La Chronique Agora

Le cas Apple en dit long sur les marchés actions

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▪ Nous l’évoquions hier : la propagande institutionnelle en faveur des actions (What else?) se déchaîne depuis le plongeon savamment orchestré de l’or.

Cette journée de jeudi a peut-être marqué un pic en terme de récitation de la Pensée Unique par différents gérants et stratèges sur les médias économiques — affirmant que seules les actions sont « sans risque » (regardez ce qui vient d’arriver aux détenteurs de métaux précieux et de matières premières en début de semaine) et que leur rendement est à l’évidence sans rival (regardez la rémunération des OAT à cinq ans émises hier : 0,7300%… une misère).

J’ai profité de mon intervention sur BFM à 17h20 pour rappeler que si nos OAT et les T-Bonds US de maturité 10 ans affichent 1,75% (en faisant la moyenne des quatre dernières séances), l’acheteur est pratiquement assuré de revoir 100% de sa mise de départ — ni la France, ni les Etats-Unis n’ont jamais fait défaut sur leur dette.

Pouvons-nous être certains de revoir en 2023 nos 100 euros investis sur un titre qui rapporte 3,5% aujourd’hui (c’est une moyenne) ?

Avons-nous la moindre assurance qu’il servira le même type de dividende dans cinq ans (c’est déjà très difficile de le prévoir pour des valeurs comme L’Oréal ou LVMH qui ont une bonne visibilité) ? Et qu’en sera-t-il dans 10 ans alors que la fiscalité peut se retrouver notoirement alourdie comme nous le constatons depuis 10 ans en France ?

Nous nous méfions par-dessus tout des consensus qui s’imposent comme une évidence tandis que la réalité de terrain dément la propagande médiatique. L’exemple le plus caricatural nous vient d’Apple : l’entreprise représente une montagne de cash (110 milliards de dollars, ce n’est pas rien), un PER ridiculement faible — même à 700 $ –, un upside (mot valise pour convaincre les gogos qu’une sorte de magie à la hausse s’opère) quasi-illimité.

▪ Le cas Apple
Rappelez-vous qu’à la mi-septembre 2012, alors qu’Apple venait de franchir les 700 $, 98% des analystes évaluaient l’upside entre +15% et +50%. Les objectifs allaient de 800 $ pour les plus prudents à 1 050 $ à un horizon de 12 mois.

Il « fallait » avoir de l’Apple en portefeuille… et être à l’achat fort sur tout repli vers 650 $, achat massif en cas — très improbable — de test des 620 $.

Résultat des courses : neuf semaines de repli consécutif entre 705 $ et 505 $, suivies d’un rebond de 20% jusque vers 606 $ avant une rechute sous 435 $ et désormais 400 $ (avec un nouveau plus bas à 394 $).

C’est toujours le même titre, les 110 milliards de dollars sont toujours là, la rentabilité au premier trimestre 2013 pourrait avoir légèrement fléchi (d’après les rumeurs)… Cela n’a rien à voir avec les déboires subis par Hewlett Packard ou Nokia ces dernières années — mais la performance d’Apple ressort à -44% en sept mois !

Bel exemple de rendement et de préservation du capital investi !

Pour justifier la poursuite de la chute des cours d’Apple, les mêmes beaux esprits qui nous vendaient un Apple à 1 000 $ avant division du titre par 10 (pour le rendre plus liquide) nous expliquent aujourd’hui qu’ils n’y toucheront pas avant que le cours ne se retrouve divisé par deux (soit environ 350 $) car « on ne rattrape pas au vol un couteau qui tombe ».

Nous leurs proposons une autre maxime tout aussi subtile et éclairante pour jouer en bourse : hausse en novembre, Noël en décembre !

Nous avons cependant une pensée émue pour ceux qui avaient progressivement troqué une bonne partie de leurs actions du S&P 500 au profit des titres Apple. Ils considéraient avec une logique implacable qu’aucun autre titre de premier plan n’offrait un tel retour sur investissement, trimestre après trimestre, et que cela simplifiait de surcroît la gestion de leur portefeuille tout en réduisant spectaculairement les frais de transactions.

Certains ont effectivement moyenné vers 600 $ puis 500 $… et à 400 $, ils craquent ! Vous n’êtes pas près de les convaincre qu’il faut profiter du repli de 2,5% de Wall Street en cette journée des « Trois sorcières » pour réaliser des achats à bon compte.

▪ Un seul refrain : les actions à tout prix
Ramasser les actions américaines dès qu’elles rebaissent recueille un assentiment unanime, surtout depuis que l’or a explosé en vol.

Même un apprenti coiffeur (ne voyez aucune intention péjorative dans ce choix) sait que les OAT ne rapportent rien. Son conseiller bancaire lui dit d’acheter des actions dès qu’il aura 2 000 euros d’avance « parce que ça monte tout le temps depuis octobre 2011 ».

Partant du même raisonnement, il faudrait se ruer sur les valeurs du CAC 40 qui viennent de reperdre 7% depuis la précédente journée des « Trois sorcières » du 15 mars 2013.

Le CAC 40 a en effet rebondi ce jeudi. Il termine sur un « gain » de 0,13 point d’indice (+0,0001%) et clôture pour la deuxième séance consécutive sous le seuil des 3 600 points, un support identifié par 100% des chartistes (tout comme les 1 530 $ sur l’or !).

La préservation des 3 600 était la bienvenue en cette veille de séance des « Trois sorcières ». La semaine est déjà perdante de 3,5%, le CAC 40 affiche -1,15% depuis le 1er janvier… Il valait mieux stopper la glissade avant que la tendance ne passe à franchement baissière.

Le CAC 40 n’est pas tout seul, cependant. L’Euro-Stoxx 50 (+0,08% ce jeudi) avait largement enfoncé depuis la veille le support majeur des 2 580 points — et c’est ce seuil qui a fait office de résistance avant une rechute vers 2 542 points vers 16h (2 555 en clôture).

De façon assez surprenante — mais qui devient récurrente –, les tentatives de rebond des places européennes se retrouvent systématiquement contrariées dès l’heure du déjeuner, ou comme aujourd’hui, après la reprise des cotations à Wall Street.

Si les indices américains ont emprunté le chemin de la consolidation (le S&P 500 perdait -0,67%, le Nasdaq -1,2% hier soir), la raison semblait évidente pour tous les commentateurs : les chiffres publiés jeudi n’ont pas été bons dans leur ensemble. L’indice de la Fed de Philadelphie est ressorti en repli au lieu de gagner du terrain ; idem pour les indicateurs avancés du Conference Board qui pointent en territoire négatif au mois de mars.

Nos faiseurs d’opinion ont déjà oublié qu’il y a tout juste une semaine — et au cours de toutes celles qui ont précédé depuis la mi-novembre –, des statistiques bien pires que celles de ce jeudi faisaient systématiquement grimper Wall Street dans un climat d’allégresse générale… et de contraction des volumes d’échanges.

Et comme rien n’inquiète jamais les permabulls, nous comprenons qu’ils omettent de mentionner une hausse moyenne de 33% des échanges quotidiens à Wall Street les jours de consolidation.

Ils étaient en revanche convaincus que l’explosion des volumes à la baisse sur les marchés de matières premières du début de semaine était une excellente nouvelle pour les actions. Tout ce bon argent fuyant l’or et le pétrole allait certainement se précipiter vers Wall Street…

Mais au fait… pourquoi les matières premières ont-elles dévissé ?

Parce que les banques centrales s’avèrent incapables de relancer la croissance ? Ou parce que c’est tellement « tendance » d’acheter des actions au plus haut absolu pour mieux se faire déchirer… comme sur Apple ?

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