Après 70 ans d’étatisme péroniste, Javier Milei tente de remettre l’Argentine sur pied par la liberté économique. À Buenos Aires, les prix montent, l’immobilier reste étonnamment abordable… et la question se pose : est-ce le moment d’acheter dans un pays qui veut croire à nouveau au marché ?
Un de nos chers lecteurs, qui envisage de quitter l’Australie pour s’installer en Argentine, nous a écrit pour nous demander si nous pensions que le moment était bien choisi pour acheter de l’immobilier à Buenos Aires.
L’Argentine représente aujourd’hui l’expérience la plus fascinante en matière de gouvernement et de finance depuis la prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie, en 1917. À l’époque, les collectivistes étaient déterminés à prouver qu’ils pouvaient mieux diriger un pays que des hommes libres livrés à eux-mêmes. Ils ont échoué.
En Argentine, une expérience similaire, quoique moins dramatique, a commencé dans les années 1950 sous la conduite du « Grand Chef », Juan Perón, avant de se poursuivre pendant les 70 années suivantes. Eux aussi ont ruiné l’économie. Aujourd’hui, Javier Milei veut démontrer que le libre marché peut la réparer.
Les deux premières choses qui nous ont frappés à notre arrivée à l’aéroport de Buenos Aires furent la rénovation majeure du terminal international… et le prix d’un café : 6 600 pesos.
Un rapide calcul suffit : en dollars, cela fait un peu moins de 5 $. À peu près le prix que l’on paie désormais partout.
Nous logeons dans le vieux et élégant quartier de Recoleta à Buenos Aires… au vieil et élégant hôtel Alvear. On nous avait prévenus : tout est devenu cher. Pourtant, à en juger par les annonces immobilières locales, cela ne saute pas aux yeux. En regardant rapidement, on trouve encore de beaux appartements avec deux chambres autour de 250 000 $. Guère plus qu’il y a quelques années, lors de notre dernière escale dans la ville. À nos yeux, cela reste bon marché… trop bon marché pour marquer le pic du marché. Mais l’Argentine ne dispose presque pas de prêts immobiliers à long terme et à taux fixe. L’absence de crédit maintient les prix bas.
La qualité de vie, en revanche — du moins ici, dans ce quartier privilégié — demeure remarquable. Hier, nous avons déjeuné à La Rambla, sur Posadas. C’est un café comme on les aime, où nous allons depuis des années. Les serveurs sont de vrais professionnels : veste noire, chemise blanche, tenue impeccable. La cuisine — surtout du bœuf, servi dans différentes sortes de sandwiches — est excellente. Le décor, fait de boiseries chaleureuses et de grandes baies vitrées, est accueillant, paisible, reposant. Quant à la musique assourdissante qui gâche tant de restaurants, elle était absente. Nous avons pris le temps de déguster notre café, en songeant avec satisfaction que, si une grande guerre nucléaire devait éclater, nous serions ici, dans l’hémisphère Sud, parmi les derniers à mourir.
Ah, Buenos Aires, mi querido !
De petites choses, dira-t-on. Mais une vie entière se compose de petites choses. De minutes… d’heures… de journées… remplies d’images, de sons, de saveurs, de sensations et de mots. Laissons les économistes s’inquiéter de la croissance du PIB ; nous, nous voulons simplement disposer d’un lieu tranquille où boire un bon café.
Au-delà de ces premières impressions, nous avons demandé leur avis à deux vieux amis qui suivent l’Argentine de beaucoup plus près. Joel Bowman, notamment, garde un œil attentif sur le pays — et, surtout, sur les chiffres :
Risque pays : passé de 2 700 à 510
Pauvreté : passée de 57 % à 28 %
Inflation annuelle : passée de 211 % à 30 %
Dette : en baisse de 30 milliards de dollars
Dépenses publiques : en baisse de 30 %
Emploi public : en baisse de 65 000 postes
Excédent budgétaire depuis 2024
Réserves : en hausse de 28 milliards de dollars
Ces chiffres racontent un redressement spectaculaire. Mais Doug Casey, lui, appelle à la prudence. Il relève plusieurs « erreurs évitables » commises par le gouvernement Milei :
« Lorsqu’il a été élu, l’une de ses promesses centrales était d’abolir la Banque centrale. Jusqu’ici, il n’en a rien été. À vrai dire, il ne parle même plus de supprimer cette institution malfaisante.
L’Argentine aurait dû faire défaut sur sa dette, accumulée par les régimes criminels précédents. Une grande partie de cet argent a été volée, mais la facture, elle, pèsera désormais sur les jeunes Argentins des générations futures. Au lieu de faire défaut, Milei est retourné voir le FMI pour emprunter davantage.
Milei a dit vouloir rejoindre l’OTAN — une ambition aussi stupide qu’inutile. Il soutient le régime criminel de Zelensky en Ukraine. Il veut aussi prendre parti dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens.
Et puis… l’Argentine, pays en faillite, a acheté au Danemark 24 F-16 d’occasion pour environ 300 millions de dollars. Cela n’a aucun sens. »
Ces erreurs coûtent cher. Mais elles ne sont probablement pas fatales. Le danger le plus sérieux vient sans doute de la politique. Mettre fin aux largesses de l’État est bon pour l’économie à long terme ; mais, à court terme, cela fait souffrir les électeurs. Et les électeurs peuvent perdre patience.
Nous avons donc consulté notre propre expert :
« Milei fait ce qu’il faut, nous a dit notre chauffeur de taxi. Vous savez, nous avions des milliers de gens qu’on appelait les ‘gnocchis’. Ils étaient payés par l’État, mais ne se présentaient jamais au travail. Milei est en train de s’en débarrasser. Mais cela prend du temps. Probablement deux générations. Il faut déraciner toute une mentalité : celle de gens convaincus qu’ils peuvent vivre aux dépens de l’État… Mais je crois que c’est le moment d’acheter en Argentine. C’est un pays qui repart dans la bonne direction. »
Hmm… deux générations, voilà qui fait long.
