Derrière les exploits boursiers, les signaux d’alerte s’accumulent : dette, spéculation, déséquilibres… et une bulle prête à éclater.
La séance boursière du mercredi 29 se déroulait à merveille : baisse de 25 points des principaux taux directeurs de la Fed, rien de contrariant dans le contenu du communiqué diffusé à 19h… et pas une seule statistique économique susceptible de faire surgir un nuage à l’horizon.
A 19 h 30, lorsque Powell s’installa devant son pupitre face aux journalistes, il pouvait lire sur son smartphone que les trois principaux indices US alignaient un quatrième triplé de records absolus, et que le Nasdaq enchaînait un quatrième gap haussier consécutif (cela ne s’est tout simplement jamais produit en 50 ans !), avec au passage le franchissement des 24 000 points (n’oublions pas le franchissement des 6 900 sur le S&P 500, ni des 48 000 en intraday par le Dow Jones).
Mais Jerome Powell a voulu montrer qu’il « existait » et avait encore son mot à dire, alors que Wall Street ne lui demandait que d’entretenir le consensus d’un nouvel assouplissement vers 3,50 %/3,75 % en décembre (validé à 91 % la veille selon le baromètre FedWatch), et la possibilité de tenir le scénario des 3,50 % avant qu’il ne passe la main au mois de mai.
Au lieu de cela – et on lui aurait pardonné qu’il quitte la salle au bout d’un quart d’heure –, il a préféré « faire le malin » pendant que Trump fait sa tournée en Asie et parade auprès de l’empereur du Japon, puis du président sud-coréen, et ce jeudi, ce sera avec Xi Jinping.
Jerome Powell a déclaré qu’il ne fallait pas tenir pour acquis une troisième réduction du taux directeur en décembre, même s’il juge la politique monétaire actuelle légèrement restrictive… ce qu’elle n’est pas, loin s’en faut, hormis la réduction du bilan (quantitative tightening) qui va s’achever en décembre.
Et si l’on s’en tient aux théories classiques, un taux « neutre » est celui qui fait la synthèse entre le rythme de la croissance et de l’inflation. Or l’inflation semble figée vers 3,00 % depuis le milieu de l’été et la croissance a été mesurée à 3,8 % au 2ᵉ trimestre, et reste anticipée à 2,3 % ou 2,5 % par de nombreux économistes pour fin 2025, ce qui supposerait un taux directeur « neutre » d’au minimum 5 % (100 points de plus).
Donald Trump s’étranglera peut-être de rage en découvrant que la baisse des taux qu’il exige à cor et à cri pourrait s’interrompre, mais il devra faire semblant de rien pour ne pas apparaître affaibli face à Xi Jinping par une provocation du patron de la Fed.
Signalons au passage que l’accord sino-américain historique attendu n’apporte qu’un éclairage très partiel sur les futures conditions d’échanges entre les deux pays (la Chine achètera du soja US, les US vont pouvoir importer des terres rares sans subir trop de restrictions… qui ne sont pas toutes levées, et réciproquement sur les puces Nvidia).
Heureusement que les débats techniques sur le niveau optimal des taux d’intérêt ont cessé de faire la une des médias financiers : il existe des sujets beaucoup plus excitants, des exploits boursiers comme on n’en observe que deux ou trois fois dans la carrière d’un investisseur, et à condition qu’elle soit longue comme celle de Warren Buffett !
Et encore, je ne crois pas que ce dernier ait imaginé un jour voir deux titres franchir le même jour la barre du millier de milliards supérieur (Apple et Microsoft ont, à l’ouverture du 28 octobre, franchi la barre des 4 000 Mds$ de « capi », et le lendemain, c’était au tour de Nvidia de franchir celle des 5 000 Mds$.)
Ces trois titres pèsent à eux seuls 13 100 Mds$, soit trois fois le PIB de l’Allemagne. Nvidia pèse la totalité du PIB des pays du continent africain, 16 % du PIB des Etats-Unis, alors que Cisco avait donné le vertige à Wall Street en mars 2000 en atteignant 4 % du PIB américain.
En quatre séances, les trois titans rajoutent 1 500 Mds$ à la capitalisation des marchés US (50 % de la « capi » du CAC 40), dont 500 Mds$ (LVMH + L’Oréal) pour le seul titre Nvidia… lequel se paie plus de 33 fois la meilleure hypothèse de chiffre d’affaires à fin 2026, en espérant +50 % tous les ans durant dix ans, alors que la Chine s’apprête à dévoiler des GPU affichant des « performances spectaculaires ». Et on peut imaginer – comme pour DeepSeek – que les prix annoncés constituent un coup de tonnerre dans la sphère de l’IA.
Nvidia est acheté avec frénésie comme si cette entreprise possédait dix ans d’avance sur ses principaux concurrents mondiaux, et que la Chine ne possédait pas de graveurs de semi-conducteurs permettant, par exemple, aux smartphones de Huawei de gérer la 6G et de rivaliser avec le plus performant des iPhone 17 en matière d’intelligence artificielle embarquée (systèmes de traduction en temps réel, traitement de l’image, génération de textes, etc.).
Mais surtout, le Nasdaq Composite – dont Nvidia représente 10 % de l’encours – vient de franchir la barre des 50 000 Mds$ de capitalisation : c’est 175 % du PIB américain, c’est 133 % du montant du déficit US.
Pour résumer, nous observons à 48h de l’ultime séance boursière d’octobre :
- la plus grande bulle financière jamais vue au monde ;
- les niveaux d’endettement les plus élevés jamais enregistrés au monde ;
- des prix de l’immobilier les plus élevés de l’histoire aux USA, dans l’UE, au Canada, en Australie ;
- un nouveau régime inflationniste durable (la flambée de l’or l’a acté) ;
- des consommateurs déprimés pour 70 % à 80 % des plus pauvres aux US ;
- une croyance aveugle selon laquelle la Fed peut résoudre tous les problèmes ;
- une spéculation effrénée sur les BATMMAN (Broadcom, Apple, Tesla, Microsoft, Meta, Alphabet, Nvidia) ;
- une manipulation à peine dissimulée des cryptos par les « baleines » (comme BlackRock, qui s’allège) ;
- un ralentissement économique global (consécutif aux droits de douane) ;
- un système de crédit privé surendetté et surchargé de prêts subprimes ;
- des particuliers qui n’ont jamais acheté autant d’actions à crédit ou d’ETF à effet de levier ;
- le shutdown le plus long de l’histoire aux USA ;
- des médias qui relèguent les douze rubriques ci-dessus au rang de market movers subalternes, puisque les baisses de taux résolvent tous les problèmes.
Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

1 commentaire
A vous lire, je pense à ces 2 ETFs :
LQQ à 1587 € (long levier 2 sur nasdaq 100) il valait 15 euros en 2006 !
QQQS à 2,4 € (short levier 3 sur nasdaq 100) il valait 60 euros en octobre 2022 . Depuis sa création en 2012, il a été réduit à zéro un certain nombre de fois… qui pudiquement ne figurent plus sur le graphe du site d’information sur ces ETF !