Urgence énergétique

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 24 avril 2007
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*** Fakirs financiers et marchés en lévitation
La principale surprise, c’est qu’il n’y a pas eu de surprise…

*** Le monde devient vert
Tant de dollars, et pourtant, la richesse réelle augmente si peu…

*** Urgence énergétique
James Howard Kunstler nous dépeint aujourd’hui l’avènement du Peak Oil dans une analyse raffinée…

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Bonjour,

*** FAKIRS FINANCIERS ET MARCHES EN LEVITATION

** La principale surprise de ce premier tour des présidentielles, c’est qu’il n’y a eu aucune surprise !

Les bookmakers britanniques ont peut-être frissonné fin mars, lorsque la montée du "troisième homme" dans les sondages était venu remettre en cause la certitude d’un duel classique droite/gauche. Un scénario que les médias privilégiaient depuis deux ans — à tel point qu’ils ont agi de sorte que le moins de publicité soit consacrée à la matérialisation d’un scénario alternatif potentiellement moins vendeur.

Un second échec de la gauche traditionnelle — même si les valeurs républicaines n’étaient cette fois-ci menacées en aucune manière — aurait constitué un tournant historique porteur de beaucoup d’incertitudes. Cela aurait également mis encore plus en doute la capacité de la sphère médiatique parisienne à conditionner l’opinion, après l’échec cuisant du référendum sur la Constitution européenne deux ans auparavant.

** La flambée de hausse survenue à Paris vendredi dernier ne fut en rien provoquée par des fuites créditant l’un des candidats — ayant la faveur des grands investisseurs français et étrangers — d’un score supérieur à celui découlant des derniers sondages. La consolidation de 0,36% survenue hier ne résultait pas davantage du constat que les scores obtenus dimanche, même très satisfaisants, ne garantissaient en rien une victoire au second tour.

Le coup de chapeau espéré à l’ouverture fut des plus discrets ; CAC 40 a néanmoins battu, pour le symbole, un nouveau record annuel à l’occasion du fixing d’ouverture, à 5 958,5 points — soit à peine un point de mieux que le zénith inscrit vendredi à 5 957,8 points.

La consolidation du marché parisien apparaît bien davantage comme le contrecoup d’une fantastique spirale ascendante, couronnée par une cinquième semaine de hausse consécutive — pour un gain cumulé de 2,6%, malgré trois séances de consolidation sans intensité.

Mais ce qui nous semble le plus époustouflant, c’est le score hors norme réalisé par le contrat sur indice CAC 40 échéance avril (qui expirait à 16h00 vendredi) : +11% depuis le 16 mars dernier… un véritable record, hors période post-krach boursier.

Mais l’autre record, peut être plus significatif d’un strict point de vue technique, c’est le volume de capitaux échangés, qui s’est établi à 11,15 milliards d’euros, dont deux milliards rien que pour le titre Société Générale. La CAC 40 a tout simplement enregistré sa journée de hausse la plus active de son histoire — les précédents records d’activité à près de 12 milliards d’euros ayant été inscrits fin février/début mars, à l’occasion du trou d’air indiciel suscité par l’irruption de la crise du subprime sur fond d’éclatement de la bulle boursière à Shanghai.

Prétendre que le climat boursier a radicalement changé en l’espace de quatre semaines relève d’un doux euphémisme. Jamais les marchés — et Wall Street en particulier — n’avaient affiché un niveau de confiance aussi élevé, sur une période aussi longue.

** Le Dow Jones vient d’inscrire ce lundi 23 avril un quatrième zénith historique en l’espace de cinq séances, à 12 983 points. Il aligne ainsi une 16ème séance de hausse sur une série de 17 : une performance absolument sans précédent, puisque l’indice avait aligné 16 séances de hausse sur 18 — dont une inchangée — en novembre 1996.

Les investisseurs américains pourraient très bien faire l’impasse sur le petit faux pas (-0,25%) des places européennes à l’occasion de cette première séance inaugurale des contrats sur indices du millésime mai. En effet, les marchés chinois ont démarré la semaine sur les chapeaux de roues, avec un gain de 3,5% de l’indice SSE de Shanghai, qui s’ajoutait aux 3,9% de la séance de vendredi.

Voilà qui achevait d’effacer les stigmates de la chute de 4,5% sur la divulgation, jeudi dernier, d’un rythme de croissance économique (+11%) jugé insoutenable en Chine.

Mais le vent d’euphorie actuel — qui prend des allures de bourrasque — n’hypothèque-t-il pas l’avenir ? De telles performances sont-elles soutenables alors que les prix immobiliers, quoi qu’en disent les thuriféraires du Goldilocks, paupérisent inexorablement les épargnants américains et figent le marché du travail ?

Et que deviendra la bulle boursière à Shanghai si les consommateurs américains (principaux clients de la méga-usine chinoise) voyaient leur pouvoir d’achat bientôt écorné par la remontée du prix du baril au-delà des 64,5 $ et réduisaient — parce que contraints et forcés — un train de vie auquel toutes les autres démocraties occidentales ont délibérément renoncé depuis 10 ans ?

Pour reprendre une expression qui nous a beaucoup amusée, glanée en fin de soirée au cours d’un des débats télévisés organisés dimanche soir, il faudrait que Ben Bernanke et Hu Jintao soient de véritables "fakirs" pour maintenir les marchés — et le système financier planétaire — en lévitation.

Oui, il faudrait un prodige pour que l’abus de crédit des Etats-Unis et le recours massif et systématique au carry trade par les fonds d’investissement spéculatifs opérant à Londres et à Wall Street — mais aussi en Chine et en Amérique du Sud — ne débouchent pas sur un cataclysme financier.

** La qualificatif de fakir fut adressé à l’un de ses contradicteurs socialistes par Bernard Tapie, qui mettait en doute la capacité des stratèges du PS à rassembler les supporters d’Arlette Laguiller ou d’Olivier Besancenot en même temps que ceux de François Bayrou (et accessoirement Bernard Kouchner, qui était alors assis à sa droite).

Ce fut un grand moment de télé : l’ex-ministre de la ville — très élogieux sur la qualité du champagne servi aux cadres de l’UMP réunis salle Gaveau — était particulièrement en verve. Nous lui accorderions volontiers de l’espace dans nos colonnes s’il souhaitait nous confier avec son langage fleuri sa vision de l’ultra-libéralisme américain — shooté à l’hyper-consommation et au gaspillage des ressources. Vision qui fait l’admiration de nombreux supporters de son nouveau champion, désormais en tête des sondages ; c’est son parrain en politique, François Mitterrand, qui doit se retourner dans sa tombe !

Philippe Béchade,
Paris

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La baisse des marchés est-elle le seul danger menaçant votre patrimoine ?

Pour en savoir plus — et découvrir comment réagir aux principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LE MONDE DEVIENT VERT

** L’argent… l’argent… l’argent…

* Nous savons que nous vivons dans un monde de riches, mais riches à quel point ?

* En d’autres termes, qu’est-il arrivé au monde de l’argent depuis que nous sommes parti ?

* Eh bien, d’un côté, le Dow a grimpé, grimpé, grimpé… Nous espérons simplement que quelqu’un tient le fil, sans quoi ce ballon pourrait s’envoler… ou éclater ! Pour l’instant, nous ne sommes sûr de rien.

* La dernière fois que nous avons regardé, le Dow frôlait les 13 000. Les métaux flambent eux aussi, de nombreux métaux de base atteignant de nouveaux records, tandis que l’or est de retour à près de 700 $.

* Mais d’un autre côté, un gestionnaire de fonds venu en Amérique du Sud pour dénicher de bonnes affaires (et que, par une drôle de coïncidence, nous connaissions de Londres) chantait une autre chanson :

* "Des bonnes affaires ? Ha ! Il n’y en a pas. Il y a tant d’argent dans les fonds que les gestionnaires doivent prendre ce qu’ils peuvent obtenir. Les investisseurs ne semblent pas s’en soucier. Ils versent de l’argent plus rapidement que les gestionnaires ne peuvent le mettre au travail. Et bien entendu, ils ne veulent investir qu’APRES que le fonds a gagné beaucoup d’argent. Tout ça est absurde".

* "Je voyage partout dans le monde. Quand je prospectais, en 2003, on trouvait plein de bons investissements. Mais à l’époque, j’avais du mal à trouver des investisseurs prêts à mettre de l’argent. A présent, les placements que j’avais ciblés sont en hausse de 100%, 200% et plus… et les investisseurs nous donnent toujours plus d’argent que nous pouvons en gérer. Le seul problème, c’est que nous ne pouvons plus trouver des investissements qui soient de bonnes affaires".

* Les fonds de couverture ont absorbé plus de 60 milliards de dollars de nouvel argent au premier trimestre. Le International Herald Tribune rapporte que cela ne fait pas que rendre les gestionnaires de hedge funds riches : avec tout le travail juridique nécessaire aux fonds de couverture, les avocats font eux aussi fortune.

** Quelle économie délicieuse et dégénérée ! Selon l’AP, trois millions d’emplois industriels ont été perdus aux Etats-Unis depuis que George W. Bush est entré à la Maison-Blanche, mais qui se soucie encore de fabriquer des choses ? Qui se soucie de créer les éléments qui rendent les gens réellement plus riches ? L’argent, on ne le trouve pas dans la fabrication… mais dans le brassage de papier. Tout le monde s’enrichit — en fournissant des services financiers à tout le monde, comme des gens isolés sur une île déserte et gagnant leur vie en lavant mutuellement leur linge. Voyons voir, nous vous prêterons de l’argent pour acheter une maison. Ensuite, vous refinancez votre domicile avec nos amis et concurrents… vous placez l’argent dans une société de private equity<… qui l’utilise pour racheter une société… payer les actionnaires… lesquels prennent leur butin et le mettent dans un hedge fund qui achète les actions de cette même société lorsqu’elle est réintroduite en bourse ! Pfiouh !

* Que faut-il pour que cette grande machine à argent continue de tourner ?

* Plus de crédit (ou de liquidités)… et une incroyable dose de naïveté — pour ne pas dire sottise.

** Dans le monde entier, la masse monétaire s’accroît — 10% par an aux USA, 10% en Europe, 14% en Asie. Les fonds de couverture, les fonds d’investissement, les fonds de private equity, les banques d’investissement — les billets verts sont partout… et partout, ils courent après d’autres billets verts. Le monde est devenu vert.

* Et en face de cette spectaculaire augmentation de la masse monétaire et du crédit, on trouve une augmentation relativement modeste de la véritable richesse — si augmentation il y a. Nous n’en savons rien, parce que notre jauge vacille. Nous vivons dans une ère de devises "gérées". Nous mesurons notre richesse… et nos profits… avec des devises gérées. Et nous partons du principe que les gestionnaires savent ce qu’ils font.

* Lorsque cette confiance disparaîtra, il en ira de même pour la valeur de nos devises… et pour une bonne partie de notre richesse.

* Dans l’euphorie générale concernant la hausse des cours, la chute du dollar passe quasi-inaperçue. Au cours des deux semaines que nous avons passées en Amérique du Sud, le dollar a perdu environ 2% de sa valeur par rapport à l’euro. Par rapport à l’or, il a perdu 3%. Si l’on se base sur l’or ou l’euro, les Américains — même s’ils ont placé tout leur argent dans le Dow — se sont appauvris pendant notre absence.

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Assez d’attendre les profits ?

Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…

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*** La Chronique Agora présente ***

Les prix du pétrole ont terminé à peu près aux niveaux qu’ils occupaient l’an dernier — rassurant les consommateurs sur le fait que le débat autour du Peak Oil est négligeable. James Howard Kunstler, cependant, souligne que des tendances inquiétantes ont contribué à ralentir les prix du pétrole. Continuez votre lecture…

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URGENCE ENERGETIQUE
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Par James Howard Kunstler (*)

Le pétrole a terminé l’année 2006 à peu près au même niveau où il l’avait commencée, un peu au-dessus de 60 $ le baril. Cela a rassuré le public sur le fait que les débats entourant le phénomène du Peak Oil n’étaient que des racontars hystériques provenant de quelques marginaux détraqués. Cette impression a été renforcée par la publication, à l’automne dernier, d’un rapport par la CERA (Cambridge Energy Research Associates) — un document tragiquement mensonger, publié par un géant des relations publiques représentant le secteur pétrolier — visant à éliminer les impôts pesant sur des profits record, et autres manœuvres législatives que pourrait exiger une véritable urgence dans le secteur des matières premières.

Mais au-delà de ce débat, à l’arrière-plan, une autre tendance inquiétante peut justifier le ralentissement des prix du pétrole en 2006 — une tendance complètement ignorée du public et dédaignée par les médias : sur le marché des futures sur le pétrole, les prix se sont lissés parce que les pays du Tiers-Monde ont, dans les faits, arrêté d’intervenir. Ils ne peuvent pas se le permettre à 60 $ le baril.

Le Tiers-Monde est entré dans une ère de destitution énergétique, qui se manifeste par divers symptômes : guerres locales pour les ressources naturelles, génocides, espérance de vie en baisse, et, dans de nombreux pays, effondrement quasi-total de l’ordre sociopolitique. Les Occidentaux moyens sont complètement ignorants de ce terrible processus, mais c’est peut-être la raison majeure pour laquelle nous ne subissons pas actuellement un pétrole à 100 $ le baril (ou plus — avec, par conséquent, un effondrement de notre propre ordre sociopolitique et économique).

La tendance majeure dans le paysage pétrolier, ces 12 derniers mois, a été l’incapacité apparente de la planète à faire grimper la production totale au-dessus des 85 millions de barils par jour — alors que la demande dépasse ce seuil. Il est difficile de savoir clairement dans quelles proportions cette demande sera détruite par le Tiers-Monde avant que les enchères n’aillent en s’intensifiant entre les pays développés.

Un commentateur en particulier, le géologue Jeffrey Brown, de Dallas — qui contribue régulièrement au meilleur site au monde sur le débat pétrolier, TheOilDrum.com — avance l’idée selon laquelle nous entrons dans une crise des exportations qui présage d’une urgence pétrolière mondiale permanente et générale. Selon Brown, les grands pays exportateurs de pétrole utilisent une telle quantité de leur propre produit, à cause de la hausse de la démographie, que leurs exportations nettes chutent à un taux alarmant, qui pourrait aller jusqu’à 9% annuellement. Cette tendance s’associe à des taux d’épuisement des réserves mondiales que l’on estime à 3% environ par an.

La question des réserves pétrolières totales dans le monde entier reste plutôt floue, mais Brown, Kenneth Deffeyes (de Princeton) et d’autres chercheurs utilisant un modèle mathématique clair, ont découvert que le monde en est à peu près, en termes de production, au niveau où se trouvaient les Etats-Unis en 1970, lorsqu’ils ont dépassé leur sommet pétrolier historique. Nous savons à coup sûr que trois des quatre champs pétroliers super-géants (Daqing, en Chine ; Cantarell, au Mexique ; Burgan, au Koweït) sont en trajectoire descendante, et les preuves s’accumulent sur le fait que le champ de Ghawar, en Arabie Saoudite, n’a pas seulement dépassé son sommet — mais qu’il est peut-être en train de "s’effondrer", dévalant une pente ultra-glissante.

La suite à demain,

Meilleures salutations,

James Howard Kunstler
Pour la Chronique Agora

(*) James Kunstler a travaillé en tant que reporter et rédacteur pour plusieurs journaux, avant d’intégrer la rédaction du magazine Rolling Stone. En 1975, il a arrêté, afin de se consacrer à l’écriture de livres. Son dernier essai en date, The Long Emergency ["Une urgence de long terme", ndlr.] décrit les changements auxquels sont confrontés les Etats-Unis au 21ème siècle.

[NDLR : Pour tout savoir sur l'épuisement du Ghawar... le Peak Oil... les menaces que cela fait peser sur votre mode de vie... et les opportunités exceptionnelles que l'épuisement des réserves pétrolières de la planète présente pour l'investisseurs averti -- continuez votre lecture...]

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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