Vous z’auriez pas une p’tite pièce ?

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 14 août 2007
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*** Vif-argent
Les marchés sont difficiles à cerner, en ce moment…

*** Vous z’auriez pas une p’tite pièce ?
En fait, 38 milliards de dollars, ce serait mieux…

*** Des banques centrale en pagaille
Quelle joie de voir nos banquiers centraux à l’œuvre !

*** De faux dieux (2)
Le retour du "Credo quia absurdum"

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Bonjour,

*** VIF-ARGENT

** Excès de liquidité, volatilité — les marchés actuels sont aussi difficiles à tenir que du vif-argent. Tout comme le mercure dont on fait les thermomètres, ils grimpent, redescendent, remontent et chutent à la moindre variation de température financière.

Regardez le CAC 40 hier, par exemple : après avoir dégringolé de manière spectaculaire vendredi, il s’est repris de manière tout aussi étonnante hier, avec une hausse de 2,21%, qui le remet à 5 569,28 points. Et à Londres, le Footsie a grimpé de 2,99% sur la même séance, tandis qu’à Francfort, le DAX reprenait 1,78%.

Les marchés américains, quant à eux, ont passé lundi une belle journée… avant de se décourager en fin de partie. Ils ont abandonné une part des gains engrangés en séance, pour terminer sur une baisse limitée. Le Dow Jones perdait ainsi 0,02%, à 13 236,53 points, tandis que le Nasdaq abandonnait 0,10% à 2 542,24 points. Avec 1 452,92 points, le S&P 500 ne reculait lui que de 0,5%.

** Les raisons de ce regain de courage de la part des investisseurs ? On ne sait pas trop. Encore quelques achats à bon compte, sans doute… Et des statistiques économiques "encourageantes", publiées avant le début de la séance aux Etats-Unis : les ventes au détail ont grimpé de 0,3% le mois dernier — contre un recul de 0,2% en juin, et une hausse de 0,2% attendue.

Un chiffre meilleur que prévu, donc. Il a au moins le mérite de confirmer que, même le couteau sous la gorge, les consommateurs américains préfèrent acheter des gadgets plutôt que de rembourser leurs prêts immobiliers. Chacun ses priorités…

Tout de même, les temps changent. Il y a quelques semaines, ce chiffre à lui seul aurait justifié un nouveau sommet record du Dow. Preuve que les investisseurs reviennent peu à peu à la réalité ? La performance mitigée des places américaines semble démontrer qu’en tout cas, ils surveillent de près le foyer toujours brûlant de la crise du subprime.

Les dernières manœuvres de la BCE n’ont sans doute rien fait pour les rassurer : la Banque européenne a en effet lancé un nouvel appel d’offres sur le marché monétaire, couvrant 47,67 milliards d’euros, au taux de 4,06%. "Elle note néanmoins que les conditions sur le marché sont normalisées", nous apprend Investir.fr, "et que l’offre de liquidités est ample".

Ah, mais tout va bien, alors…

** Tout cela n’est pas du goût de l’euro, qui continue à se replier par rapport au billet vert ; il valait hier 1,3573 $. L’or n’apprécie pas non plus les velléités haussières des marchés : l’once a perdu 1,1 $ dans la journée, terminant à 668,75 $ au second fixing de Londres.

Et le pétrole, dans tout ça ? Eh bien, il continue son petit bonhomme de chemin ; la situation n’est pas calmée au Moyen-Orient, les conditions au Nigeria ne se sont pas améliorées et on n’a pas découvert de gisement miracle ce week-end : le baril de WTI grimpe donc, pour atteindre les 72,74 $ à New York…

Françoise Garteiser,
Paris

   PS : En l’absence de Philippe Béchade, la mise à jour du Téléphone Rouge est momentanément suspendue. La situation reviendra à la normale dès le retour de Philippe à la fin du mois.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Un véritable séisme énergétique pourrait mettre fin pour toujours à l’ère du pétrole bon marché, effaçant plus de 150 ans de prospérité occidentale et oblitérant la richesse de millions d’investisseurs… quasiment du jour au lendemain.

PANNE SECHE !
LE JOUR OU LE MONDE SE RETROUVERA A COURT D’ENERGIE

Restez les bras croisés et perdez tout… ou agissez AUJOURD’HUI et engrangez des gains de deux, voire trois chiffres sur des valeurs parfaitement positionnées pour grimper en flèche alors que le chaos s’installe.

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Dan Denning vous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** VOUS Z’AURIEZ PAS UNE P’TITE PIECE ?

** Les banques centrales de la planète viennent à la rescousse des soi-disant capitalistes. Vous pouvez ajouter les valeurs financières à la longue liste des institutions qui sont apparemment "trop grosses pour couler" dans le monde actuel. La Fed a prouvé cette nouvelle réalité vendredi dernier, lorsqu’elle est intervenue pour sauver des gens qui n’avaient pas évalué correctement les risques liés aux prêts à des emprunteurs risqués.

-Vendredi matin à New York, la Réserve fédérale est calmement intervenue dans la bataille en tant qu’acheteur de dernier recours. Acheteur de quoi ? De valeurs adossées aux créances hypothécaires — le marché qui cause tant de peine à tout le monde.

- La Fed a publié une déclaration annonçant que "la Réserve fédérale fournira les liquidités nécessaires au fonctionnement ordonné des marchés financiers… Dans les circonstances actuelles, les établissements financiers peuvent ressentir des besoins de financement inhabituels causées par les perturbations des marchés monétaires et de crédit".

- En apparence, les actions de la Fed ont rassuré les investisseurs. La Réserve fédérale a "injecté" 38 milliards de dollar en liquide dans le système financier, en acceptant les obligations adossées aux créances hypothécaires comme nantissement de la part d’institutions ayant du mal à emprunter aux sources habituelles. En d’autres termes, la Fed a accepté la dette toxique liée aux prêts hypothécaires, que personne d’autre ne veut toucher, et elle a prêté de l’argent contre ce nantissement. Elle a littéralement apporté des liquidités à un marché qui avait cessé de fonctionner. On peut envisager cela comme un prêteur sur gage haut-de-gamme pour banquiers en costume trois-pièces.

- On a presque pu entendre le soupir de soulagement collectif sur les marchés, les places mondiales évitant de justesse une séance de plus "dans le rouge". Et bon nombre de gens ayant bien besoin d’un verre en on probablement pris un. Voire deux.

** En latin, delirium tremens signifie "folie tremblante". Le dictionnaire en donne la définition suivante : "Une des complications majeures de l’alcoolisme chronique. Le delirium tremens survient notamment lors du sevrage brutal et accidentel consécutif à un accident, à une maladie aiguë, à une intervention chirurgicale. Il réalise ici le ‘syndrome de manque’ de la toxicomanie qu’est l’alcoolisme. Il s’installe en deux ou trois jours après le sevrage, annoncé par des tremblements, des épisodes confuso-oniriques, une insomnie, souvent des crises épileptoïdes".

- La Fed a donné aux marchés un whisky bien tassé pour compenser les symptômes du sevrage de crédit. Comme tous vous le diront, un alcoolique reste un alcoolique — même s’il arrête de boire. Il n’y a pas de remède à la dépendance, simplement le remplacement de mauvaises habitudes par de bonnes habitudes. Sous la surface, qu’est-ce que la Fed a fait, exactement, et qu’est-ce que cela signifie pour les semaines à venir ?

- Les actions de la Fed la semaine dernière présentent un aspect inhabituel : elle était prête à accepter des nantissements adossés aux créances hypothécaires pour ses prêts de court terme. En trois opérations distinctes, la Fed a injecté 19, 16 et 3 milliards de dollars de liquidités sur les marchés. Lorsqu’elle prête de l’argent pour de courtes périodes, la Fed accepte en général des bons du Trésor US ou des titres d’agences gouvernementales (Fannie Mae ou Freddie Mac, par exemple) en guise de nantissement.

- Le fait qu’elle ait changé de mode opératoire et accepté des obligations adossées aux créances hypothécaire révèle le véritable motif des actions de la Fed : éviter une panique à la vente et la liquidation de titres adossés aux créances hypothécaires, en particulier de la part de fonds de couverture traumatisés. Cependant, même si la Fed a ainsi ménagé une pause aux investisseurs, elle n’a pas résolu le problème fondamental auquel se trouve confronté le marché du subprime avec ses 2 000 milliards de dollars.

- Personne ne sait vraiment ce que valent ces obligations hypothécaires — et les produits dérivés qui vont avec — parce qu’il n’y a pas d’acheteurs (bien que cela nous donne sans doute une indication sur ce que le marché pense vraiment de la valeur de ces obligations). C’est une chose que de voir la Fed les accepter comme nantissement pour les prêts de court terme. C’en est une autre de voir émerger de véritables acheteurs sur le marché.

- La Fed n’a pas résolu le problème de fond qui guette les marchés du crédit. Elle n’a fait que gagner un peu de temps aux intervenants qui souffrent le plus. Malheureusement, les actifs de la Fed vendredi dernier n’ont probablement acheté qu’un très court répit. Les malheureux propriétaires de valeurs hypothécaires n’ont toujours pas de marché liquide pour les valeurs dont le rendement était autrefois si élevé… et qui étaient si populaires.

- La bataille entre les acheteurs et les vendeurs sera intéressante, cette semaine. Les traders aux nerfs solides seront tentés d’acquérir à bon compte les actions de blue chips dont les fonds se sont débarrassés la semaine dernière. Les fonds vendent ces actions pour obtenir des liquidités. Il est bien plus facile de vendre Citigroup, GE ou BHP que de vendre des instruments financiers exotiques, ces derniers temps — d’où les ventes.

- Le moment est-il venu d’acheter des grandes valeurs, ou vaut-il mieux conserver ses liquidités ? Eh bien, cela dépend du degré de perturbation des marchés suite au désordre du subprime. Mais voilà : l’effondrement des prêts à risque nous a montré que toute la classe des instruments financiers exotiques devenus si populaires ces 10 dernières années est difficile à valoriser, et encore plus difficile à échanger. La valeur du nantissement du marché hypothécaire, par exemple, a mis sens dessus dessous tout le marché des obligations adossées aux créances hypothécaires. Comment les autres valeurs du même genre se comporteront-elles ?

- Les marchés n’ont cessé de sous-estimer la gravité de la situation dans le secteur du subprime. Il est possible que les modèles les plus conventionnels ne tiennent tout simplement pas compte des instincts humains qui prévalent lors d’une panique. Il pourrait donc y avoir des ventes supplémentaires… des ventes du genre de celles que même une banque centrale ne peut empêcher.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** DES BANQUES CENTRALE EN PAGAILLE

** Nous allons désormais voir le genre de pagaille que les banques centrales peuvent créer.

* "Les banques centrales cherchent à débloquer les marchés", déclare un article du Financial Times.

* En fin de semaine dernière, la Banque du Japon, la BCE, la Banque du Canada et la Fed ont toutes relevé le défi. Nous avons vu un article affirmant que la BCE avait "injecté" 215 milliards de dollars dans le système. Selon d’autres, la Fed a mis en œuvre 38 ou 58 milliards de dollars. Et un article de Bloomberg déclarait hier matin que le Japon avait versé cinq milliards de dollars — qui ont déjà "un effet apaisant" sur les marchés asiatiques. Quels que soient les chiffres définitifs, ça fait beaucoup de nouvelles liquidités sur une courte période — plus qu’à aucun autre moment depuis le lendemain du 11 septembre 2001. Le prêts de la Fed de New York étaient si vigoureux que le fed fund rate est tombé à 1% seulement — son niveau le plus bas depuis 2004.

* Nos sagaces lecteurs ont sans doute déjà des soupçons.

* "Attendez une minute", se disent-ils peut-être. "Tout le problème ne vient-il pas d’un excès de liquidités, à l’origine ? De nouvelles liquidités ne vont-elle pas aggraver la situation ?"

* Bingo !

* Oh, cher lecteur, quelle joie de voir les banques centrales à l’œuvre — quel spectacle ! Elles sont chargées de maintenir la vaste économie capitaliste moderne en mouvement. En pratique, cela implique d’empêcher la bulle de finance spéculative de se dégonfler trop vite. Bien entendu, la bulle est en grande partie de leur fait — une conséquence directe des liquidités injectées après le 11 septembre… et des conditions de crédit facile qui ont suivi dans toute l’économie mondiale. A présent, Ben Bernanke et tous les banquiers centraux — de Tokyo à Londres, en passant par New York — travaillent dur pour s’assurer que la bulle bénéficie d’air chaud en suffisance.

* Ces dernières semaines, il y a eu de sérieuses fuites. Pour commencer, il y a eu le trou percé par les prêts subprime. Bernanke et le Secrétaire au Trésor US, Hank Paulson, ont immédiatement annoncé que ce problème était "contenu"… mais le fossé semblait se creuser de jour en jour. Les constructeurs ont bu la tasse. Les sociétés de prêt ont fait faillite. Non seulement les propriétaires immobiliers subprime ne payaient pas leurs mensualités… mais les prêts à risque réinvestis terminaient eux aussi en eau de boudin. Et quelques hedge funds possédant ces titres fermaient leurs portes.

* Le trou lui-même se situe dans le marché hypothécaire américain, mais des déchirures majeures semblent apparaître partout dans le monde. En France, la BNP Paribas a fait part de quelques problèmes dans trois de ses fonds — représentant quelque 2,2 milliards de dollars. La banque a refusé de rendre leur argent aux investisseurs, au motif qu’elle ne pouvait pas évaluer correctement ses actifs, et ne pouvait donc pas donner à ses clients leur part de pertes.

* Cette révélation était attendue. Néanmoins, elle était importante.

* Une bonne partie des investissements les plus sophistiqués sont désormais créés par des mathématiciens ayant pour ambition de développer des instruments plus sûrs et aux rendements plus élevés — tout cela en manipulant les chiffres de manière plus élaborée. Les portefeuilles qui en résultent ne sont pas valorisés en fonction du marché, parce qu’il n’y a pas de marché disponible pour ces constructions complexes. Au lieu de cela, elles sont valorisées selon leur modèle — c’est-à-dire qu’on leur attribue une valeur basée sur les formules des mathématiciens.

** "Valeur à Risque", ou VAR, telle est l’expression-clé. Mais comme bon nombre d’autres choses dans la finance moderne, la VAR est composée d’un tiers d’arithmétique moderne et de deux tiers de sottises à l’ancienne. Le risque ne peut pas être réduit à des chiffres, pour la simple raison qu’on ne peut pas savoir quels risques l’avenir vous réserve. Les mathématiciens ont tout bonnement ignoré ce principe fondamental, et ont remplacé le risque par des chiffres qui leur convenaient. Ils ont examiné les chiffres passés… puis supposé qu’à l’avenir, on verrait des choses à peu près équivalentes… et que les marchés continueraient à dérouler des chiffres plus ou moins là où on l’on avait besoin d’eux. Ils savaient que les choses ne se déroulent pas toujours comme on le prévoit, mais ils ont écarté l’inconnu et l’inattendu comme étant des "anomalies".

* Or ce qui arrive lorsque les marchés sont pris de convulsions, c’est que les chiffres s’arrêtent. On peut plus enchérir. De plus, les statistiques qui avaient un sens dans les années 80 et 90 ne révèlent pas entièrement les risques des marchés 2007. Il y a dix ans de ça, on n’avait pas encore vu l’ascension des 500 000 milliards de dollars du marché des dérivés. Il n’y avait pas de gigantesque carry trade mondial, ni de prêts à taux variable et remboursement différé du capital. En d’autres termes, ces mêmes innovations des marchés financiers rendent obsolètes les évaluations du risque basées sur des critères historiques.

* Depuis le 13 juillet, les investisseurs se sont montrés hésitants à financer des LBO, ou à accepter les produits si futés de l’industrie financière à leur valeur faciale. Plus récemment, ils se sont également inquiétés de la valeur réelle de leurs portefeuilles. Cette réticence a quasiment gelé le pipe-line qui inonde les marchés de liquidités.

* Bien entendu, c’est ainsi que fonctionne le vrai capitalisme. Il va de crise en crise… passe du boom créateur à la destruction créatrice… de marchés liquides fonctionnant correctement à des marchés aussi solidement gelés que la calotte glaciaire avant le réchauffement planétaire. Du boom au krach… des profits aux pertes… de la richesse à la pauvreté.

* Et voilà qu’interviennent les banques centrales. Les booms, ça va, disent-elles… mais on va mettre fin à ces vilains krachs. Comment ? En fournissant plus de crédit ! La Fed est intervenue la semaine dernière, rachetant les valeurs que les acteurs du marché libre ne voulaient pas — y compris les créances adossées aux prêts subprime.

* Nous avons hâte de voir ce qui va se passer. Ces nouvelles liquidités vont-elles convaincre les prêteurs et les spéculateurs de rester dans la partie… et donc de rendre l’inévitable correction encore plus tardive… et encore plus grave ? Ou bien la bulle fuit-elle déjà en des endroits si nombreux que les trous ne peuvent être bouchés ? Nous verrons, cher lecteur, nous verrons.

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LES PETITES VALEURS COMME VOUS NE LES AVEZ JAMAIS VUES !
A la clé ? Déjà des gains de 42,19%… 21,26%… 21,45%… 26,43%… 28,70%…26,90%… 22,90%… 40,19%… et même… 96,24% !

Pour faire profiter votre portefeuille des prochaines aubaines, continuez votre lecture…

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*** La Chronique Agora présente ***

Bill Bonner continue d’explorer les arcanes de la nouvelle foi qui semble s’être emparée des marchés — la Théologie du Capitalisme moderne…

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DE FAUX DIEUX — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

En un certain sens, la nouvelle foi dans le capitalisme moderne ressemble plus à un Cargo cult qu’à une religion sophistiquée. Après la Seconde guerre mondiale, des anthropologues ont découvert des groupes d’indigènes isolés, dans le Pacifique Sud, qui vouaient un culte aux avions de l’armée américaine écrasés sur leur île. La cargaison de ces avions leur avait fourni de la nourriture, des vêtements, des outils, des cigarettes et de l’alcool. Les habitants des îles considéraient tout cela comme un don du ciel, et développèrent des croyances religieuses en conséquence. Il en va de même pour la Théologie du Capitalisme moderne, qui regarde vers les cieux et les banques centrales pour obtenir des liquidités. Si on semble être à court d’argent, Ben Bernanke, président de la Fed, a officiellement déclaré qu’il en larguerait depuis des hélicoptères !

Ces derniers jours, les marchés du capitalisme ont tremblé comme le front de l’Ouest en 1914. Les archevêques de la nouvelle église ont enfilé leurs chasubles pourpres et se sont empressés de rassurer le monde. Comme des prêtres dans les tranchées de la Première guerre mondiale, leur foi se trouvait renforcée par les bombes explosant autour d’eux. Nos nouveaux dieux ne nous abandonneront jamais, disent-ils.

Pourquoi ? Parce que désormais, nous sommes tous des disciples de la Théologie du Capitalisme ! Cela nous rappelle le livre de M. Angell, publié en 1910, qui affirmait que la paix en Europe était garantie, parce que tous les Européens étaient devenus capitalistes. Eh bien, maintenant que même les Russes et les Chinois croient à la Théologie du Capitalisme, qu’est-ce qui pourrait aller mal ? Nous aurons la paix, la prospérité et des actifs en hausse permanente pour les siècles des siècles, amen.

Bien entendu, le capitalisme existe depuis des millénaires. On trouver dans les inscriptions cunéiformes en Egypte des preuves d’investissements en capitaux, d’échanges et de spéculation. Le capitalisme enrichit et ruine alternativement les gens depuis cette époque. Broyant, concassant, innovant et évoluant… toujours instable, le capitalisme continue d’avancer en permanence, dans ce que Schumpeter appelait un processus de "destruction créatrice" — mettant parfois les riches à mal, comme s’ils devaient passer par le chas d’une aiguille… récompensant parfois les faibles… et punissant toujours ceux qui pensent obtenir quelque chose en l’échange de rien.

Dans la mesure où il est envisagé comme le mouvement libre de capitaux privés, le capitalisme est un dieu dur et impitoyable, dans le genre de l’Ancien Testament. Parce que dès qu’un homme possède, une nouvelle vague de destruction arrive pour tout lui enlever. En cas de crise, il pourrait aussi bien s’accrocher à une grenade dégoupillée. Voilà pourquoi, dès qu’un individu est riche, il ne désire rien de plus que d’arrêter le capitalisme pour toujours. Il demande à ses législateurs des taxes protectrices. Il implore ses dirigeants de mettre en place des barrières douanières et des contrôles de change. Il supplie ses banquiers centraux de mettre les taux d’intérêt à un niveau plus commode.

Le vieux capitalisme est mort, disent les convertis. Nous en sommes au Nouveau Testament ; la loi de la jungle de la concurrence évolutionniste capitaliste a été transformée en un écosystème sain, stable et coopératif — comme au zoo public de Baltimore. A présent, les animaux sont en cage. Le lion couche aux côtés de l’agneau… et les pigeons s’en sortiront tous indemnes.

Nous sommes tous croyants, a présent. Alléluia.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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