après le coup d’envoi, cependant, on ne tarde pas à s’apercevoir que ses capacités de rebond s’amoindrissent rapidement. Pour lui faire traverser la moitié du terrain, il faut désormais taper de plus en plus fort tandis que ses trajectoires deviennent aléatoires puis finalement incontrôlables.

La Chine avait injecté 500 milliards d’euros dans son économie en 2009, les banques commerciales ont multiplié la masse de leurs crédits par deux. Cela nous a donné un magnifique ballon de croissance, le PIB s’envolant de 10% en rythme annuel… mais un résultat de moindre ampleur aurait été très surprenant ! Maintenant que la Banque centrale chinoise vient d’éteindre le compresseur, on entend clairement le sifflement de l’air qui s’échappe de l’enveloppe.

Aux Etats-Unis, le TARP, le plan de relance de 787 milliards de dollars, et les achats massifs de bons du Trésor US par la Fed ont également d’heureuses conséquences. Ils ont engendré un rebond de 5,7% du PIB américain et une forte hausse de l’indice ISM manufacturier, qui se redresse de 54,9 vers 58,4 (le consensus tablait sur un chiffre de 56).

Mais une fois déduit l’effet stocks, il reste moins de 3% de croissance implicite… Et une fois prises en compte les mesures d’incitation fiscale, il reste à peine 1% de croissance réelle — et la marge d’incertitude s’avère supérieure à ce score un trimestre sur deux, après révision.

Une fois sorti de la fiction statistique, inhérente à des formules de calcul alambiquées pour combiner des suites de nombres hétérogènes, des chiffres plus basiques donnent de la réalité économique américaine une vision beaucoup moins flamboyante.

▪ Malgré l’annonce d’une hausse de 0,4% au mois de décembre, après 0,5% (chiffre révisé de 0,4%) en novembre, les revenus des ménages américains ont décliné de 1,4% sur l’ensemble de l’année 2009, le pire score observé depuis 1938. Les dépenses ont également reculé de 0,4% en 2009, et le rebond de 0,2% en décembre s’avère inférieur aux prévisions : les ménages ont à peine plus consommé qu’au quatrième trimestre 2008 qui était le pire depuis 30 ans.

Le taux d’épargne moyen est remonté en flèche à 4,6% l’an dernier, le mois de décembre faisant ressortir une hausse séquentielle de 4,8%… Toutefois, des dizaines de millions de ménages n’épargnent rien car ils n’ont plus un dollar à mettre de côté à la fin du mois.

Cela signifie que les salariés qui gardent la tête hors de l’eau épargnent à un rythme supérieur à 10% par an. Ils se désendettent de façon symétrique, ce qui corrobore les chiffres concernant la contraction du crédit à la consommation fourni par les banques.

Le match entre la déflation et l’inflation est loin d’être plié. Le baromètre de la hausse réelle des prix — le PCI qui sert de référence à la Fed — affichait une hausse de 0,1% (après 0,3% en novembre). Il s’établit à +1,5% sur l’ensemble de l’année 2009, la majeure partie de ce score provenant du renchérissement des coûts du carburant et de l’énergie.

Pour résumer les avis glanés auprès des stratèges et économistes qui passent leur grand oral de début d’année, il est bien difficile de savoir ce que l’année 2010 nous réserve. Il faudra donc se fier à la tendance des marchés.

Elle risque fort d’être difficile à identifier d’ici la mi-mars. Il faut s’attendre à une gestion à vue marquée par des accès de volatilité — ce qui augure le plus souvent d’un renversement de ladite tendance à moyen terme.

▪ Paris alignait une deuxième séance de hausse : 0,6% de gain et +2% en 48 heures. L’indice hexagonal se hisse vers 3 762 points dans le sillage du secteur automobile. Les immatriculations ont en effet progressé de 19,7% grâce aux derniers achats liés à la prime à la casse… mais la plupart des petits modèles en rupture de stock sont fabriqués hors du territoire français : le soutien artificiel de la demande au PIB hexagonal prend la route des ex-pays de l’Est !

Outre-Atlantique, les indices américains ont finalement repris le terrain perdu vendredi : le S&P a grimpé de 1,45%. Le Nasdaq est toutefois resté un peu en retrait avec une hausse de 1,1%, après une correction de 5,5% sur l’ensemble du mois.

Wall Street s’est montré relativement indifférent au budget 2011 présenté ce lundi par Barack Obama. L’exercice débutant en octobre prochain pèsera 3 800 milliards de dollars. Cette somme inclura un déficit budgétaire de 1 560 milliards de dollars (soit 10,6% du PIB US), qui devrait être ramené à 1 300 milliards en 2012.

Mais ce qui fait déjà les gros titres, c’est l’abandon du programme de la NASA pour la colonisation de la Lune, voulu par George W. Bush.

Barack Obama renonce à la Lune pour éviter de creuser le cratère budgétaire… mais le dollar, qui gravite sur une orbite basse, ne s’est offert qu’un répit avec le débouclement des carry trade. Il n’échappera pas très longtemps à l’attraction terrestre : la rentrée dans l’atmosphère se soldera par une carbonisation qui impressionnera les spectateurs restés sur le plancher des vaches.

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