La Chronique Agora

Vous reprendrez bien un petit coup de glyphosate ?

Glyphosate

Le 27 novembre dernier, une prolongation pour cinq ans de l’autorisation du glyphosate a été votée par la Commission européenne (à 19 contre 9 et une abstention).

Tollé médiatique en France.

Entre temps, une étude de grande ampleur a été publiée par le Journal of the National Cancer Institute (1). Cette étude, réalisée à partir de 1993 sur plus de 54 000 agriculteurs, tire la conclusion qu’aucune association statistique solide n’a pu être détectée entre l’apparition de tumeurs et le glyphosate.

Gentil lecteur bucolique qui pensez que de nos jours tout est dangereux et que nous allons tous mourir (surtout de peur), passez cette Chronique. Allez plutôt directement lire celle de mon collègue Nicolas Perrin.

Lecteur sceptique, ceci est pour vous avant que vous ne profitiez du froid sec d’un bon week-end d’hiver (c’est le réchauffement climatique qui veut ça) pour partir en promenade.

Les faits

Le glyphosate est le désherbant le plus utilisé dans le monde. Il est utilisé dans l’agriculture classique (non « biologique ») dont il a contribué à augmenter la productivité depuis presque 50 ans. Pulvérisé sur les feuilles, il permet d’éliminer une plante sans détruire la vie microbiologique du sol qui l’entoure (au contraire de la bêche). En injection, il permet d’éradiquer certaines espèces envahissantes (renouée du Japon).

Des dizaines d’études ont été menées sur sa « dangerosité ».

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une organisation qui dépend de l’OMS, a classé le glyphosate dans la catégorie 2A, dite « probablement cancérogène pour l’homme » (2).

Dès la publication de ce classement, la ministre de l’Ecologie de l’époque, Ségolène Royal, a estimé qu’il fallait retirer ce produit de la circulation, car trop risqué pour la santé, et l’a donc interdit en vente libre pour les jardiniers amateurs (3).

Ce classement du CIRC n’évalue pas le risque, mais le danger.

Risque ? Danger ?

Voici la différence, cher lecteur.

Source

Presque tout ce qui nous entoure est dangereux. Des choses très anodines deviennent risquées à haute dose. Le risque correspond à la probabilité d’être exposé, multipliée par le danger de l’agent en question.

Le glyphosate est livré aux professionnels en concentré à diluer à 100 pour 1 et il est déconseillé d’en mettre pur dans la gamelle de votre chien… Tous les agriculteurs que je connais l’utilisent et aucun n’est encore mort.

Pourquoi ce traitement médiatique en France (pays dont la population ne passe pas pour plus écologique que celles de la Suède, du Danemark, de la Norvège ou de la Suisse, pour ne citer que celles-là) ?

Pour vous forger votre opinion, je vous invite à lire cet article de Contrepoints ici. Je vous livre sa conclusion au cas où vous seriez pressé de sortir vous promener :

« Le cas du glyphosate pose des questions légitimes sur les conflits d’intérêts dans les agences gouvernementales, sur les processus de mise sur le marché des produits phytosanitaires et sur l’arbitrage entre coûts et risques sanitaires.

Toutefois, le rôle des médias n’est pas de décrédibiliser la science et d’alimenter les peurs là où elles n’ont pas lieu d’être. »

Notons que le glyphosate n’est pas utilisé que par les agriculteurs. Selon Challenges, « la SNCF dépense chaque année 30 M€ pour désherber ses 60 000 kilomètres de voie ferrée. Sans glyphosate, l’addition s’élèverait à 500 M€ ». Là, c’est nous qui payons.

Oui, la pollution est une réalité. Oui il existe des produits dangereux et des scandales sanitaires (le sang contaminé, par exemple). Oui, il n’y a pas grand inconvénient à se passer de sacs plastiques. Mais le traitement biaisé de certaines informations est dangereux.
[NDLR : si l’approfondissement de ces questions vous intéresse, je vous recommande le Petit manuel d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants que vous pouvez vous procurer ici.]

(1) https://academic.oup.com/jnci/advance-article/doi/10.1093/jnci/djx233/4590280

(2) L’utilisation conventionnelle du glyphosate ne présente pas de risque significatif selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments, Santé Canada, l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, l’Agence européenne des produits chimiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires suisse, l’Office fédéral de l’agriculture suisse, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques et l’Autorité australienne des pesticides et des médicaments à usage vétérinaire.

(3) IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Human, CIRC, consulté le 02/11/17

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