Une paire d'échasses pour Ben Bernanke

Rédigé le 1 janvier 1970 par | Epargne Imprimer

** Cette semaine, le Brésil a chuté de 3,5% en une journée. Le Mexique était en baisse de 2%. Idem — ou presque — pour le Japon. Et moins 5,3% pour la Chine.

* Même le Dow a chuté — sous les 11 000 points.

* Sur les marchés des matières premières, l’évolution était mitigée. Mais l’argent a déjà baissé de 20%. Le cuivre aussi. Et l’or, mercredi, se vendait environ 100 $ de moins que son sommet, atteint il y a quelques semaines de cela.

* C’est "une vague de ventes mondiale", déclare le International Herald Tribune, déclenchée par "une disparition de la liquidité".

* Et voilà que les journaux blâment le pauvre Ben Bernanke. Le petit nouveau à la tête de la Fed a fait savoir que l’inflation n’est "pas bienvenue". Ce terme est décrit partout comme étant "un langage de dur" ; en ce qui nous concerne, cela nous semble plutôt courtois. C’est aussi un énorme mensonge, bien entendu. Ce qui ne serait vraiment "pas bienvenu", c’est l’absence d’inflation, le manque d’augmentations dans les prix à la consommation, le durcissement soudain d’un dollar habituellement flexible. Les Japonais ont vécu une situation similaire ces dix dernières années — et Ben Bernanke observait le tout. Les chefs de la Fed préfèreraient se crever les yeux plutôt que de devoir assister à la même chose aux Etats-Unis. Parce qu’ils savent, comme tout un chacun, que les Japonais pouvaient se le permettre ; pas les Américains. Ils sont trop profondément endettés. Ils ont besoin de l’inflation. Cela permet de faire en sorte que le liquide continue d’affluer pour payer les intérêts tout en allégeant le fardeau de la dette, petit à petit, au fil du temps.

* Non, il n’y a pas vraiment de danger de voir Ben Bernanke se transformer soudain en Paul Volcker. Même monté sur des échasses, il n’en a pas la stature. Et il arrive 30 ans trop tard. Volcker pouvait fermer les robinets monétaires à la fin des années 70, parce que les Etats-Unis avaient encore une économie saine, à l’époque. Ils pouvaient se permettre une petite période de sécheresse. Trois décennies plus tard, son successeur, cueilli sous les tours de l’université de Princeton tel un rameau de lierre, fanera rapidement.

* Voilà pourquoi "la vague de ventes mondiale" risque d’avoir des résultats bien différents pour les obligations et le dollar d’un côté — et les matières premières, certains marchés émergents et l’or de l’autre. [NDLR : Elle pourrait aussi avoir des résultats bien différents pour certains investisseurs, selon qu’ils savent ou non comment jouer le marché actuel… Mais ne désespérez pas : nous avons trouvé une solution pour vous, cher lecteur. Restez à l’écoute…]

* Comme l’a déclaré Jim Rogers dans le journal Barron’s, "[Ben Bernanke] est un amateur n’ayant aucune connaissance des marchés, dont les travaux universitaires traitaient de la manière dont les pays pouvaient éviter les dépressions en imprimant plus d’argent".

* Mettez le grand homme sous pression, et ses échasses disparaîtront du jour au lendemain. Plutôt que d’imiter le géant à la parole claire, Volcker, il va se courber et marmonner. Oui, cher lecteur, Alan "Bulles" Greenspan sera de retour — mais, malheureusement, sans l’ancienne magie. Parce qu’à présent, toute les liquidités que le maestro a injectées dans les marchés mondiaux sont en train de fuir vers les prix à la consommation (c’est pourquoi les banquiers centraux sont si pressés d’éponger le tout).

** En tout cas, le marché haussier des matières premières sera probablement bien plus conséquent que le précédent, affirme Jim Rogers :

* "Ajoutez à [la consommation américaine] 1,3 milliards de Chinois et 1,1 milliards d’Indiens — tous exclus de l’économie mondiale au cours du dernier boom des matières premières — se joignant à la lutte mondiale pour les ressources naturelles. Dans ces conditions, il serait fou de nier que la concurrence pour les matières premières continuera à augmenter, conséquence logique de la course en avant désordonnée de la Chine, qui passe du statut d’économie paysanne à celui de géant économique".

* Nous avons le sentiment que la Chine, ne regardant pas où elle va, fonce droit dans le mur. Mais nous ne nions pas l’argument principal de Jim : il y a bien plus de gens cherchant à acquérir du cuivre, du coton et de l’or qu’il n’y en avait lorsque Paul Volcker menait la Fed. Et nous sommes également d’accord pour dire que bon nombre de ces gens ne sont pas particulièrement pressés de protéger le dollar.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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