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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 8 septembre 2006
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*** Pseudo rally d’été
… et stocks fantômes dans les caves de Fort Knox
*** Un peu plus au nord
Les voisins des Etats-Unis font parler d’eux…
*** Une semaine à la ferme (2)
Notre Banquier Central semble plutôt bien intégré dans la Ferme des Economistes… mais les choses semblent tourner à l’aigre entre les participants. Les matières premières seraient-elles en cause ?
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Bonjour,
*** PSEUDO RALLY D’ETE…
** Les places boursières subissent depuis lundi un épisode de correction assez brutal, qui court-circuite les anticipations positives d’une majorité d’analystes techniques. Ces derniers, pleins de confiance, étaient redevenus très enthousiastes à la mi-août, lorsque le CAC 40 déborda enfin la résistance des 5 050 points, ce qui validait une configuration haussière en "tête-épaules inversée" et semblait contenir la promesse d’un retracement des sommets annuels établis vers 5 330 points à la mi-mai.
Le marché parisien s’était ainsi affranchi d’un gros obstacle… et les chartistes n’en détectaient guère de sérieux sur le chemin du retour vers les 5 300 points — sauf une hypothétique résistance oblique moyen terme qui coiffait l’indice CAC 40 entre 5 190 et 5 200 points début septembre. Une clôture inscrite à 5 203 points lundi pouvait préfigurer une hausse de 2,5% supplémentaires, mais l’absence des investisseurs américains invitait à faire preuve de circonspection.
L’ambiance s’était nettement refroidie en Europe dès mardi, malgré un comportement plus qu’honorable de Wall Street, en progression sensible après un pont de trois jours pour cause de Labor Day. Certains opérateurs manifestaient des premiers signes de nervosité à la veille de la publication d’une batterie de statistiques américaines — abondamment commentées la veille — qui ont restauré la crainte de voir la Fed resserrer une nouvelle fois sa politique monétaire en portant le loyer de l’argent à 5,5% dès le début de l’automne.
Des angoisses que la baisse de 9 000 inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage (à 310 000 sur la semaine du 28 août au 2 septembre) ou la hausse de 0,8% des stocks des entreprises n’a pas contribué à diminuer. Faute de nouvelles indications macro-économiques clairement non-inflationnistes, les dégagements de précaution se sont poursuivis à un rythme soutenu mercredi, de telle sorte que Londres ou Paris perdaient 1,10%.
La City s’apprête de son côté à perdre son Premier ministre préféré, Tony Blair, dont la démission est prévue d’ici juillet 2007. L’arrivée aux affaires de Gordon Brown, ex-Chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances, en d’autres termes) serait cependant de nature à les rassurer : n’est-il pas l’homme qui a vendu 60% des réserves d’or — soit 400 tonnes — du Trésor britannique entre 1999 et 2002 pour 3,5 milliards de dollars… alors que ce même stock trouverait facilement preneur aujourd’hui pour 8 milliards de dollars — soit un véritable "prix d’ami" ?
Voilà qui nous amènera à vous reparler des ventes à terme des banques centrales en seconde partie de Chronique… mais hier, l’actualité la plus immédiate concernait la remontée du dollar face à l’euro ou au yen (+0,7%) sur des anticipations de hausse de la rémunération du billet vert — une perspective qui tétanise Wall Street et l’ensemble des places européennes depuis quelques jours.
** Oui, trois séances qui effacent à elles seules pratiquement quatre semaines de hausse (entre le 11 août et le 4 septembre) du CAC 40 ou de l’Eurotop 100. Cela invite à relativiser l’ampleur du "rally d’été" évoqué parfois de manière un peu complaisante par les gérants de portefeuilles et les stratèges de banques les plus optimistes, vers lesquels les journalistes tendent le plus volontiers leurs micros.
Et parlons-en, de ce "rally d’été", avant d’aborder un sujet plus sérieux (les prêts ou les ventes de stocks d’or de la Fed et de certaines banques occidentales dans son sillage) : nous constations jeudi après-midi que le CAC 40 était revenu à moins de 1% de ses niveaux du 30 juin dernier ; la clôture intervenue à 5 060 points est équivalente à celle du 26 mai dernier.
Autrement, le superbe été boursier que de beaux esprits nous vantent se limite au mieux à une hausse de 4% entre le 1er juillet et le 1er septembre… tandis que les gains résiduels après trois jours de consolidation payent à peine les frais d’un aller/retour sur un panier de valeurs du CAC 40.
A la vérité, nous n’avons jamais cru à l’envolée estivale des marchés financiers — et nous n’en avions pas fait mystère. En excluant toutes les raisons fondamentales que vous, fidèle lecteur, connaissez sur le bout des doigts depuis mai dernier, nous en avions identifié une de nature plus technique mais probablement décisive : la contraction de l’activité depuis près de six semaines (les courbes de volumes sont sans appel), alors que la tendance se voulait résolument favorable pour les investisseurs en actions.
Plus trivialement, les opérateurs ont coutume de qualifier ce genre de hausse de "fausse piste" ou d’indices "gonflés à l’hélium"… et ceux qui s’enthousiasment pour ce genre de phénomène ne manquent pas d’air !
** Mais les plus gonflés, ce sont à notre avis les banquiers centraux, qui procèdent depuis une décennie au bradage de leurs stocks de métal précieux — soit par le biais des marchés à terme sous forme de prêts dont on ne sait au juste s’ils seront remboursés un jour, soit par le biais de vente d’or physique par lots de centaines de tonnes.
Nous gardons en mémoire celle opérée par la Reserve Bank of Australia (RBA), qui liquida d’un seul coup les deux tiers (soit 166 tonnes) des réserves australiennes fin 1997, entre 300 et 350 $ l’once. Cela fit chuter les cours pratiquement au plus bas depuis 30 ans… mais la RBA n’était pas la seule à avoir eu cet éclair de génie : les gérants du fonds spéculatif LTCM faisait partie des vendeurs les plus agressifs, convaincus que la "relique barbare" n’avait plus aucune raison de figurer dans les réserves des banques centrales, tant il y avait d’argent à gagner en multipliant les arbitrages entres les devises !
Tout le monde se souvient que la soudaine remontée du yen fit capoter LTCM, qui pratiquait l’arbitrage yen contre dollar à une échelle stratosphérique, et faillit précipiter la finance mondiale dans une crise systémique qui aurait ravalé le krach de 1929 au rang de simple pénurie passagère de liquidités.
A l’époque, nombre de théoriciens considérèrent que l’arrimage du dollar au métal précieux avait empêché de fournir aux marchés les moyens d’"irriguer" correctement le système bancaire, en permettant aux établissements de crédit d’offrir des prêts de dernier recours à leurs clients au bord de la faillite.
La leçon avait été bien retenue… et la Fed n’aura de cesse de vendre par petits bouts une partie de son stock d’or (21 700 tonnes au lendemain de la Seconde guerre mondiale), de telle sorte qu’elle n’en détient plus désormais que 8 000 tonnes. L’Allemagne en revendique encore 3 500 tonnes, soit autant que la France, l’Italie 2 000, la Suisse 1 200, le Japon 750 tonnes, la Chine populaire 660 , Taiwan 450, la Russie 400 tonnes, l’Inde 350 tonnes et l’Angleterre à peine 300, grâce aux bons soins de Gordon Brown.
Mais les banques centrales occidentales ne se contentent pas de raboter au fil des ans leurs piles de barres de 12 kg et leurs lingots à 998% d’indice de pureté. Elles le prêtent — contre une rémunération dérisoire — à des banques privées, qui les re-prêtent à leur tour à des spéculateurs, parfois aussi aventureux et mal inspirés que LTCM.
La principale différence entre des ventes "sèches" et des ventes "à réméré", c’est que les premières permettent à l’industrie de la bijouterie (qui absorbe chaque 75% de la production mondiale) de fonctionner… tandis que les secondes permettent aux plus rusés des spéculateurs de se les offrir.
Mais nous soupçonnons que dans un cas comme dans l’autre, cet or ne réintègrera pas les coffres de Fort Knox : nombre d’emprunteurs sont aujourd’hui incapables de faire face à leurs obligations de remboursement avec une once qui oscille entre 600 $ et 650 $ l’once. Même à 500 $, ils ne le pourraient pas davantage car la plupart des "spécialistes" étaient convaincus — banques centrales en tête — que l’or ne refranchirait pas la barre des 450 $ de sitôt.
Si le dollar devait s’enfoncer sous les 1,45/euro et les 100 yens — soit une baisse supplémentaire de 10%, ce qui n’est rien à l’échelle des déficits américains et de l’impact de l’éclatement de la bulle immobilière sur la solvabilité des ménages US –, nous prévoyons une véritable panique à la hausse sur le secteur aurifère (valeurs minières et or physique) avec un objectif "rond" de 1 000 $ l’once.
Et au passage… si les mines d’or cotées à Paris ont parfois perdu plus de 5% alors que le dollar n’en regagnait que 0,7%, le métal précieux, lui, se maintient au-dessus des 620 $…
Philippe Béchade,
Paris
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*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Notre Banquier Central ne rate jamais une occasion de faire le malin…
… mais il faut dire qu’il a de quoi !
Il a en effet enregistré pas moins de 429,45% de gains cumulés sur les six premiers mois de l’année — alors même que le CAC 40 connaissait sa chute la plus sévère depuis le krach des technologiques !
Pour tout savoir sur ces conseils vraiment pas comme les autres, continuez votre lecture…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** UN PEU PLUS AU NORD
** "Quelle économie occidentale peut se vanter d’avoir à la fois un excédent budgétaire et un surplus de sa balance courante ?" demande Fred Jones, de Jutland Capital Management. "Ou encore… quel pays possède les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole au monde ?"
* La réponse à ces deux questions est la même : c’est le pays se trouvant au nord du 48ème parallèle.
* Comment le Canada a-t-il fait pour se retrouver avec de si vastes quantités des dons de Mère Nature — nous n’en savons rien. Non seulement les réserves pétrolières du Canada viennent juste après celles d’Arabie Saoudite, mais le pays possède aussi ce dont manquent l’Arabie Saoudite et la Californie : de l’eau, ainsi que d’immenses réserves d’autres ressources naturelles.
* Si vous pensez, comme nous, que les deux ou trois prochaines décennies risquent d’être plutôt généreuses pour les matières premières mais dures avec les actifs papiers — rien que cela vaut la peine de jeter un coup d’œil à ce que le Canada a à offrir.
* Mais ce ne sont pas uniquement les travaux de la nature qui nous intéressent ; nous aimons aussi le fait que l’homme a lui aussi joué un rôle. Et nous aimons particulièrement un trait de caractère canadien : résister à la tentation, alors que d’autres y ont succombé avec allégresse.
* Revenons quelques années en arrière. L’administration Reagan, confrontée à l’éternel dilemme — augmenter les impôts ou réduire les dépenses ? –, a décidé de ne faire ni l’un ni l’autre. Au lieu de cela, elle a réduit les impôts et emprunté — se donnant, à elle et à ses citoyens, plus d’argent à dépenser. La fièvre dépensière qui atteint actuellement son zénith aux Etats-Unis remonte à ces années-là, entre autres choses. Ce qu’elle a provoqué nous coupe le souffle jour après jour. L’économie américaine n’a pas de rival, en termes de dépenses et de dettes. Elle est numero uno.
** Mais où en est l’économie canadienne ?
* "Lorsqu’on examine ce qui s’est produit quand le Canada s’est trouvé confronté à une telle situation au milieu des années 80", écrit Jones, "nous voyons que le gouvernement a fait des choix très difficiles et impopulaires. Dès le milieu des années 80, le gouvernement canadien a résisté à la tentation — politiquement très commode — de réduire les impôts. En fait, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney a introduit une nouvelle taxe fédérale, la GST (taxe sur les biens et les services). Il s’agissait d’un impôt basé sur la consommation, inspiré d’un modèle similaire en Nouvelle-Zélande".
* C’est ainsi que les Canadiens ont serré la vis tant de leur gouvernement que de leurs citoyens. Ni l’un ni les autres n’avaient beaucoup de marge de manœuvre ; personne n’a eu d’accident.
* "De tous les pays du G7", note Harold Chorney, "seul le Canada reste obsédé par l’équilibre de son budget et le fait d’éviter les déficits".
* Les lecteurs possédant des dollars américains pourraient envisager de les remplacer par ceux de la marque canadienne. Les deux monnaies sont émises par des pays anglophones situés en Amérique du Nord. Toutes deux sont faites de papier. Mais l’une provient du plus grand débiteur au monde — qui dépend désespérément des importations d’énergie et de capitaux. L’autre provient d’un pays qui exporte ces deux éléments. La première n’a pas assez d’énergie et de capitaux. La seconde en a tant qu’elle peut partager avec les autres — en particulier son gigantesque voisin du sud.
* Nous aurions tendance à supposer que le partage va continuer, mais que les termes vont changer. Le Canada voudra probablement plus de dollars en l’échange de ses exportations. Le dollar canadien va sans doute grimper.
* Non seulement le Canada a le vent des grandes tendances économiques en poupe, mais il semble avoir également le bon sens d’orienter ses voiles. Tandis que la dette fédérale américaine file comme si le navire-amiral avait perdu à la fois le cap, la tête et son capitaine, la dette fédérale canadienne est en fait en déclin — et au moins une province, l’Alberta, a remboursé toute sa dette provinciale.
* Oui, tous les pays occidentaux vont probablement perdre du terrain par rapport à de nouveaux concurrents venus de l’est. Mais certains en perdront plus que d’autres. Le Canada, grâce à l’homme et à la nature, pourrait s’en sortir mieux que la plupart.
* Achetez le Canada.
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Un principe d’investissement si simplissime…
… que vous l’avez probablement OUBLIE !
Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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*** La Chronique Agora présente ***
Notre Banquier Central semble plutôt bien intégré dans la Ferme des Economistes… mais les choses semblent tourner à l’aigre entre les participants. Les matières premières seraient-elles en cause ?
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Le Journal d’un Banquier Central
UNE SEMAINE A LA FERME, 2ème PARTIE
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Par le Banquier Central (*)
Mercredi
La bouillie de gruau avalée, nous passons la matinée à récolter du maïs transgénique. C’est le nec plus ultra en matière de rendement : l’épi est gigantesque et le fabricant, jaloux de son brevet, lui a aussi conféré une belle teinte rose, aisément identifiable dans les champs. Pour se donner du coeur à l’ouvrage, un gang de keynésiens entonne le tube Argent, trop cher, du regretté groupe Téléphone. Des fidèles de Milton Friedman tentent de les faire taire en hurlant Ma liberté de penser — poignante protest song fiscale de Florent Pagny, notre Villon patagonique. Les choses, s’enveniment : le maïs rose ne tarde pas à voler.
… L’après-midi, nous tondons Tonton le mouton, Tonton le mouton et Tonton le mouton. En fait, nous tondons l’ensemble des moutons de la Ferme des Economistes — il y en a 69 –, baptisés tous "Tonton" par la production. Après quoi nous cardons et filons la laine, avant de tricoter des bonnets.
… Cela finit mal. Un consultant en stratégie, diplômé du Kaizen Institute, décide de réviser la chaîne de production de fond en comble, et s’obstine à vouloir identifier un hypothétique goulot d’étranglement. Une Léniniste fomente une révolution avec saisie de l’appareil productif ; un énarque s’ouvre un doigt sur sa quenouille et, inexplicablement, tombe en catalepsie. Epuisés par ces déboires, nous allons nous coucher sans dîner.
Jeudi
Jour de repos à la ferme. Après la bouillie de gruau, la production nous demande d’organiser un pique-nique à l’Etang de la Fille-Mère, histoire de nous changer les idées et de ressouder le groupe. Nous commençons par nous perdre et crapahutons deux heures à travers champs, sous la conduite prudente d’un contrôleur des finances qui s’est improvisé notre guide.
Une libérale finit par s’énerver, lui arrache sa carte et nous mène à bon port en quinze minutes, tout en nous criant dessus. On déploie la nappe ; mais c’est pour apprendre que les Friedmaniens, auxquels on a confié la préparation des oeufs durs, les ont semés dans les buissons chemin faisant : ils trouvent plus sain que chaque convive les découvre par lui-même. ("Donne un oeuf dur à un homme, il mangera une fois"…, commence l’un d’eux, mais on ne le laisse pas finir).
Quant aux Keynésiens, en charge du plat de résistance, ils ont apporté 24 litres de vin et rien d’autre, sous le douteux prétexte de nous "relancer l’appétit". Puis on découvre que les Keynésiens, tout à leur enthousiasme théorique, ont oublié le tire-bouchon. La faim aidant, les insultes ne tardent pas à fuser — heureusement interrompues par la pluie.
… Assez sur ce pénible épisode. Le soir venu, je me dévoue avec un trader en devises pour aller donner du grain à Chipolata la truie. Nous discutons de l’avenir du dollar. En concordance avec un scénario de ralentissement économique américain et d’arrêt du hike cycle de la Fed, je lui confirme la forte conviction d’Egisthe l’Analyste : la tendance demeure à la dépréciation du billet vert contre la plupart des grandes devises — le cas du yen restant plus incertain. Face à l’euro, en tous cas, le scénario technique est clair : l’EUR/USD a touché ses plus-bas en novembre 2005 et la tendance reste haussière, au moins jusqu’en novembre ou décembre. Tout au plus le marché pourrait-il observer une pause passagère, mais au dessus du support des 1,25, avant d’accélérer encore en fin d’année.
Vendredi
Petit-déjeuner tendu. Les partisans de l’économie planifiée n’hésitent plus à comparer leur bouillie de gruau à ce qu’on leur servait en camp de rééducation. L’un d’eux jette son assiette à la tête d’un opposant à l’ISF, qui la termine en ricanant. Le groupe s’émiette. Délaissant les travaux des champs, Egisthe s’intéresse, sur ma demande, à l’indice CRB. Publié par Reuters depuis les années cinquante, c’est la Mère de tous les indices de matières premières, regroupant les cours des contrats de futures sur 17 produits de base : sucre, café, cacao, coton, jus d’orange, céréales (maïs, soja, blé), bétail (porcins, bovins), métaux (cuivre, platine, argent, or) et hydrocarbures (pétrole brut, fioul domestique, gaz naturel).
Sur fond d’explosion des économies émergentes (Chine, Inde, Brésil), les matières premières n’en finissent plus d’accaparer les gros titres. "Souviens-toi de l’adage", menace Werther le Trader : "quand c’est dans le journal, il est temps de vendre !" En attendant, malgré le repli du printemps, le cours de l’argent affiche encore 85% de hausse sur un an ; la demande de palladium, tirée par le marché chinois, devrait marquer cette année un nouveau record après celui de 2005 ; et l’on estimait en juin que 90 milliards de dollars étaient investis dans les indices de matières premières. L’appétit des fonds peut-il se maintenir durablement ?
… Drame au dîner. Après nous être régalés de délicieuses côtelettes, nous découvrons que l’équipe des Malthusiens vient, à notre insu, de nous servir en tranches Chipolata la truie. Le scandale est général : un Proudhonien s’évanouit, la Léniniste en profite pour moquer le sentimentalisme écoeurant de la superstructure bourgeoise. Nous manquons d’en venir aux mains.
Samedi
Réveillés à cinq heures par le coq hystérique, avant même la bouillie de gruau, nous sommes convoqués dans la cour. On nous apprend alors que l’audience n’est pas à la hauteur des espérances. A son grand regret, la chaîne s’est résignée à jeter l’éponge : l’émission s’arrête là.
Cette décision brutale nous surprend d’autant plus qu’il nous semble déceler, chez la chargée de production qui nous en fait l’annonce, comme une hostilité latente. Mais le public (on se demande ce qu’il a dans la cervelle, le public !) a tranché. Il ne reste plus qu’à prendre congé de Fifi, la vache laitière ; de Tonton les moutons ; et à remonter, le coeur gros, dans le train pour Paris. Cette magnifique leçon de vie et de travail qu’était notre Ferme des Economistes restera lettre morte.
… Quelle tristesse. Le plus curieux, c’est qu’Egisthe et moi-même avons fait le retour seuls. Tout le monde tenait à voyager dans des wagons séparés.
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
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