Venezuela : le grand comique du capitalisme moderne

Rédigé le 15 novembre 2017 par | Bill Bonner, Deep State, Dette Imprimer

La faillite du Venezuela révèle la corruption des « enchufados », proches du gouvernement socialiste et de Maduro.

Lundi, Caracas a déroulé le tapis rouge, littéralement.

Au cours de l’un des spectacles les plus drôles que le capitalisme moderne ait offert, les détenteurs d’obligations avaient été invités à une réunion spéciale dans la capitale vénézuélienne.

Quelques-uns y sont allés. Ils voulaient savoir à quelle sauce ils allaient être mangés.

Le pays court rapidement à la faillite. La production de pétrole enregistre un plus-bas sur 28 ans… les liquidités disparaissent… le chaos se propage. A quel moment le Venezuela allait-il faire défaut sur ses obligations ?

La réunion a duré 30 minutes. Aucune question ne pouvait être posée. Ensuite, moins de 24 heures plus tard, les investisseurs ont eu la réponse : aujourd’hui !

L’heure de Gloire de Washington est encore à venir

Nous sommes de retour à Baltimore. Il n’y a rien de plus beau.

Dieu merci.

Chaque lieu a son propre caractère, son propre style et son propre cycle de vie. Baltimore a connu son apogée au XIXe siècle : c’était alors la ville la plus riche d’Amérique.

Depuis, elle n’a cessé de dégringoler.

A une heure de route, au sud de la ville, se trouve Washington (DC), dont la culture, l’économie et l’heure de gloire sont différentes.

La richesse de Baltimore était tributaire du commerce et de la production. La ville a perdu des parts de marché lorsque le commerce s’est déplacé vers New York et que la production a décampé vers ce qui est aujourd’hui l’ancien coeur industriel du pays : l’Ohio, l’Indiana et l’Illinois.

Washington a toujours été une ville parasite. Elle était petite et relativement modeste, lorsque le gouvernement était restreint. Mais à mesure que l’Etat s’enhardit, Washington s’enrichit.

Les entreprises ont déplacé leurs sièges sociaux dans les états voisins du Maryland ou de la Virginie, où elles pouvaient se rapprocher des lobbyistes.

Le secteur « de la défense » a pratiquement annexé la Virginie du Nord, où il est en mesure de soudoyer les législateurs et de verser des pots-de-vin aux généraux. Les cabinets d’avocat se perchent dans les tours du centre-ville, comme des buses sur un arbre mort.

Si l’apogée de Baltimore est révolue depuis longtemps, celle de Washington est encore devant elle.

Une forte tête vite mâtée par les élites

Peu importe le type de système politique, comme l’a remarqué au début des années 1900 l’économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto, les initiés trouvent toujours le moyen de le détourner.

A Washington, les initiés du Deep State contrôlent désormais la Maison Blanche, les deux Chambres du Congrès, le Pentagone et la bureaucratie.

Le président Trump a fait venir une nouvelle équipe il y a un an. Certains pensaient qu’il allait chasser l’ancien Establishment de Washington.

Tel Jésus chassant les usuriers du temple, ils pensaient qu’il allait retourner la situation au détriment des initiés… et restituer sa grandeur à l’Amérique.

Cela ne s’est pas produit.

Au contraire, M. Trump a rallié le Deep State avec une telle rapidité qu’on aurait dit que les dés avaient été pipés dès le départ.

Et à présent, les initiés bénéficient de la combinaison idéale : une Maison Blanche qui affirme être leur ennemi tout en leur permettant de faire tout ce qu’ils veulent. Par exemple :

Bref, la routine… mais avec un « leaderismo » forte tête, qui bluffe et malmène l’opposition conservatrice.

Une corruption endémique mais subtile

L’ex-président du Venezuela, Hugo Chavez, est parvenu à peu près au même résultat.

Mais au lieu de faire semblant d’être conservateur, comme Trump, il a fait semblant de « remettre le pouvoir au peuple ». Et au lieu de transformer le pays en paradis socialiste, les « Chavistas » ont fait ce que les initiés font toujours : ils ont pillé le pays.

Comme l’a dit Maggie Thatcher dans les années 1970, « le problème, avec le socialisme, c’est qu’un jour, l’argent des autres finit par manquer ».

Or le Venezuela commence à manquer de cet argent des autres : et c’est rapide. Avec une économie mal gérée… et la fin qui est proche, les initiés se servent tant qu’il en est encore temps.

En Amérique et en Europe, la corruption est répandue, systémique et subtile.

Les grands acteurs financiers savaient (est-ce que Draghi le leur avait dit ?) que les dés étaient pipés.

Ils ont pu acheter des obligations spéculatives sans risque. Les banques centrales ont fait en sorte qu’elles ne baissent pas (la baisse des cours des obligations signifiait la hausse des taux d’intérêt, chose que les banques centrales voulaient à tout prix éviter).

Au contraire, les cours des obligations ont grimpé. Les rendements ont baissé. Et les traders affûtés ont empoché des gains allant jusqu’à 1 000%.

Au Venezuela, les obligations souveraines ont plongé – et les rendements, ainsi que les coûts d’emprunt, ont flambé – lorsqu’il est devenu flagrant que le pays allait faire faillite.

L’économie a chuté de 30%. Le taux annuel d’inflation est de 2 300%, selon le Fonds monétaire international. Les magasins manquent de denrées alimentaires. Les pharmacies n’ont plus de médicaments. Les hôpitaux ne peuvent plus mettre des draps propres dans les lits.

Des pistonnés spéculent sans risque

Mais d’une manière ou d’une autre… le gouvernement « socialiste » continue de payer les intérêts de ses obligations souveraines.

Les gens souffrent peut-être… mais les capitalistes continuent de gagner de l’argent.

Pourquoi un gouvernement socialiste favoriserait-il les riches prêteurs au détriment des pauvres ?

La question se pose-t-elle vraiment ? Selon le Miami Herald :

« … C’est un secret de polichinelle, chez les traders américains : la plupart des acheteurs d’obligations vénézuéliennes sont des ‘enchufados’ [NDR : pistonnés], ces membres de l’élite de l’entourage de Maduro, ainsi que leurs compères en affaires.

Chaque fois que les obligations vénézuéliennes ont plongé dans un contexte où l’on croyait, au niveau international, que Maduro allait faire défaut sur la dette du pays plutôt que d’annuler toutes les importations de denrées alimentaires, les responsables vénézuéliens et leurs compères du monde des affaires ont acheté des obligations de PDVSA [compagnie pétrolière gérée par l’état du Venezuela] à prix cassé, tout en bénéficiant d’informations privilégiées selon lesquelles Maduro n’allait finalement pas annoncer un défaut. »

Les dés étaient pipés. Ils le sont toujours.

Les gains sont toujours bons à prendre tant que c’est possible.

Le 14 novembre, l’agence de notation de crédit, Standard & Poor, a déclaré que le Venezuela était en défaut de paiement sur 200 M$.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Venezuela : le grand comique du capitalisme moderne”

  1. Bonjour,
    Le premier handicap du Venezuela c’est d’avoir tout misé sur la rente pétrolière pour satisfaire la demande US.
    Le second handicap du Venezuela c’est sa dépendance exclusive au dollar.
    Le troisième handicap du Venezuela c’est le poids des sanctions US, combiné à la baisse des prix pétroliers.
    Il me semble que si ce pays vit des heures sombres, il ne le doit pas uniquement à ses choix démocratiques. Dans un pays où l’argent des plus riches s’est toujours expatrié sans retenue, l’argent des autres, si cher à Maggie, a toujours été bien à l’abri de la « prédation » socialiste.

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