Vent de sable ou vent de panique au pays de l’or noir ?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 16 mars 2006
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*** Vent de sable ou vent de panique au pays de l’or noir ?
Ca y est, la bulle a éclaté ! Mais pas où on l’attendait…

*** Après le pétrole, suite…
Aujourd’hui, nos lecteurs américains s’intéressent à l’énergie solaire…

*** La théorie du broyage
Quoi qu’en pense l’humanité, l’Histoire continue son travail…

*** Ca manque de poules (2)
Notre Banquier Central continue son analyse des marchés, au coeur du Salon de l’Agriculture…

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Bonjour,

*** VENT DE SABLE OU VENT DE PANIQUE AU PAYS DE L’OR NOIR ?

** Le CAC 40 alignait ce mercredi une cinquième hausse d’affilée… un troisième record annuel consécutif… et ouvrait un second gap (les cours font un bond au-dessus des niveaux de clôture de la veille) en l’espace de 72 heures. Le train-train quotidien en quelque sorte !

Face à des évolutions boursières devenues aussi prévisibles que la hausse des températures dans l’hémisphère nord d’ici les fêtes de Pâques, il nous a fallu nous tourner vers d’autres régions du globe pour trouver des fluctuations indicielles plus palpitantes.

La forte correction de la bourse de Riyad — le premier marché de la zone proche-orientale, qui pèse plus de 50% de la capitalisation des places dites arabes — prend maintenant l’allure d’un krach avec une cinquième séance d’hystérie baissière. Le recul de l’indice TASI (le baromètre de la bourse de Riyad) s’établissait mercredi matin à 4,8%, flirtant une nouvelle fois avec les -5%, seuil au-delà duquel les transactions sont suspendues par les autorités locales.

Le plongeon des actions saoudiennes déclenche une réaction en chaîne qui lamine les titres cotés dans les autres monarchies pétrolières du Golfe. Elle affecte notamment les Emirats Arabes Unis, avec -3% de plus à Dubaï mercredi matin, après -12% la veille — et, par extension, les valeurs jordaniennes et égyptiennes : la bourse du Caire dégringole également de 15% cette semaine, après une chute libre de 11% mardi matin.

Les investisseurs qui seraient rentrés sur le marché à Dubaï fin décembre 2005 auraient déjà perdu 41,5% de leur mise cette année… et plus de 57% par rapport au zénith du mois d’août 2005, lorsque le baril de pétrole culmina au-dessus de 70 $ les 28 et 29 août.

Un véritable Niagara de liquidités (un torrent serait un complet euphémisme et s’évaporerait en quelques minutes dans les sables du désert) s’est déversé sur les marchés financiers des pays du Golfe Persique — ainsi qu’en Jordanie et en Egypte — avec l’envolée des cours du brut depuis 2002. Comme si cela ne suffisait pas, les spéculateurs recourent largement au crédit, ce qui est en principe interdit par certains textes sacrés dans les pays concernés.

La capitalisation boursière de Riyad a tout simplement été décuplée depuis le début du 21éme siècle, mais elle a en fait doublé rien qu’au cours de l’année 2005, pour atteindre jusqu’à 1 150 milliards de dollars. Le mois de février 2006 s’était par ailleurs soldé par une envolée stratosphérique de 20%, lesquels ont été intégralement reperdus depuis dimanche.

L’amorce d’une correction au Proche-Orient ne nous avait pas alerté ce week-end, mais l’effondrement des cours n’a pris une tournure franchement abyssale qu’à partir de mardi matin et les plus hautes autorités du royaume ne se sont manifestées que ce mercredi. Nous jugeons hautement probable l’intervention de quelques "mains fortes" depuis 48 heures pour empêcher le TASI de franchir le cap fatidique des -5% à la baisse. Cependant, de tels mécanismes n’existent ni au Caire, ni à Dubaï ni à Doha — ces deux dernières places font donc l’expérience de leur premier krach "grandeur nature" et sans garde-fou.

Pour résumer la situation, la bourse saoudienne affiche à présent une perte de 15% par rapport au début de l’année, et d’un tiers par rapport à son record absolu de 20 635 points inscrit il y a tout juste trois semaines. Certains spécialistes des marchés émergents du Golfe estiment à présent que le repli pourrait atteindre -60% d’ici la mi-2006 : vertigineux !

** Vous le constatez sans mal, la tempête boursière qui s’est levée sur les zones désertiques sub-méditerranéennes n’a eu strictement aucun retentissement négatif sur les places du Vieux Continent — ni même à Londres (+0,25% pour le FT 100 ce mercredi), qui héberge pourtant une grande partie de la fortune des milliardaires du Golfe Persique.

Wall Street n’est pas davantage affecté, et le Nasdaq re-franchit bravement le cap des 2 300 points alors que le Dow Jones tutoie depuis 48 heures ses records annuels.

Les opérateurs occidentaux font le pari que l’impact de ce phénomène restera d’ordre strictement local. Nous constatons tout de même qu’une bulle spéculative vient d’exploser quelque part sur la planète — et c’est une grande première depuis que les bourses mondiales ont entamé leur redressement à l’automne 2002 sur le continent nord-américain (et au mois mars 2003 dans l’Euroland).

Les plus optimistes parmi vous estimeront que cela va assainir la situation, et peut-être même inciter les investisseurs moyen-orientaux à reprendre position sur des actifs boursiers moins surévalués et offrant une réelle rentabilité.

Nous n’excluons pas non plus que la secousse saoudienne incite certains "nouveaux riches" à se détourner d’autres formes de placements également déconnectés de toute réalité économiques et frappés de folie des grandeurs. Nous pensons notamment à l’immobilier dans la capitale britannique, en faisant référence au très haut de gamme du centre de Londres, où les acheteurs appartiennent majoritairement aux monarchies du Golfe.

Le hasard veut que le G8 qui va démarrer au cours des prochaines heures à Moscou soit placé sous le signe des inquiétudes des banquiers centraux américains et européens à propos de la bulle du foncier. Cette dernière a été entretenue par un marché du crédit qui fait fi de la montée du péril qu’induit la hausse des taux orchestrée par la Fed depuis bientôt deux ans — laquelle n’a exercé jusqu’à ce jour, chacun en conviendra, aucun effet dissuasif sur la spéculation immobilière.

** Notre autre interrogation d’ordre macro-économique — qui contraste également avec l’insouciance des marchés occidentaux — concerne la croissance chinoise. La production industrielle de l’Empire du Milieu a en effet grimpé de 16,2% sur les deux premiers mois de l’année 2006… et elle ne montre aucun signe d’essoufflement après trois ans de croissance supérieure à 10% — pour autant que l’on puisse se fier à des chiffres qui tendent à biaiser la perception occidentale du rythme de développement industriel du pays, afin de ne pas alarmer les partisans d’une ligne dure plus protectionniste aux Etats-Unis.

La production automobile a bondi de 40% en seulement deux mois, celle d’acier et de ciment de près de 21,5%. Le gouvernement de M. Wen Jiabao, Premier ministre chinois, vient par ailleurs de couper court à toute spéculation sur des mesures coercitives visant à calmer le jeu en matière d’investissement… ainsi qu’aux rumeurs de nouvel élargissement des bandes de fluctuation du yuan, ce qui serait assimilable à une réévaluation de la devise chinoise.

Nous finissons par nous demander si ce sont les autorités chinoises, les spéculateurs saoudiens ou les promoteurs californiens qui vivent depuis trop longtemps dans leur bulle… ou si ce sont les places boursières européennes qui estiment que rien de fâcheux ne saurait survenir.

Nous mettions l’accent hier sur la courbe des taux américains, aussi horizontale (autour de 4,72% ce soir) qu’un filet de tennis tendu entre les T-Notes à trois mois et les T-Bonds à 30 ans. Ce phénomène est synonyme d’une absence complète d’anticipation : une situation technique d’une exceptionnelle rareté, qui incite à penser que ce qui va survenir sur les marchés d’ici quelques jours ou quelques semaines sera tout aussi atypique et mettra en lumière l’état d’impréparation des opérateurs face à un scénario qui ne respecte aucun modèle.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Vous en tout cas, cher lecteur, vous avez le moyen de vous parer à toute éventualité… Il vous suffit de composer le 0899 707 009* pour retrouver tous les conseils de Philippe Béchade sur la séance en cours et les mesures à prendre pour adapter votre portefeuille aux conditions du marché.
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Eric Fry, en direct de Wall Street

*** APRES LE PETROLE, SUITE…

** "Mon énergie bio préférée, c’est l’énergie solaire", nous écrit Tony Gavali. "Regardez Solarworld AG (coté en Allemagne), SWV GR sur Bloomberg. Solarworld est en train de se développer, et cela réduira les coûts de production tout en rendant l’énergie plus abordable pour le grand public. L’énergie solaire est propre, et ne comporte aucune pièce en mouvement. Si l’on recouvrait un quart du Sahara avec des panneaux solaires, cela réglerait le problème de l’électricité mondiale. Solarworld a une capitalisation boursière d’environ trois milliards d’euros."

- Poursuivant le thème de l’énergie solaire, un lecteur nommé Gerry écrit : "Bonjour, la seule action de mon portefeuille [consacrée aux énergies alternatives] est ATS Automation Tooling (ATA CN sur Bloomberg). Le nom est bizarre, mais un de leurs départements va leur rapporter des tonnes de dollars — il s’agit de leur division solaire, qui sera probablement transformée en entité séparée prochainement. C’est là qu’il y a de véritables profits à faire"…

** Ensuite, notre lecteur Patrick Lim a offert une suite de recommandations sur l’énergie solaire : SunPower Corporation, Energy Conversion Devices et Evergreen Solar…

- "SunPower Corporation (Nasdaq : SPWR) se consacre à la conception, la production et la vente de produits liés à l’énergie solaire", écrit Lim. "Ils offrent des cellules solaires, des panneaux solaires, et des onduleurs générant de l’électricité à partir de la lumière du soleil pour des applications résidentielles, commerciales et à distance."

- Pour sa seconde recommandation, Lim suggère Energy Conversion Devices Inc. (Nasdaq : ENER). "Cette société se consacre à l’invention, l’ingénierie, le développement et la commercialisation de matériaux, de produits et de technologies de production dans le domaine des énergies alternatives et des technologies de l’information", déclare Lim. "La société est également impliquée dans la recherche et le développement, dans la production de matériaux et de produits déposés, ainsi que dans la conception et la construction de machines pour la production. De plus, elle offre des Photovoltaïques, qui fournissent de l’énergie propre en transformant la lumière du soleil en électricité. De plus, la société — grâce à un joint-venture avec Chevron Technology Ventures — fournit des piles hybrides au nickel pour diverses applications, dont le transport, les télécommunications, les systèmes d’alimentation électrique sans coupures, des applications militaires et de sécurité et autres applications."

- Pour conclure sa suite de transactions dans le domaine de l’énergie solaire, Lim mentionne Evergreen Solar, Inc. (Nasdaq : ESLR). "Evergreen se consacre au développement, à la production et à la commercialisation de produits d’énergie solaire aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Elle fabrique ses produits grâce à sa technologie déposée, le String Ribbon. Les produits de l’entreprise comprennent principalement des cellules, des panneaux et des systèmes solaires. Ses modules solaires sont utilisés pour des applications résidentielles, commerciales et industrielles. Les produits Evergreen Solar sont utilisés dans les réseaux reliés comme dans les réseaux autoproducteurs. Elle vend ses produits par le biais de distributeurs, d’intégrateurs système et autres revendeurs à valeur ajoutée. L’entreprise possède des partenariats stratégiques avec Q-Cells AG afin de fabriquer, commercialiser et vendre des produits d’énergie solaire basés sur sa technologie déposée String Ribbon."

- "Evergreen Solar a été fondée en 1994 ; son siège social se trouve à Marlboro, dans le Massachusetts. Capitalisation boursière (intraday) : 922,22 millions de dollars."

** Plusieurs lecteurs semblent être de l’avis favorable de Lim sur Evergreen Solar — tout comme nos collègues de la lettre Outstanding Investments, Kevin Kerr et Justice Litle. En fait, ils ont récemment recommandé Evergreen à leurs lecteurs.

- "Aujourd’hui, l’énergie solaire est devenue plus abordable", explique Kevin. "Les procédés de fabrication ont été optimisés et continuent de devenir plus rentables grâce à des subventions gouvernementales — les réductions aux consommateurs et les crédits d’impôts étant eux aussi utiles. Tandis que les coûts du pétrole continuent d’augmenter de manière exponentielle, il semble inévitable qu’une convergence entre le coût des énergies conventionnelles et alternatives finisse par se produire… Même s’il y a tant de bonnes nouvelles pour l’énergie solaire, il y a également des défis à relever. Il y a par exemple la pénurie de silicone, nécessaire à la fabrication des panneaux. Ce manque de silicone a limité d’offre de panneaux solaires et frustré les acheteurs potentiels. Il faut plusieurs mois pour terminer les commandes, et les prix, après des années de stagnation, ont augmenté jusqu’à 15%."

- "Les véritables gagnants seront les entreprises qui bénéficieront du manque de silicone. Ce seront en premier lieux les producteurs de panneaux solaires moins efficaces mais disponibles sans attendre. Bien entendu, parmi les autres bénéficiaires, on trouve les entreprises ayant des technologies émergentes, comme les cellules solaires plastiques. L’énergie solaire entre dans une phase passionnante en ce moment… Le marché mondial de l’énergie solaire est en plein boom — il a augmenté de 40% par an ces cinq dernières années… si bien que Justice et moi avons l’intention de suivre ce secteur de très près — et de continuer à parcourir la planète pour chercher des opportunités d’investissement dans l’énergie solaire."

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LA THEORIE DU BROYAGE

** En dépit des présages, l’Histoire ne s’est pas faite hier — du moins pas sur les marchés financiers américains. A la fin de la journée, les cours n’étaient pas très loin du niveau qu’ils avaient à l’heure où les premiers rayons du soleil ont atteint Manhattan.

* Mais si nous avons raison sur la manière dont le monde fonctionne, l’histoire continue son train-train, peut-être en secret… réduisant avec assurance toutes les vanités humaines à une poudre extrêmement fine. Qui sait quels desseins les dieux ont en tête ? Mais qui doute qu’ils puissent être évités ?

* Dans la Chronique d’aujourd’hui, cher lecteur, nous aimerions vous proposer ce qu’on pourrait appeler une Théorie Générale du Broyage. Nous commençons en insistant sur le fait qu’on a tous autant besoin d’une théorie que d’une paire de pantalons. Sans ça, on est soit ridicule, soit à moitié fonctionnel. Nous autres humains devons tous juger le monde qui nous entoure avec nos yeux et nos oreilles, mais qu’est-ce que ces sens reconnaissent ? Ils n’enregistrent qu’un flux de couleurs, de lumière et de son — des données brutes.

* Sans théorie, ces "données" n’ont aucun sens. Il ne s’agit que de "bruit". Il nous faut des théories pour l’interpréter et lui donner un sens. Ces théories transforment les bords retroussés de la bouche d’une femme en un sourire… et une tache de lumière rouge vif en bus à deux étages se dirigeant vers Waterloo Station. Comment pouvons-nous savoir ce qui se passerait si nous traversions devant lui ? Nous ne l’avons encore jamais fait. Nous n’avons jamais vu personne le faire. Cependant, nous avons une théorie qui nous dit que si nous nous positionnons devant un bus en mouvement, nous finirons écrasé.

** Entre autres choses, les dieux broient actuellement le boom de l’immobilier américain, qui soutient la guerre en Irak, les revenus et le pouvoir d’achat des ménages, les finances nationales… et l’empire lui-même.

* L’Association américaine des organismes de prêts hypothécaires prévoit que la création de prêts chutera de 20% cette année ; toujours d’après elle, les refinancements devraient chuter de 40%. Sans financement aisé, les consommateurs ont moins à dépenser. Mardi, on apprenait que les ventes au détail avaient chuté en février, pour la première fois en six mois.

* Pourquoi ?

* "Trop de consommateurs ont été attirés vers les produits par la perspective séduisante de paiements minimum bas qui retardent le jour des comptes, mais rendent souvent bien plus difficile le remboursement d’un principal qui s’accroît."

* Celui qui a prononcé ces paroles est le Contrôleur général américain de la devise, John C. Dugan — et il parlait plus spécifiquement du fait que les consommateurs prennent des emprunts à remboursement différé du principal.

* "Au cours des deux dernières années, cependant", continuait Dugan, "nous avons vu un pic dans le volume des prêts hypothécaires à taux variable à option de paiement, qui ne se limitent plus aux emprunteurs aisés pouvant clairement se les permettre. Ils sont de plus en plus commercialisés comme des ‘produits abordables’ à des emprunteurs qui semblent compter sur la période fixe de paiements minimums exceptionnellement bas — laquelle dure en général pendant les cinq premières années du prêt — pour se permettre les prêts hypothécaires élevés nécessaire à l’achat de maisons sur de nombreux marchés immobiliers dans tout le pays."

** Nous savons déjà ce qui va se produire. Nous en voyons les signes. Les saisies hypothécaires augmentent. Les ménages ayant acheté une maison plus grande qu’ils ne pouvaient vraiment se le permettre font faillite. Les dépenses de consommation vacillent un peu.

* Les effets attendus sur le marché immobilier lui-même commencent à être visibles. Les ventes baissent. Les stocks grimpent.

* En Californie, le boom de l’immobilier a fait grimper les prix au point que dans le comté de Los Angeles, le salarié moyen ne peut se permettre qu’une propriété sur 35 mises en vente. Nous nous demandons donc qui achètera les 34 autres ? D’autres gens commencent à se poser la même question. En janvier, les transactions ont chuté de 24% par rapport à la même époque l’année dernière.

* En parlant de prix, "je m’attendrais à un déclin général de 5% à 10% dans tout le pays, 20% dans certaines régions… et dans les régions où la spéculation a été vraiment lourde, on pourrait avoir 30%", déclare Angelo R. Mozilo — un homme qui s’y connaît. M. Mozilo est le PDG du plus grand organisme de prêt des Etats-Unis, Countrywide. Et si nous n’avons pas de raison de douter de la parole de M. Mozilo sur le sujet, nous parierions plus encore sur ses actes. Selon la lettre Grant’s Interest Rate Observer, Mozilo a "régulièrement vendu des quantités considérables d’actions Countrywide depuis deux ans".

* Nous nous rappelons une estimation parue il y a quelques mois de cela. Pas moins de 40% de la croissance de l’emploi depuis 2001 seraient le fruit du boom immobilier. Si c’est le cas, et si, en dépit de ces nouveaux emplois, les salaires réels ont baissé durant cette période, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander ce qui arrivera aux salaires lorsque le boom prendra fin. Il semble probable de les voir baisser encore. Et il semble également probable que les dépenses de consommation chuteront elles aussi. Est-ce à ce moment-là que l’histoire redémarrera ?

* Oui… et peut-être même plus tôt.

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Il y a six mois de cela, la donne financière a radicalement changé… et les conséquences commencent seulement à se faire sentir.

Cinq en particulier représentent un danger immédiat pour votre portefeuille… tandis qu’une autre pourrait vous rapporter des profits à trois, voire quatre chiffres.

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*** La Chronique Agora présente ***

"En mars, indices à la ramasse", observait finement notre Banquier Central hier. Aujourd’hui, il avance les arguments qui prouvent cette si spirituelle assertion.

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Le Journal d’un Banquier Central
CA MANQUE DE POULES — 2ème PARTIE
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L’inflation est dans le pré
Il est vrai que l’histoire récente du CAC 40 atteste cette observation : depuis le rebond des marchés, au printemps 2003, le CAC 40 a observé deux pauses au printemps 2004 et au printemps 2005 : la première s’est en fait prolongée jusqu’à la rentrée, la seconde a pris fin en mai.

Or, après ses plus-hauts de février (au-dessus des 5 080 points), l’indice parisien semble donner des signes d’essoufflement : ce premier coup de semonce montre assez que les marchés sont fragilisés. Egisthe l’Analyste demeure confiant à moyen terme : une bonne zone de support, autour des 4 900 points, devrait contenir la baisse printanière. L’enfoncement de ce seuil, en revanche, signalerait sans doute qu’il est temps de changer son fusil d’épaule. En cause, les anticipations d’inflation. Elles donnent, en ce moment, le tempo de tous les marchés du monde.

Ainsi, les propos résolus de mon cher Jean- Claude T***, actuel président de la BCE — … Pourquoi lui ?! Pourquoi lui et pas moi ? — qui ont accompagné le relèvement attendu des taux directeurs, laissent augurer de futures hausses. C’est l’accent porté par mon bouillant collègue sur les risques de bulle immobilière dans la zone, soufflée par le crédit facile, qui semble avoir entraîné la conviction des intervenants — davantage, peut-être, que l’évolution des indices de prix.

Même scénario outre-Atlantique où la Fed a insisté sur les risques inflationnistes durant ses dernières interventions. La flambée des cours énergétiques pèse sur les prix à la consommation de janvier, pour un taux d’inflation annuel de +4%. Et si la croissance au quatrième trimestre a été révisée à la hausse, c’est aussi le cas pour l’indice central des prix et le déflateur implicite… Autant de signaux qui ont tiré les indices vers le bas : le S&P plafonne, cependant que le Dow Jones se replie après ses sommets de février (autour des 11 100 points).

Au Japon, enfin, l’indice Nikkei flirte avec une zone support située autour des 15 500 points, en place depuis début décembre. L’indice est entraîné à la baisse par un indice des prix à la consommation qui affiche sa plus forte progression depuis huit ans. Et le consensus des analystes table sur la fin prochaine de la politique "à taux zéro" de la BoJ : un vrai tremblement de terre pour l’Archipel.

L’obligataire, ça a eu payé
"Il y a un risque sur les marchés de taux, reconnaît Egisthe l’Analyste. En Europe, les propos de Jean-Claude ont nettement dégradé les perspectives sur les contrats de futures à maturité deux ans, comme le Schatz. Nous pensions jusqu’ici qu’on avait atteint des supports solides sur l’obligataire — donc, à l’inverse, que les taux à deux ans tutoyaient des résistances. La baisse enregistrée suite à la communication de la BCE fragilise cette hypothèse. L’étude technique validerait plutôt un regain de tension sur les taux, mais le mouvement n’est pas encore confirmé."

L’inquiétude peut aussi se lire à l’examen d’un marché de taux longs comme le Bund allemand, où les signes de tension sont manifestes. "Encore une fois, le scénario n’est pas totalement avéré au plan technique, me précise Egisthe. Mais il s’agit d’une hypothèse de travail plausible, et il ne fait aucun doute qu’elle sera présente à l’esprit des opérateurs."

En plongeant, pour la première fois depuis décembre, sous le seuil psychologique des 120,00, l’emprunt à dix ans de l’Etat allemand enfonce une ligne de support oblique, seuil historique en place depuis un an au moins. L’accélération brutale qui se produit en franchissement de cette ligne pourrait dessiner le déclenchement d’une figure de retournement baissière, la "tête-épaules".

En termes de psychologie de marché, cette figure classique s’interprète comme un scénario de confrontation entre acheteurs et vendeurs, c’est-à-dire entre partisans de la hausse et partisans de la baisse. Durant un premier acte, les acheteurs confiants (nous sommes en tendance haussière) se voient infliger un démenti modéré par la pression baissière des vendeurs : c’est la première "épaule". Deuxième acte : un nouvel élan de hausse pousse le cours jusqu’à des plus hauts inédits, avant de s’attirer à son tour un retour de bâton baissier : c’est la "tête".

Nouvelle sanction à la baisse, donc, mais qui reste de courte durée. On revient taper sur le support, et le cours reste en progression par rapport au dernier bottom. Les acheteurs ne se découragent donc pas : ils vont, de fait, impulser une troisième "jambe de hausse", moins haute que la précédente, et avec de moindres volumes — indices précurseurs du retournement de tendance. Ce dernier acte (deuxième "épaule") se solde par une sanction baissière inédite : pour la première fois, le support — que l’on appelle "ligne de cou" de la figure de retournement — est enfoncé. La figure est considérée, dès lors, comme validée.

L’accélération baissière qui s’ensuit traduit un mouvement de panique collective facile à expliquer. Durant toute la formation de la figure, le titre a traité au-dessus de la ligne de cou : en passant sous les 120,00, le cours "enfonce" les meilleurs prix d’une partie des acheteurs récents : ceux-ci s’affolent et envisagent de vendre à perte pour limiter la casse, cependant que de nouveaux intervenants, confortés dans leurs anticipations baissières, se positionnent pour shorter le titre. La pression vendeuse s’accentue, "collant" à son tour des acheteurs plus lointains… Et le phénomène fait boule de neige. Le consensus a basculé à la baisse.

Même s’il s’agit ici d’un aperçu graphique plutôt que d’une étude en bonne et due forme, il y a de quoi donner quelques idées noires aux intervenants obligataires. L’enfoncement des 119,00 conforterait l’idée d’un retracement vers les bottoms du printemps dernier, ou davantage. Une telle baisse correspondrait, naturellement, à une hausse symétrique des taux d’intérêt à dix ans. Avec, au plan fondamental, ses conséquences sur les investissements des entreprises européennes.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

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