Visite à la Nouvelle-Orléans

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 21 novembre 2006
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*** Un Wall Street totalement remasterisé !
La douceur du climat n’inquiète personne ?

*** Visite à la Nouvelle-Orléans
Bill Bonner observe les dommages causés par l’ouragan Katrina

*** Fin de bulles (2)
De l’utilité de connaitre son sujet

————————— (pub)

Des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%… et bien d’autres encore…
24,9% de gain moyen en 2004…
24% de performance moyenne en 2005…

QU’EST-CE QUI FAIT GRIMPER CES ACTIONS ?
Et surtout… comment faisons-nous pour les dénicher ?

Toutes les réponses sont ici…

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Bonjour,

*** UN WALL STREET TOTALEMENT REMASTERISE !

** Nous sommes confondu d’admiration devant l’invulnérabilité manifestée par les marchés américains. Mauvaise nouvelle conjoncturelle (effondrement historique des mises en chantier de logements neufs aux USA en octobre, puis en rythme annuel) ou influence extérieure négative (comme la chute des places asiatiques lundi matin et le record de faiblesse du yen face au dollar ou à l’euro — qui culmine au-delà des 151,40 yens), rien ne les atteint.

Nous sommes en mesure d’avancer un faisceau d’explications ponctuelles qui justifient l’occultation de tous les sujets économiques qui fâchent. Le motif le plus souvent évoqué en ce début de semaine, c’est la multiplication des opérations de fusions/acquisitions, et le sentiment que les fonds d’investissement tels que Blackstone, Colony Capital ou KKR disposent de moyens financiers quasi-illimités — une force de frappe financière qui se chiffre en dizaines de milliards de dollars.

Le second motif réside dans l’afflux de liquidités provenant d’un désengagement massif des fonds spéculatifs du marché pétrolier depuis la mi-juillet, puis surtout depuis la mi-août 2006.

Une autre source de cash particulièrement abondante proviendrait d’arbitrages au détriment des investissements dans l’immobilier depuis le mois de juin dernier. Moins de constructions = moins de matériaux et moins de dépenses d’énergie… Tout se recoupe, et l’équation économique actuelle semble de ce point de vue très cohérente.

** Les investisseurs étrangers n’ont pas tardé à s’orienter vers de nouveaux supports pour placer leurs excédents de dollars. Les actions affichent une performance annuelle qui tutoie les +17% (ce qui est comparable à la hausse des valeurs françaises, mais reste très nettement inférieur aux gains affichés par Francfort ou Madrid) et des PER voisins de 20 fois les profits sur le Nasdaq. Malgré cela, elles semblent présenter un risque de moins-values considérablement plus faible que l’achat de biens immobiliers qui ne font qu’amorcer leur correction après cinq années d’hystérie spéculative.

Mais pour nombre de firmes ou institutions étrangères disposant d’excédents de liquidités, la stratégie actuelle ne se résume pas à réaliser un placement de court terme : un sidérurgiste américain (Oregon Steel) vient de tomber dans l’escarcelle du Russe Evraz.

Le milliardaire Russe Roman Abramovitch, propriétaire du club de football londonien de Chelsea, fait son marché aux Etats-Unis sans soulever la moindre levée de bouclier du Congrès ou de la Maison-Blanche… C’est le monde à l’envers, 15 ans après la fin de la guerre froide, et alors que Vladimir Poutine torpille consciencieusement les tentatives d’implantation des firmes américaines dans l’ex-empire soviétique !

De son côté, l’Indien Tata tente de ravir la place de n°1 mondial de l’acier à Mittal Steel. Il lance une OPA sur le groupe anglo-néerlandais Corus ; un industriel de l’ex-colonie britannique s’empare ainsi de l’un des fleurons de son ex-puissance tutélaire… mais le Brésilien CSN (Companhia Siderurgica Nacional) ne l’entend pas de cette oreille, et surenchérit à son tour — ce qui propulse le cours de Corus au-delà des 500 pence !

** On va pouvoir ajouter encore une pièce au puzzle haussier des valeurs américaines, alors que le Dow Jones vient de battre un nouveau record historique lundi après seulement deux heures de cotations (à 12 355 points). En effet, il faut souligner que statistiquement, les marchés américains ont une forte propension à grimper au cours des séances précédant la célébration de Thanksgiving (ce jeudi) puis le week-end de fièvre acheteuse qui lui succède. Ce dernier peut représenter jusqu’à 10% du chiffre d’affaire annuel de nombreux géants de la distribution — sans parler des spécialistes des jouets ou des enseignes spécialisées dans l’électronique et les consoles de jeu, avec un nouveau duel technologique et commercial épique entre Sony et Nintendo.

Les marchés américains ne seront ouverts que l’espace d’une demi-séance vendredi. La semaine boursière va donc se retrouver concentrée sur les trois séances des 20, 21 et 22 novembre.

** Au Japon en revanche, pas de Thanksgiving pour soutenir le Nikkei. Celui-ci a plongé de 2,3% sous les 16 000 points, et pourrait se retrouver en position très inconfortable si le repli se prolongeait en deçà des 15 600 points.

La désagrégation du yen se poursuit ; elle semble pourtant procurer aux entreprises nippones un bel avantage commercial sur leurs rivales européennes et américaines. D’autre part, le Japon — qui est à 100% dépendant des importations de pétrole — devrait tirer avantage d’un effondrement de 30% des prix du brut en quatre mois. Cependant, ce sont précisément les compagnies pétrolières qui ont plombé la tendance à Tokyo hier matin, sur fond d’inquiétudes au sujet de la vigueur de la reprise économique dans l’Archipel.

La chute du prix du baril et l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis pourraient rebattre les cartes macro-économiques. Nous attendons avec impatience quelques commentaires avisés des candidats déclarés à l’élection présidentielle d’avril 2007… mais les préoccupations du moment semblent davantage tournées vers les questions de timing ou même de choix des candidats, tant il est vrai que le public commence à se lasser du duo sur canapé que les médias nous programment sans relâche depuis près de 18 mois.

** De grandes questions économiques ont été débattues ce week-end au salon Actionaria. Celles qui ont semblé passionner le nombreux public qui arpentait les travées du Palais des Congrès concernaient surtout les derniers titres à ramasser pour bien finir l’année. La confiance des gérants et des chefs d’entreprises était particulièrement communicative, puisque les épargnants ne se souciaient que des moyens à mettre en oeuvre pour doper la performance de leur portefeuille — et non point les moyens permettant de couvrir les confortables gains engrangés cette année.

Il se dégageait d’ailleurs une sorte de consensus en faveur d’une duplication du scénario boursier de 2006 en 2007, en espérant une performance globale voisine de +20%. Cela permettrait au CAC 40 de revenir tutoyer ses sommets historiques de la mi-mars 2000.

Eh oui, le retour sur les sommets apparaît un objectif "accessible"… et cette évidence fait exploser le niveau de confiance général. Ce ne sont pas les gros titres des journaux télévisés qui viendront remettre cette euphorie béate en cause. Lundi midi, nous avons pu découvrir en ouverture du journal télévisé d’une grande chaîne publique que l’un des cadeaux les plus en vogue, cette année, sera le super coffret contenant des titres des Beatles complètement remastérisés. Sur la chaîne privée concurrente, c’est l’absence de neige dans les Alpes et l’impossibilité d’en fabriquer de façon artificielle — extrême douceur du climat oblige — qui faisaient office de gros titre.

Effectivement, l’exceptionnelle douceur du climat, aussi bien météorologique que boursier, constitue une source de profond étonnement. Cependant, personne ne prend le risque de casser l’ambiance en s’interrogeant sur le genre de calamités que pourrait bien préfigurer des températures automnales remastérisées…

Philippe Béchade,
Paris

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** VISITE A LA NOUVELLE-ORLEANS

** "Eh bien, peut-être qu’on finira par s’en sortir".

* Les mots se bousculaient dans notre bouche à la Nouvelle-Orléans, la semaine dernière. Et ils étaient suivis par notre modeste mise en garde habituelle : "qui sait ?"

* Nous attendons que le krach de l’immobilier entraîne toute l’économie américaine avec lui. Jusqu’à présent, il ne s’est pas passé grand’chose. Les consommateurs continuent de dépenser. Et les actions — telles que mesurées par le Dow — ont atteint un nouveau record. Les prix des maisons sont faibles, mais il n’y a pas signe de panique.

* On est le 21 novembre et tout va bien, semblent déclarer les journaux.

* Peut-être est-ce un peu comme lorsque l’ouragan Katrina a franchi les digues.

* "D’abord, on aurait dit qu’on avait échappé au pire", nous expliquait notre guide. "Tant que le vent poussait l’eau du Lac Pontchartrain loin des digues, il n’y avait pas de problème. Mais ensuite, lorsque l’œil du cyclone est passé au nord, les vents ont changé de direction, et l’eau a commencé à faire pression sur les digues. Elles ont cédé juste à côté d’ici, dans le quartier de Lakeview".

* Nous avons beaucoup entendu parler des dommages causés par Katrina ; nous avons décidé d’aller voir par nous-même.

* "Lakeview, c’est un quartier de classe moyenne. Normalement, il est en terrain sec. Mais vous pouvez voir l’évolution architecturale qui a eu lieu. Dans la partie ancienne de la ville, ils construisaient sur des terrains plus hauts… mais en hauteur malgré tout, en laissant un bel espace sous la maison pour que l’air puisse circuler. Et ils ont construit des maisons aux plafonds élevés, pour que l’air chaud monte… avec des volets, pour se protéger du soleil. Mais lorsqu’ils sont construit dans ce quartier… il y a seulement quelques années de ça… ils ont coulé des plaques de béton directement sur le sol, et ont construit dessus. Vous trouvez ça logique ? Ils n’avaient que la technologie à la bouche. Ils en sont venus à faire confiance aux pompes qui maintiennent la ville au sec… et à l’air conditionné qui la maintient au frais. Ils ne se sont donc pas souciés de construire sur des terrains élevés… ou en hauteur… ou avec des volets et plafonds hauts".

* "Et regardez… aujourd’hui, la plupart de ces maisons sont encore vides. Mais quelques personnes sont revenues. Et elles construisent exactement comme avant — des maisons basses sur des plaques de béton. Vous trouvez ça logique ? Comme je l’ai dit à quelqu’un : ‘qu’est-ce que vous faites ? Vous construisez le Titanic II’."

* Pendant ce temps, dans le reste du pays, la confiance aveugle dans la technologie financière moderne semble avoir atteint un sommet historique. Personne ne sait vraiment comment les pompes fonctionnent, ou comment les digues ont été construites — mais tout le monde est certain qu’elles ne lâcheront pas. On continue donc de faire grimper les cours en toute tranquillité d’esprit.

* Et voilà qu’arrive une tempête. Les ventes de maisons reculent, après une très longue période d’avancée. Mais pourquoi s’inquiéter ? Les digues tiendront ; tout le monde le dit. Le Los Angeles Times rapporte que les prêteurs continuent d’accorder des prêts "exotiques". Et les prix, même s’ils s’enfoncent, sont censés être toujours supérieurs à ceux de l’année dernière à la même époque.

* Mais un marché de l’immobilier se désagrège lentement. Et selon nos preuves anecdotiques, il est encore tôt… les vents continuent de se renforcer… et ils changent de direction.

** Oh là là… Lorsque nous sommes rentré de la Nouvelle-Orléans, nous avons découvert que la rénovation de la cuisine battait son plein.

* Le maçon a démonté les placards… enlevé l’évier… et arraché le carrelage. Là où nous avions autrefois une cuisine, nous avons désormais une pièce vide, dont le sol de ciment ressemble à une autoroute attendant une couche de macadam. Il y a de la poussière partout.

* Nous avons installé une cuisine de fortune dans la salle à manger. Nous faisons nos repas sur une plaque chauffante, et rangeons notre vaisselle dans diverses boîtes et cartons. Après dîner vient le moment le plus désagréable.

* Dans la salle de bain des garçons aussi, l’équipe des ouvriers a enlevé tout le carrelage — des murs et du sol. La pièce ressemble un peu à une cellule de l’Alcatraz — avec des murs nus, des tuyaux et des câbles visibles, et les toilettes dans un coin. Edward a également décidé que ce serait un endroit parfait pour mettre la litière du chat. Mais c’est là que votre rédacteur a fait la vaisselle ce week-end.

* "Il faut utiliser beaucoup de produit, et de l’eau très très chaude", a conseillé Elizabeth.

* "J’ai une meilleure idée", avons-nous répondu. "Allons dîner au restaurant".

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Dix critères de sélection pour des gains en plein dans le mille
Un système d’investissement bien précis a engrangé un gain moyen de 25% au deuxième trimestre… alors même que les marchés étaient en pleine déconfiture.

Comment ? Grâce à une méthode de sélection rigoureuse et efficace — que vous pouvez mettre dès aujourd’hui au service de votre portefeuille.

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*** La Chronique Agora présente ***

Bill Bonner nous parlait hier de la différence entre l’investissement privé et l’investissement public, en citant son propre exemple et le rachat potentiel de la société TheStreet.com… La suite ci-dessous.

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FIN DE BULLES – 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Même si le rachat de TheStreet.com était accessible au public, et même s’il était assez bon marché pour répondre à nos critères, un investisseur individuel ne s’y serait pas intéressé parce qu’il n’aurait pas su quoi faire pour le rendre profitable.

Eh bien, il s’avère que TheStreet.com s’en était rendu compte aussi — et le prix de leur action a grimpé à tel point que ce n’était plus un bon investissement pour nous.

Mais comment une action pourrait-elle être trop chère pour ceux d’entre nous qui, faisant partie du secteur de l’édition, sont les plus à même de la comprendre ? Comment se fait-il que les investisseurs individuels pensent en savoir plus long que nous sur notre propre secteur, et sont prêts à payer des prix plus élevés ? Nous sommes dans le secteur de l’édition depuis trente ans. Comment un investisseur amateur peut-il penser faire mieux que nous avec cette entreprise ?

Bien entendu, nous posons ces questions par pure provocation. Nous savons tous qu’il y a une grande différence entre ce qui se passe en public et ce qui se passe dans la vie privée. Un homme peut se rendre ridicule — la plupart le font, d’ailleurs. Mais il faut une foule pour faire un véritable spectacle public. Parce qu’en public, dans une foule, sur une place boursière, par exemple, un homme fera ce qu’il ne ferait jamais seul — y compris payer une entreprise plus cher qu’elle ne vaut réellement. En privé, il examine la situation tout comme nous lorsque nous faisons une acquisition. Il calcule ce que cela coûtera, et ce que cela vaut pour lui. Mais en public, il se laisser faire par des slogans, des gros titres, des craintes collectives et des rêves impossibles qu’il ne prendrait jamais au sérieux dans sa vie privée.

Nous vous donnons donc notre première règle générale : vous vous en tirerez mieux en investissant de manière privée qu’en investissant avec le reste du public. Pourquoi ? Parce qu’un investisseur individuel a plus de chances de savoir ce qu’il sait — et ce qu’il ne sait pas. Et en se rapprochant de ses investissements — en connaissant le secteur — il peut éliminer certaines des inconnues et prendre une meilleure décision. En général, cela signifie qu’il paie moins pour ses investissements, et qu’il y travaille plus dur.

A présent, une autre règle : plus on s’éloigne des faits et des conséquences d’une action, plus les résultats empirent. C’est vrai pour les individus comme pour les groupes.

En politique, il est clair qu’un conseil municipal en Bretagne est bien loin du Parlement. Tous deux sont des activités collectives. Tous deux sont, en deux mots, des formes de démocratie. Mais les gens qui s’expriment sur le futur emplacement de la décharge publique réagissent à une information très proche. Ils connaissent la région. Et ils ne veulent pas mettre la décharge au mauvais endroit, parce que ce sont eux qui devront vivre avec. S’ils la mettent dans le sens du vent, par exemple, le reste de la ville les considérera comme des idiots, et ne se privera pas de le leur faire savoir. Et ils feront aussi très attention aux coûts, parce que ce sont eux qui devront payer.

Le Parlement, de son côté, est en général bien loin tant des faits que des conséquences. Les parlementaires s’expriment régulièrement sur des législations qu’ils n’ont même pas lues. Non seulement ils votent volontiers pour dépenser l’argent des autres, mais ils dépensent souvent de l’argent qui n’a pas encore été gagné par des contribuables qui ne sont même pas nés. Récemment, aux Etats-Unis, ils ont approuvé une guerre dans un pays où ils n’ont jamais été, pour des raisons qu’ils ne comprenaient pas, payée par de l’argent qu’ils n’avaient pas, et menée par des soldats qui n’étaient ni leurs fils ni leurs filles.

Suite et fin dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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