Unanimité sur les mauvaises perspectives économiques américaines

Rédigé le 18 février 2008 par | Article Imprimer

** Une chose nous dérange au sujet des mauvaises perspectives de l’économie américaine : beaucoup de gens semblent voir les choses de la même manière.

* Tim Bond, stratégiste chez Barclays Capital, déclare que "le monde est confronté à un futur d’inflation, de hausse des taux, de baisse des prix de l’immobilier et des actions, et de volatilité économique".

* Oui, c’est bien ce que nous pensons.

* Il continue en prédisant "une hausse des prix des matières premières et une dégénérescence de l’écosystème, ce qui catalysera un changement de la structure fondamentale de l’économie".

* Nous ne sommes pas certain de cette dernière partie, mais nous étions avec lui jusque là.

* Les raisons de cette estimation sont elles aussi les mêmes que les nôtres. Le monde s’est endetté en faisant jouer l’effet de levier. Les gens ont trop de dettes. Et il n’y a que deux manières de réduire la dette — soit on les rembourse, ce qui entraînerait une hausse de l’épargne… une baisse des dépenses… et moins de "croissance" pour une économie de consommation. Soit on fait jouer l’inflation jusqu’à ce qu’elle disparaisse… ce qui engendrerait d’autres problèmes — un effondrement du dollar, selon toutes probabilités… un effondrement du marché obligataire… et un effondrement du système financier mondial basé sur le dollar. Les chemins sont différents, mais ils mènent au même endroit : une baisse du niveau de vie aux Etats-Unis… et dans le reste des pays occidentaux.

* Mervyn King, chef de la Banque d’Angleterre, a déclaré mercredi dernier qu’il était temps d’affronter "une véritable réduction de notre niveau de vie". Il a continué en prédisant que l’Angleterre verrait probablement une combinaison de baisse de croissance… et de hausse de l’inflation.

** Oui, cher lecteur, c’est notre vieille amie la stagflation… de retour après 25 ans. Elle n’a pas du tout changé. Plus des deux tiers des gestionnaires de fonds interrogés par Merrill Lynch déclarent avoir vu la stagflation arriver. Cela nous inquiète, car nous la voyons aussi. Et nous parlons là des mêmes gestionnaires que ceux qui achetaient de la dette subprime et empruntaient de l’argent pour spéculer sur des actions chinoises à 40 fois les bénéfices. A présent, les gestionnaires reviennent aux liquidités. "L’aversion au risque atteint un sommet de sept ans", déclarent les journaux.

* La stagflation est une mixture démoniaque. Une part de crise… une part d’inflation… et une part de qui-sait-quoi. Bien entendu, les autorités sont prêtes à mettre encore plus d’inflation dans le mélange. Si elles pouvaient faire ce qu’elles veulent, la concoction serait plus stimulante — avec plus de hausses de prix excitantes et moins de ralentissements déprimants. Et pour ce faire, elles arrivent avec un certain nombre de propositions au gros rouge qui tache. Il y a par exemple les "stimulants" votés mercredi. Vous en avez déjà entendu parler, nous n’allons donc pas entrer dans les détails. Le président Bush, lorsqu’il a signé la nouvelle loi, a applaudi l’économie américaine avec tant d’enthousiasme qu’on aurait dit qu’il ne réalisait pas qu’il venait de mettre en place une mesure de sauvetage.

* "Le génie de notre système, c’est qu’il peut absorber de tels chocs et en ressortir plus fort encore", a déclaré le président. Mais si le système est si robuste, pourquoi le docteur y injecte-t-il pour 170 milliards de dollars d’adrénaline ? Il n’a rien expliqué.

* Parallèlement, un article dans le même numéro du Financial Times (jeudi dernier) nous dit que les autorités ont également "jeté une bouée… aux emprunteurs en difficulté". On ne penserait pas qu’une économie aussi résistante aurait besoin de jeter une bouée aux emprunteurs aussi. Avec toute cette adrénaline dans le sang, on penserait qu’ils pourraient remonter les chutes du Niagara sans pagaie, pour ainsi dire. Comment fonctionne le projet "Bouée de Sauvetage" ? Pour autant que nous puissions en juger, les gens qui ont suivi le conseil d’Alan Greenspan consistant à hypothéquer agressivement leur maison — et qui se trouvent désormais "en sens inverse", avec plus d’hypothèques que de maison — peuvent appeler un numéro vert pour gagner du temps.

* Et pendant ce temps, les nouvelles continuent de nous encourager. Non parce qu’elles sont bonnes, mais parce qu’elles sont mauvaises.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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