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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 09 juillet 2007
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*** Variations autour du thème des voyages
…et autres considérations sur la ruée sur le private equity
*** Mieux vaut se préparer à tout…
…surtout au pire
*** La fin de l’or facile en Afrique du Sud (1)
Toujours plus loin, toujours plus chaud, toujours plus cher…
—————————– (publ.)
Un véritable séisme énergétique pourrait mettre fin pour toujours à l’ère du pétrole bon marché, effaçant plus de 150 ans de prospérité occidentale et oblitérant la richesse de millions d’investisseurs… quasiment du jour au lendemain.
PANNE SECHE !
LE JOUR OU LE MONDE SE RETROUVERA A COURT D’ENERGIE
Restez les bras croisés et perdez tout… ou agissez AUJOURD’HUI et engrangez des gains de deux, voire trois chiffres sur des valeurs parfaitement positionnées pour grimper en flèche alors que le chaos s’installe.
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Bonjour,
*** VARIATIONS AUTOUR DU THEME DES VOYAGES
** Le bilan de la semaine écoulée est assez facile à évaluer à Paris puisqu’il équivaut (à +0,1% près) à la performance réalisée par le CAC 40 en ce vendredi 6 juillet (soit +0,7%).
La fermeté l’a donc emporté sur les places boursières européennes qui engrangent une progression hebdomadaire de +1,35% et demeurent indifférentes à la tension des taux (8 à 10 points de base de plus d’un vendredi sur l’autre) avec des rendements qui se tendent à 4,67% sur les Bunds et 5,18% sur les T-Bonds 2017.
Au risque de nous répéter, ce paradoxe se résout depuis la mi-mars dans l’arbitrage opéré par les gérants au détriment des émissions obligataires des secteurs publics et privés au profit des actions, lesquelles bénéficient de la vague d’OPA la plus intense de l’histoire.
** Comme le soulignait vendredi Bill Bonner dans son essai à la gloire des "bonnes poires ", les fonds de private equity lèvent dans l’euphorie ambiante de telles sommes auprès des institutionnels ou des riches particuliers qu’aucune cible ne semble hors d’atteinte. Mais la question qui nous préoccupe demeure la suivante : pourquoi des magnats de la finance qui, depuis des décennies, ont monté de "gros coups" puis se sont réparti les bénéfices en "petit comité" deviendraient-ils soudain altruistes et partageurs ?
Entendent-ils réparer une injustice en permettant à des petits épargnants n’ayant aucun don particulier pour le "big business" d’en tirer les dividendes en se donnant seulement la peine d’ouvrir la page Web du site de leur broker favori et de cliquer sur l’icône "confirmer achat" ? Ou ne pressentent-ils pas plutôt que c’est le bon moment pour transférer les risques (et non les gains) aux particuliers… alors que le filon sera bientôt épuisé comme les veines aurifères du Klondike lors de la dernière ruée du début du 19ème siècle.
Le rendement des gisements a commencé à chuter précisément le jour où fut planté le dernier clou en or de la ligne de chemin de fer (baptisée White Pass & Yukon) reliant le port de Skagway au lac Bennett. L’inauguration eut lieu précisément le 6 juillet 1899 : nous fêtions donc ce vendredi le 108ème anniversaire du "train de la mine" (anecdote authentique !). Mais la compagnie des chemins de fer canadien prolongera quelques années plus tard la ligne vers Dawson, alors que la cité minière de Fraser — capitale des chercheurs d’or arrivés à pied de 1896 à 1898 — devenait peu à peu une ville fantôme.
Combien de fonds récemment créés à la faveur de la ruée sur le private equity se transformeront-ils en coquilles vides d’ici 12 à 18 mois ? Il pourrait advenir un scénario très comparable à celui de la ruée vers le subprime : combien d’établissements de crédit spécialisés ayant déposé leurs statuts entre 2002 et 2005 survivent à ce jour ? Et combien de hedge funds avides de rendements élevés sur des émissions "non grade" devront-ils déposer le bilan ?
Mais pourquoi devrions-nous nous préoccuper de leur sort ; ils n’ont que ce qu’ils méritent car il y avait mieux à faire avec les liquidités dont le Japon inonde les marchés : la corne d’abondance du carry-trade s’est remise à déverser des flots de yens dévalués (aussitôt réinvestis dans les Bunds, les Guilts britanniques ou les OAT).
La devise japonaise vient effectivement d’enfoncer — ou plutôt de pulvériser — un nouveau plancher historique face à l’euro (à 168,02 par euro) et d’inscrire un plancher de 123,6 face au dollar.
Le billet vert s’était redressé face à l’euro en début d’après-midi avec la publication des statistiques de l’emploi US du mois de juin (+132 000 emplois créés au lieu des 125 000 anticipés), mais il rechutait quelques heures plus tard sous les 1,3625/euro, tutoyant ses plus bas de la semaine écoulée, ainsi que ses plus bas annuels (à 0,5% près).
** Le marché de l’emploi américain fait pourtant preuve d’une apparente vigueur (en se limitant à la surface des choses) mais nous ne sommes pas convaincus que les chiffres dévoilés ce vendredi soient de si bon augure. Certes, la moyenne des créations d’emplois est fortement remontée en avril (révision à +42 000) puis au mois de mai (à +33 000 pour un total de 190 000 qui coïncide avec la moyenne de l’année 2006), mais l’analyse détaillée des statistiques recèle quelques surprises.
Le principal gisement de nouveaux emplois se situe dans le secteur public et les administrations avec 59 000 postes créés dans l’éducation et les services hospitaliers ; les postes gouvernementaux augmentent de 40 000 — ce qui inclut des agences comme le FBI, la CIA, la NSA. L’industrie des loisirs et de l’hôtellerie ont généré 39 000 nouveaux jobs.
A l’inverse, les sociétés de Services financiers (et notamment le crédit) ont réduit leurs effectifs de 9 000 postes, l’industrie de 18 000, la distribution de 24 000 et enfin, le travail temporaire et l’intérim ont rayé des listes 26 000 postes. Or ce dernier secteur est l’un des meilleurs indicateurs avancés de la croissance et du dynamisme des entreprises privées.
Il n’est pas difficile à la Maison Blanche de creuser de nouveaux déficits pour financer des services publics toujours plus gourmands en effectifs pour des questions de sécurité nationale : c’est en effet "pour la bonne cause".
** Mais ceux qui ont choisi les Etats-Unis pour y passer quelques jours où quelques semaines de vacances cet été vont comprendre leur douleur car il n’est plus question d’improviser sur place son itinéraire — au gré des opportunités qu’offre Internet aux voyageurs de dernière minute — car il faut pouvoir justifier à la douane sa destination et décliner la liste des hébergements retenus (et en prime, il faut pouvoir justifier que ces choix ne sont pas dictés par l’irrépressible envie de faire du tourisme à proximité d’installations sensibles).
Beaucoup d’agences de voyage américaines estiment que cette inflation de mesures de sécurité et l’établissement de procédures vexatoires (visas, taxes, questionnaires divers) sont à l’origine d’une chute de 25% à 30% des réservations en provenance de l’Euroland et des ex-pays de l’Est, de 40% en provenance des pays d’Amérique du Sud — le Mercosur n’est pas répertorié comme base arrière d’organisations terroristes — et ne parlons pas de l’effondrement de 60% de la fréquentation des citoyens issus de pays musulmans.
Il ne faut pas s’étonner que le basketteur vedette Tony Parker et la pétulante actrice Eva Longoria aient choisi la France pour se marier ce 07/07/07 et le Château de Vaux le Vicomte pour y réunir quelques centaines d’invités. Il ne leur sera pas demandé pourquoi ils célèbrent leurs noces en un lieu tout proche des installations de Safran (ex-SNECMA) et des pistes d’essai qu’empruntent de nombreux avions de chasse qui testent de nouveaux moteurs.
Et avec la neutralisation du centre de Paris (le mariage était célébré dans la Mairie du 4ème arrondissement par Bertrand Delanoe lui-même) et la fermeture exceptionnelle de l’ex-demeure de Nicolas Fouquet pour 48 heures (une première historique), certains journalistes se demandent si l’un des terrains d’aviation militaires tout proche ne servira pas de halte technique à une patrouille de France venue éblouir le "tout Hollywood" qui sera présent pour l’occasion.
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** MIEUX VAUT SE PREPARER A TOUT…
** Levez donc un peu les yeux, cher lecteur. Tout là-haut, au dessus du quartier général londonien de La Chronique Agora — dans le bâtiment avec les grosses boules dorées sur le toit — notre pavillon d’Alerte au Krach flotte fièrement.
Pourquoi s’en préoccuper ? La bourse a l’air en forme. Le problème du marché de l’immobilier est "contenu" dans le secteur du subprime. M3 grandit de 13% par an — la progression la plus rapide en 30 ans. Avec tout cet argent qui afflue dans le système, comment les prix pourraient-ils faire autre chose que grimper ?
Mais le risque est toujours au plus haut justement au moment précis où les gens s’en désintéressent. A priori, le krach n’est prévu ni pour demain… ni pour après demain. Mais il y a certaines choses pour lesquelles il vaut mieux être préparé, même si elles n’arrivent pas tout de suite.
Quand l’argent et les crédits sont faciles et légers, les gens vont eux aussi prendre les choses avec légèreté. Ils se mettent à dépenser bien plus qu’ils ne devraient… et investissent sans réfléchir. En général, survient un choc… un point de non retour… un moment de lucidité désespéré quand les gens sentent le sol se dérober sous leurs pieds. Ils regardent alors en bas et paniquent.
Quel genre de choc ? Cela peut être n’importe quoi. C’est parfois une guerre, une faillite, un brusque mouvement de marché — comme par exemple une augmentation soudaine du prix du pétrole ou la chute d’un marché financier. Puis les investisseurs, comme un seul homme, commencent à s’inquiéter non pas du retour SUR leur argent, mais du retour DE leur argent.
** Et qu’est ce qui, aujourd’hui, pourrait causer un choc ? Tout un tas de choses.
1) La Bourse de Shanghai est frappée de plein fouet. Son indice, le CSI 300, est descendu de 17% ces trois dernières semaines. Les ouvertures de comptes-titres ont chuté de deux tiers. Se pourrait-il que les liquidités mondiales brûlantes… et l’argent local glacial… soient baissiers sur les actions chinoises ? Se pourrait-il que les officiels chinois laissent échapper des paroles particulièrement stupides? Le marché pourrait-il encore chuter de 20%… 50% ? Tout cela pourrait-il déclencher une liquidation des capitaux mondiaux ? La réponse à toutes ces questions est oui.
2) Le dollar est en mauvaise posture. Mercredi, il a atteint son plus bas depuis 26 ans face à la livre sterling. Il est maintenant presque au plus bas face à l’euro. Des milliers de milliards de dollars dorment dans des coffres étrangers – alors même que les dirigeants de ces réserves parlent de se diversifier dans des devises autres que le billet vert. Les étrangers n’auront pas à abandonner le dollar pour le mettre KO… Tout ce qu’ils ont à faire, c’est suspendre leurs achats de capitaux libellés en dollar — comme les T-Bonds américains. Ce scénario est-il possible ? Un tel choc pourrait-il causer un énorme krach sur les marchés financiers ? Eh bien oui… et encore oui.
3) Toutes les devises-papier sont dangereuses. Le dollar n’est pas la seule monnaie du monde dont la production augmente à une vitesse affolante. La plupart des banques centrales impriment leur propre devise en grande quantité — pour tenter de maintenir la parité avec le billet vert. C’est la raison pour laquelle le monde possède autant de liquidités. C’est également la raison pour laquelle le prix de beaucoup d’actifs monte en flèche. Mais se pourrait-il que les investisseurs soient subitement effrayés par une telle inflation monétaire ? Les prix des produits de consommation risquent-ils de monter en flèche comme le prix des actifs ? Se pourrait-il que la population mondiale décide de se débarrasser des devises-papier pour les remplacer par d’autres types d’actifs — notamment l’or, comme l’annonce le Wall Street Journal dans un article intitulé « La fonte de l’argent ». Tout cela pourrait-il nous amener jusqu’à un krach mondial ? Oui… oui… et oui.
4) Une banque de Milan, Italease, a récemment vu son portefeuille de produits financiers dérivés exploser. Tout comme Bear Stearns. Les gros prêteurs se montrent frivoles avec les instruments de dettes complexes… Tandis que sur les marchés, on voit plus d’opérations financières que jamais. Jusqu’à aujourd’hui, rien que cette année, un millier de milliard de dollars d’opérations ont été effectuées en Amérique du Nord — un taux de près de 50% plus élevé que l’année dernière. Que se passera-t-il si les affairistes ne trouvent pas les crédits qu’ils cherchent ? Que penseraient-ils des investisseurs si l’une de ces méga-transactions échouait ?
Selon Bloomberg : "Les plus gros détenteurs d’obligations ne veulent plus entendre parler de LBO !
TIA-CREFF gère 414 milliards de dollars de fonds de retraite pour des professeurs de lycée et d’université américains. Et TIA-CREFF, désormais, a choisi de ne plus investir dans l’obligataire finançant des LBO. Même son de cloche chez Fidelity International, branche du plus grand FCP du monde… Ou encore, chez Lehman Brothers Asset Management LLC, division financière du troisième émetteur mondial de bonds. Tous les deux veulent maintenant rester à l’écart de la dette des rachats à effet de levier.
"Quand on regarde les fondamentaux de ces entreprises, explique un analyste, on ne peut pas sérieusement prétendre qu’il n’y a pas de risque de crédit."
De fait, on n’a jamais vu autant de mauvaise dette… Selon le cabinet Fitch Ratings, 26,5% de la dette nouvellement émise sur le marché est à classer "CCC" — c’est-à-dire à haut risque, au niveau des junk bonds… Une proportion qui n’était encore que de 15% l’année dernière.
Les traders demandent trois points de prime supplémentaires pour détenir des junk bunds plutôt que la dette du gouvernement, comparé à un plus bas record de 2,41 points le 5 juin, selon les données de Merrill Lynch & Co. C’est l’augmentation la plus rapide depuis avril 2005, juste avant que General Motor Corp. et Ford Motor Corp. ne perdent leur notation.
Pendant ce temps, jeudi, la Bank of England montait ses taux d’intérêt les plus importants de 25 points de base, à 5,75%. C’est la cinquième fois cette année. La BCE ne bouge pas ce mois-ci, mais laisse à penser qu’elle pourrait bien s’orienter vers une hausse des taux dans un avenir proche. Ailleurs, les banques vont certainement augmenter leurs taux elles aussi. Gardez un œil sur les Chinois… ils pourraient eux aussi décider d’effectuer quelques resserrements.
Se pourrait-il que d’autres explosions, encore plus impressionnantes, nous attendent ? Et risqueraient-elles de provoquer une ruée vers les portes de sortie ? Anthony Bolton, le plus brillant gestionnaire de fonds de Grande Bretagne, s’en inquiète ; tout comme la Bank of International Settlements ; ainsi que les banques centrales de Madrid, Londres, et Dieu sait où. Mais si les pros arrêtent de prêter si facilement, cela ne risque-t-il pas de déclencher une faille dans le crédit… et un krach ? Eh bien, oui… maintenant que vous en parlez.
5) Le grand rouage des dettes immobilières continue inexorablement de broyer les Américains des classes moyennes et pauvres. Le LA Times: "La lente augmentation des embauches et la baisses des prix des maisons causent des problèmes financiers à beaucoup d’Américains qui se perdent dans des dettes de consommation, ainsi que dans des prêts immobiliers à risque, au taux le plus haut depuis 2001, a dit mardi la American Bankers Association."
"Les conseillers en crédit disent que les consommateurs paient le prix d’une attitude imprudente envers les dettes, attitude encouragée par des années de crédit facile, particulièrement sur le marché du prêt immobilier"
** "Nous avons créé un monstre !" Affirme Todd Emerson, président de Springbord, une organisation à but non lucratif de gestion de crédits à la consommation, située à Riverside.
Regardez : les entreprises chinoises dépendent des consommateurs américains… qui dépendent des dépenses de consommation aux Etats-Unis… qui dépendent des prêts… qui dépendent d’un marché secondaire de couvertures d’hypothèques… qui dépendent de l’augmentation du prix des maisons ! Mais le prix des maisons n’augmente pas, il chute.
Le prix des maisons pourrait-il encore baisser ? Une baisse de ces prix pourrait-elle stopper la consommation excessive des gens ? C’est possible. La vente voitures aux Etats-Unis a baissé de 3,4% en juin par rapport à l’année dernière, à un taux saisonnier de 15,6 millions de pièces, selon Paul Kasriel de Northern Trust. Un certain nombre de vendeurs a revu ses conseils de vente à la baisse pour faire face aux restrictions budgétaires des consommateurs.
Se pourrait-il qu’un jour les restrictions de consommation attaquent les marchés financiers tout comme les bombardiers japonais ont fondu sur Pearl Harbor ? Vous le savez aussi bien que nous cher lecteur.
Y aura-t-il un krach à Wall Street aujourd’hui ? Probablement pas. Mais gardons quand même un œil dessus.
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Une forme d’investissement parfaitement adaptée aux conditions actuelles
Hausse insensée, records sur records — mais aussi volatilité, incertitudes et manque de visibilité : des conditions IDEALES pour la stratégie mise en place par Sylvain Mathon… et qui lui a déjà permis d’engranger 155% de gains en… 73 jours seulement !
N’attendez pas pour en faire profiter votre portefeuille : tout est expliqué ici…
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*** La Chronique Agora présente ***
La facilité, c’est terminé, pour les mines d’or d’Afrique du Sud, déclarent Isabelle Turner et Erin Hamilton. Les coûts grimpent, et il faut creuser toujours plus profond…
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LA FIN DE L’OR FACILE EN AFRIQUE DU SUD — 1ère PARTIE
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Par Isabelle Turner et Erin Hamilton
S’enterrer dans le trou le plus profond jamais creusé par la main de l’homme, c’est assez radical. Pas même un mineur sud-africain à court de terrain ne débourserait ses rands s’il n’était pas certain que ce qui se trouve au-dessous va grimper vers le haut !
Entrer au Guiness Book des Records, sur cette base, est trop cher — à moins que les résultats ne soient payants. Il faut donc prendre pour un signal positif assez fort le fait que Golf Fields, le quatrième plus grand producteur aurifère de la planète, et Anglo Gold Ashanti, le troisième, investissent leur argent pour aller 4 km sous terre.
Le (triste) fait est que, pour l’Afrique du Sud — mais pas seulement — les pépites d’or les plus faciles ont été extraites depuis longtemps. Cela s’applique à tous les métaux, sur la planète entière. Ce n’est pas surprenant pour l’Afrique du Sud, où l’on extrait apparemment le métal jaune depuis le début de notre ère.
A présent, il faut lutter — la qualité de l’or provenant des mines existantes décline, les salaires augmentent tout comme les coûts sociaux, les prix des équipements grimpent en flèche, les professionnels compétents sont rares… mais la production et les revenus chutent. Les minières sud-africaines doivent travailler très dur pour gagner leur pain (et celui de leurs actionnaires).
Elles ont en effet des problèmes spécifiques, qui n’apparaissent généralement pas en première page des journaux miniers ! Les coûts des mines, en Afrique du Sud, sont déjà les plus élevés au monde — et cela ne s’effacera pas d’un coup de baguette magique. L’industrie aurifère s’est peut-être enrichie grâce à la main-d’œuvre bon marché du pays, mais il y a un revers à la médaille. Il y a quelques semaines, l’Union sud-africaine des travailleurs miniers demandait une augmentation de 15% pour ses membres. Et lorsqu’on creuse plus profond, les coûts des assurances médicales augmentent aussi.
Autre facteur concernant la main d’œuvre, et qui n’apparaît rarement dans les rapports des mines : le défi que représente le SIDA. La maladie est devenue endémique parmi les travailleurs sud-africains et immigrés. Les primes d’assurance-maladie et les couvertures sociales sont donc plus élevées que partout ailleurs.
Et puis il y a les problèmes techniques associés à une mine à 4 km de profondeur — parmi lesquels les moyens de garder les choses à une température vivable pour que les travailleurs puissent opérer efficacement — sans parler de la conception des systèmes de charriage.
4 km sous la surface terrestre, la température de la roche atteint pas moins de 56°C. Si les projets de descendre à 5 km se matérialisent un jour, la température augmentera de 14 degrés supplémentaires ! C’est plutôt très très chaud. Les sociétés minières devront regarder de près les technologies de refroidissement. Et tout cela consommera sans aucun doute pas mal d’électricité. La facture d’électricité annuelle de Driefontein atteint déjà 35 millions de dollars, et représente 12% des coûts.
Il faut également parler du "temps de voyage" : pour atteindre le fond de la mine Tautona, il faut actuellement environ une heure et demi. Cela devrait augmenter de deux heures lorsque la mine sera prolongée, ce qui signifie que sur un temps de travail de neuf heures, seul 4,5 à cinq heures seront travaillées, déclare AngloGold Ashanti. Un autre coût de main-d’œuvre indirect.
Les mines réfléchissent à de nouvelles technologies, comme l’utilisation de systèmes à moteur linéaire. Grâce à ces systèmes, il n’est plus nécessaire d’utiliser des cordes. Malheureusement, on en est encore au stade de la recherche.
Bref, les finances sont serrées, pour le secteur aurifère sud-africain, à cause des facteurs énumérés ci-dessus. En plus, l’extraction minière elle-même devient difficile. Selon le groupe de recherche sud-africain GFMS, les marges bénéficiaires en devises locales pour les quatre grandes régions aurifères sont : "58% des coûts directs pour l’Afrique du Sud, 85% pour l’Australie, 87% pour le Canada et 69% pour les Etats-Unis. Les augmentations des marges en comparaison avec celles enregistrées en 2005, étaient de 190%, 73%, 41% et 49% respectivement". Le dernier chiffre global (2005) concernant les coûts miniers pour la production d’une once d’or est de 317 $.
A présent, ils grimpent… sans compter le fait que les mines en profondeur coûtent plus cher, comme nous le verrons dès demain.
Meilleures salutations,
Isabelle Turner et Erin Hamilton
Pour la Chronique Agora
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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