Un torrent de ténèbres

| |

=============================
LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 27 juillet 2006
=============================

*** Esbroufe géostratégique contre vraie tension des taux
Pourquoi les tirs de missiles nord-coréens sont moins dangereux qu’on pourrait le croire…

*** Ne restez pas le bec dans l’eau
Nos lecteurs américains nous donnent des idées…

*** Liberté, inégalité, fraternité
Bill Bonner refait l’Histoire

*** Un torrent de ténèbres (1)
Les images panoramiques prises depuis les plus hauts étages de l’hôtel/gratte-ciel où mon amie avait séjourné durant son voyage en Chine semblaient avoir été faites depuis un avion volant à travers un nuage sombre.

—————————

Bonjour,

*** ESBROUFE GEOSTRATEGIQUE CONTRE VRAIE TENSION DES TAUX

** Les experts s’y attendaient sans trop y croire depuis une dizaine de jours. Les obstacles techniques semblaient nombreux et l’environnement hostile. Les difficultés intérieures rencontrées par les différentes équipes impliquées dans le projet pouvaient déboucher sur une attitude de renoncement, synonyme de déroute médiatique aux yeux de la planète. Cependant, l’orgueil national l’a emporté et les commentaires condescendants se sont tus : elle l’a fait… et, comme un symbole, elle y est parvenue un 4 juillet, jour de l’indépendance des Etats-Unis.

Non, non, qu’allez-vous croire ! Nous ne parlons pas de la victoire de l’Italie sur l’Allemagne (malgré un public tout acquis à la Mannschaft et une justice italienne qui menace de rétrograder cinq des plus grands clubs du pays pour fraude, tricherie et corruption.) Nous faisons exclusivement référence aux tirs de missiles nord-coréens, détectés par les satellites espions américains mardi soir.

Le nombre des engins expédiés par-dessus la Mer du Japon n’est pas connu de façon certaine : six pour l’estimation basse, dix peut-être. Il y a tout de même à la clé — mais ce sont les Américains qui l’affirment — un échec franc et massif pour le missile à longue portée, baptisé Taepodong 2, censé pouvoir atteint l’extrême pointe de l’Alaska ; il n’aurait en fait échappé à l’attraction terrestre que durant une quarantaine de secondes, histoire de ne pas retomber pile poil sur son pas de tir !

Nous avions annoncé l’imminence de tels essais il y a presque une quinzaine de jours. Nous estimions que Pyongyang pourrait tenter d’impressionner l’Occident en agissant dès le début du sommet de l’OMC, il y une semaine… mais le choix de la date du 4 juillet marque une volonté de provoquer en tout premier lieu les Etats-Unis et leur allié régional, le Japon.

Tokyo a vigoureusement protesté… et la bourse de Tokyo a consolidé de 0,7% — les tirs de missiles de mardi fournissant un excellent prétexte aux prises de profits après quatre séances de hausse consécutives et 5% de gains engrangés d’une seule traite.

Le Japon redouterait-il la matérialisation d’une menace militaire de première importance ? Il convient de sérieusement relativiser le rapport de force, car le Japon est un pays surarmé, avec le deuxième budget de défense au monde (certes assez loin derrière les Etats-Unis)… alors que la Corée du Nord pointe entre la 80 et la 90ème position, à égalité avec certains Etats africains de la zone subsaharienne !

Certes, le pourcentage du PIB consacré à l’effort de guerre par la Corée du Nord est l’un des plus impressionnants de la planète. Cependant, comme c’est l’un des pays ayant le plus faible revenu par habitant, cela ne veut pas dire grand chose : la famine y fait plus de ravages depuis des années qu’une éventuelle offensive américano-nipponne, dans l’hypothèse où la décision serait prise d’anéantir le potentiel militaire et nucléaire de Pyongyang… ce qui ne prendrait que quelques heures, d’après nombre d’experts du Pentagone.

La Chine s’est bien gardée, une nouvelle fois, de condamner les gesticulations et les provocations de son turbulent voisin communiste. Cela fait 40 ans qu’elle monnaye au prix fort son rôle de modérateur auprès des Occidentaux, obtenant à chaque fois de nouveaux avantages commerciaux de la part du partenaire japonais et du rival (ou complice, cela dépend des circonstances) américain.

Il s’agit d’un jeu de billard à trois bandes diplomatique dans lequel Pékin excelle. L’épouvantail nord-coréen est son meilleur ambassadeur auprès des Occidentaux, alors qu’il s’agit purement –comme l’aurait si bien affirmé Mao — d’un "tigre de papier" dont le rugissement quasi-permanent tente de faire oublier des griffes émoussées et une dentition gâtée, plantée dans une gencive friable comme de la pierre ponce.

** Pendant que le conseil de sécurité de l’ONU se réunissait dans l’urgence ce mercredi, il nous est apparu qu’une autre menace bien plus lourde et récurrente pesait sur les marchés. La tension des taux repartait en effet de plus belle ce mercredi, une journée qui marquait véritablement l’entame du second semestre 2006 après deux séances transparentes liées à l’absence des opérateurs US, qui célébraient l’Independance Day.

La séance s’est soldée par une très nette tension des taux de part et d’autre de l’Atlantique, avec des Bunds affichant 4,145% et des T-Bonds à 5,24%. La dégradation s’est accélérée en fin d’après-midi, après la publication d’une hausse de 0,7% des commandes à l’industrie aux Etats-Unis au mois de juin.

Le mouvement de baisse avait déjà atteint une bonne vitesse de croisière depuis le milieu de la matinée en Europe (-0,3%). Le catalyseur en avait été les résultats de la dernière enquête mensuelle RBS/NTC concernant le secteur non manufacturier sur le Vieux Continent : l’activité des services dans l’Eurozone a continué de se renforcer le mois dernier, atteignant son rythme de croissance le plus élevé depuis six ans.

En Allemagne, le baromètre du tertiaire a grimpé jusqu’à 61 (contre 59 en avril), du fait de l’impact des préparatifs de la Coupe du Monde qui a dopé l’activité du secteur hôtellerie/restauration. En France, l’indice des directeurs d’achats non manufacturiers ressort en hausse de 1 point, à 61,6 en juin contre 60,6 en mai, et s’établit à son plus haut niveau depuis le mois de septembre 2000.

Comment, avec de tels chiffres, la BCE pourrait-elle renoncer à relever par deux fois son taux "repo" d’ici le 3 août prochain (voire 50 points d’un coup à la mi-juillet) ?

Si ce scénario s’impose comme une hypothèse de travail incontournable, la Fed sera condamnée à suivre les marchés en durcissant sa politique monétaire — ne serait-ce que pour ne pas donner le sentiment de faire preuve de légèreté face au risque inflationniste qu’elle n’a pas formellement écarté lors de sa dernière réunion du 29 juin.

Mais la Fed se retrouve essentiellement prisonnière des exigences des créanciers des Etats-Unis. Ils peuvent à tout moment arbitrer leur allocation d’actifs en faveur de la zone où la rémunération de leurs excédents de trésorerie apparaît la plus concurrentielle en termes de couple rendement/risque — ce qui inclut les anticipations concernant la valeur du dollar.

Les cambistes parient d’ailleurs que la Fed devra s’exécuter d’ici exactement cinq semaines, si la BCE force l’allure, pour "recoller" à l’embellie conjoncturelle qui se dessine sur le Vieux Continent : le dollar qui s’était replié sous les 1,28/euros mardi a repris 0,7% à 1,2720.

Les détenteurs d’actions ont bien compris le message… et les places européennes ont reperdu entre 1,25% à Paris et 1,80% à Francfort — où la défaite prématurée de l’équipe allemande rend les analystes beaucoup moins optimistes au sujet de la consommation au second semestre 2006.

** A Wall Street, les investisseurs se moquent éperdument du Mondial… et haussent probablement les épaules face aux tirs de missiles nord-coréens supposés atteindre les rivages des Etats-Unis.

Ces engins, de technologie rudimentaire, seraient de toute façon repérés avant d’être lancés. Et même si ce n’était pas le cas, ils seraient détruits en vol avant d’avoir pu atteindre leur altitude de croisière, soit par des intercepteurs japonais, soit par l’impressionnante armada américaine déployée au large des côtes de la dernière dictature marxiste et stalinienne de la planète.

En revanche, la Fed risque de s’avérer totalement impuissante si la masse monétaire se contracte du fait de l’éclatement de la bulle immobilière et de la faillite en cascade de millions d’emprunteurs américains. Kim Jong-Il, qui s’est juré d’anéantir les USA, n’a même pas besoin de se munir d’un lance-pierre : il lui suffit de brandir les dernières statistiques d’octroi de prêts aux particuliers en Californie, en Floride ou sur la côte Est pour démontrer que l’effondrement du capitalisme qu’il nous promet est imminent.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Le capitalisme est peut-être en train de s’effondrer… mais vous n’êtes pas obligé de lui emboîter le pas ! Philippe Béchade vous donne tous les conseils nécessaires pour surmonter au mieux tout ce que les marchés nous réservent : il suffit de composer le 0899 707 009
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

1 740,11% de gains cumulés au total sur le premier semestre 2006…

Une performance moyenne de 23,84%…

Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10%… depuis début mai 2006…

Sans compter les plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Quels investissements permettent d’engranger ce genre de gains ?

Continuez votre lecture pour tout savoir…

—————————

Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** NE RESTEZ PAS LE BEC DANS L’EAU

** Nous avons demandé la semaine dernière à nos lecteurs américains de nous donner leurs meilleures idées d’investissement dans le secteur de l’eau. Aujourd’hui, voici un petit échantillon de leurs réponses…

- Un fidèle, nommé Jim, nous écrit ceci : "je suis certain que vous avez déjà entendu parler de cette entreprise, mais si ce n’était pas le cas, penchez-vous sur Hyflux Ltd. (#600 sur la bourse de Singapour — mais on peut aussi le trouver sur le marché libre américain, sous le symbole HYFXF)’".

Pour lire la suite de ces idées d’investissement, c’est par ici…

—————————

Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LIBERTE, INEGALITE, FRATERNITE

** "Nous tenons ces vérités pour évidentes"… écrivait Thomas Jefferson en 1776.

* Jefferson ne doutait pas d’être en train de faire ce qu’il fallait. Sa Déclaration d’Indépendance a déclenché la révolte des Etats-Unis contre la Couronne britannique et son Parlement.

* Mais l’Histoire prend souvent la direction qu’elle souhaite. Tandis que les Américains étaient occupés à célébrer leur indépendance, nous n’étions pas entièrement certain qu’il faille en faire une telle affaire. Il nous semble que la vie s’avère assez confortable, à Londres — elle n’est pas pire, en tout cas, qu’à New York ou Los Angeles. Pour autant que nous puissions en juger, la nourriture, la boisson, le logement et les loisirs sont à peu près les mêmes. Et si le Yankee est plus libre, plus noble ou plus éclairé, nous n’en avons jamais vu la preuve.

* Nos spéculations prennent de l’ampleur. S’il n’y avait pas eu de révolution américaine, il n’y aurait peut-être pas eu de Guerre de Sécession… en partie parce qu’il n’y aurait pas eu d’Etats — en tout cas, aucun qui pense pouvoir décider par lui-même s’il souhaitait rester dans l’empire ou non –, et en partie parce que les Britanniques avaient aboli l’esclavage dans l’ensemble de l’empire des années auparavant. Il n’y aurait peut-être pas eu non plus de Première guerre mondiale. Les Allemands n’auraient peut-être jamais défié l’empire britannique s’ils avaient su qu’ils devraient affronter l’Amérique en plus de la Grande-Bretagne.

* En 1914, l’Angleterre était en déclin, mais les Etats-Unis étaient déjà la plus grande économie au monde — et leur croissance était rapide. De même, il n’y aurait peut-être pas eu de Seconde guerre mondiale. Pas de première guerre mondiale, donc pas de dette de guerre, pas de réparations, pas d’hyperinflation, pas d’ouverture pour les fascistes, pas d’incendie du Reichstag, pas de putsch, pas de Führer, pas de camps de concentration, pas de Blitz et pas de guerre avec l’Union Soviétique sur le front de l’est. Mais sans Première guerre mondiale, il n’y aurait probablement pas eu d’Union Soviétique, de toute façon. La Russie aurait pu se moderniser et s’industrialiser en même temps que le reste de l’Europe. Donc, pas de Première guerre mondiale, pas d’Union Soviétique, pas de Deuxième guerre mondiale, pas de guerre froide, pas de Longue Marche, pas de Corée, pas de Vietnam… et qui sait quoi encore ?

** Est-ce que nous nous en trouverions mieux ? Nous ne pouvons le savoir avec certitude. Mais nous ne nous serions sans doute pas trouvés plus mal d’avoir raté tout cela. Quant à la vérité que Jefferson tenait pour évidente, le fait que "tous les hommes sont créés égaux", nous en sommes encore moins certains. Toutes les preuves que nous avons vues nous disent exactement le contraire — les hommes ne naissent pas égaux. L’un est riche ; l’autre est pauvre. L’un est gros ; l’autre est maigre. L’un est un Viking aux yeux bleus et à la peau pâle, l’autre est un Maure à la peau sombre et aux yeux de jais. Les jumeaux naissent peut-être égaux, mais le reste d’entre nous est aussi varié que des flocons de neige. Pas un ne ressemble à l’autre. Aucun n’est égal à l’autre.

* Lorsque les Américains ont célébré la naissance de leur nation cette semaine, personne ne se souciait du fait que les idées les plus fondamentales des pères fondateurs sont manifestement fausses. Les gens naissent différents. Ils ne sont égaux qu’aux yeux de la loi — et encore, seulement s’ils ont assez d’argent pour se payer un bon avocat.

* Le philosophe anglais Jeremy Bentham pensait sans doute un peu la même chose lorsqu’il se moquait des théories des révolutions française et américaine. "Les droits naturels", a-t-il grogné, "ne sont que des absurdités : des droits naturels et imprescriptibles, des absurdités rhétoriques — des absurdités montées sur échasses".

* A l’occasion, les gens apprécient la vérité un peu comme on apprécie une bonne blague. Ca brise la monotonie. Mais c’est vers le mensonge qu’ils se tournent pour organiser leurs vies. Les mythes ne les lâchent pas, comme des ronces accrochées à un pull-over. Warren Buffett, par exemple, distribue sa fortune parce qu’il ne veut pas corrompre ses enfants avec trop de richesse. "Je leur ai donné assez pour qu’ils puissent tout faire ", dit-il, "mais pas assez pour qu’ils puissent ne rien faire". Le Sage des Plaines pense aussi qu’il vaut mieux que les bébés commencent leur vie en tant qu’abeilles ouvrières — chacun étant le double exact des autres.

* Pourtant, les nouveau-nés n’entament pas leur vie de la même manière. Pas aux Etats-Unis. Nulle part, en fait. Warren Buffett est né dans les rangs les plus privilégiés de la société américaine — il est le fils d’un membre du Congrès. Tout le monde n’a pas cette chance. Evidemment, tous les rejetons de familles politiques ne font pas si belle carrière. Et peu arrivent à la cheville de Buffett. Mais l’homme d’Omaha ne peut pas vraiment affirmer qu’il a commencé sa vie sur un pied d’égalité avec le commun des mortels — dont la majorité n’approcheront jamais un membre du Congrès d’assez près pour lui tirer dessus, sans parler de dîner avec lui tous les soirs.

* Certaines personnes ont plus de chances que d’autre — même si l’on ne sait jamais avec certitude qui est quoi. Et le peuple américain tout entier semble être favorisé. Un nourrisson né dans la caste d’un vice-président de Goldman Sachs, dans le Connecticut, a clairement un avantage sur un bébé né dans la famille d’un balayeur du Kerala. Un bébé né chez un instituteur de Birmingham est certainement en meilleure position que celui qui naît chez un instituteur de Bagdad. Quant à l’enfant d’un délinquant drogué et violent vivant à Saint Paul, est-il vraiment en meilleures mains qu’un enfant né chez un chiffonnier au cœur tendre de Sao Paulo ?

* En l’état actuel des choses, sans aucun effort ou vertu spécifique de sa part, le bébé américain moyen peut s’attendre à gagner dix fois plus qu’un bébé né ailleurs. Ce n’est pas égal, mais ce n’est pas trop mal. Ce n’est pas non plus forcément permanent. Les étrangers utilisent encore le dollar américain comme devise de réserve mondiale. Et généralement, on peut encore vendre une maison plus chère qu’on ne l’a achetée. Lorsque ces conditions prendront fin, les égalitaristes pourront se réjouir : l’avantage dont profitent les bébés américains depuis près d’un siècle commencera à disparaître.

—————————– (publ.)

Les produits dérivés, trop compliqué et trop risqué pour vous ?

PLUS MAINTENANT !

Découvrez une méthode d’investissement qui a déjà rapporté des profits cumulés de 401,70%… tout en limitant strictement les risques !

Vous n’y croyez pas ? Allez voir par vous-même…

—————————

*** La Chronique Agora présente ***

Ce n’est pas un secret, la Chine est en plein boom. Partout où l’on pose les yeux, à Shanghai ou à Pékin, on voit des constructions — du moins si l’on réussit à percer le voile de pollution. Byron King, de la lettre Whiskey & Gunpowder, mène l’enquête…

============
UN TORRENT DE TENEBRES — 1ère PARTIE
============

Par Byron King (*)

"L’air était si épais que j’avais l’impression d’étouffer", dit-elle. "La pollution était incroyable. Tous les autochtones portaient des masques chirurgicaux, idem pour quasiment tous les membres de notre groupe. Lorsque je rentrais à l’hôtel, j’avais des traces de suie sur tout le visage. Je crachais du mucus noir toute la soirée. J’ai grandi à Pittsburgh dans les années 50 et 60, et je n’ai jamais rien vu de tel". Mon interlocutrice me parlait de son voyage en Chine il y a deux mois de cela environ.

Ensuite, nous avons regardé ses photos de Shanghai et Pékin. Il y avait les images habituelles de bateaux dans les ports de la rivière Huangpu, et du Bund de Shanghai. Il y avait des images de la place Tienanmen à Pékin, et, bien entendu, la balade obligatoire sur la Grande Muraille. Mais au dessus de tout cela, la brume stagnait.

Il y avait d’autres photos encore. Les images panoramiques prises depuis les plus hauts étages de l’hôtel/gratte-ciel où mon amie avait séjourné durant son voyage en Chine semblaient avoir été faites depuis un avion volant à travers un nuage sombre. La Terre était une carte d’images floues, assombries par une atmosphère grise. Et cette couleur de ciel était instantanément reconnaissable pour quiconque ayant grandi dans la "Ceinture de Rouille" industrielle américaine à une certaine époque.

"Oui", ajouta mon amie, "il y avait de la croissance économique partout. La Chine est en plein boom. Les gens ont de l’argent. Je n’ai jamais vu une telle concentration de grues de construction. Il y avait des centaines de grues, et on aurait dit que tous les endroits que nous visitions étaient en construction. Les rues étaient encombrées de gens bien habillés, et les magasins étaient bondés. Mais à quoi bon, si on peut à peine respirer ?"

Il se peut que mon interlocutrice ait eu la malchance de voyager en Chine à une époque particulièrement peu favorable. Le 11 juin 2006, le New York Times publiait un reportage en Chine amplifiant les observations de mon amie :

"L’une des exportations moins connues de la Chine est un dangereux cocktail de suie, de produits chimiques toxiques et de gaz à effet de serre provenant des cheminées de centrales électriques fonctionnant au charbon".

"Début avril, un nuage très dense de polluants affectant le nord de la Chine a flotté jusqu’au dessus de Séoul, apportant avec lui poussières et sable du désert, avant de traverser le Pacifique. Un satellite américain a détecté ce nuage alors qu’il traversait la côte ouest des Etats-Unis".

"Des chercheurs en Californie, dans l’Oregon et à Washington, ont remarqué des fragments de composés soufrés, de carbone et autres produits dérivés de la combustion du charbon recouvrant les surfaces argentées de leurs détecteurs placés aux sommets des montagnes. Ces particules microscopiques peuvent se faufiler jusqu’au plus profond des poumons, contribuant aux problèmes respiratoires, aux maladies cardiaques et au cancer".

La Chine brûle du charbon depuis la préhistoire. La littérature antique chinoise fait référence à "la roche qui brûle". A présent, le charbon représente environ 65% de la consommation primaire d’énergie en Chine, tant pour la production d’électricité que comme combustible de chaudière dans les usines ou pour le chauffage des maisons. La Chine est à la fois le plus grand consommateur et le plus grand producteur de charbon au monde. Sa consommation de charbon en 2003 était de plus de 1,53 milliards de tonnes, soit 28% du total mondial — et ce chiffre pourrait être bas, parce qu’on constate une bonne quantité d’extraction et d’utilisation du charbon non autorisées en Chine, et cela n’est pas comptabilisé ou au moins reflété dans les statistiques nationales. Ainsi, depuis quelques années, le gouvernement chinois revoit continuellement à la hausse les chiffres de sa production et consommation de charbon.

Selon le New York Times, la Chine brûle aujourd’hui plus de charbon que les Etats-Unis, l’Union Européenne et le Japon n’en consomment tous ensemble. La Chine a augmenté sa propre consommation de 14% sur chacune des deux dernières années, et cela va continuer. Tous les sept à dix ans, une nouvelle centrale électrique alimentée au charbon commence à fonctionner quelque part en Chine, générant assez de capacité pour desservir tous les foyers d’une ville comme Seattle.

Au niveau de la production de base, cependant, les morts dans les mines de charbon chinoises dépassent les 5 000 par an (plus de 100 par semaine, environ 15 morts par jour), ce qui confère au pays le douteux honneur de détenir le titre de producteur de charbon le plus mortel au monde. Le gouvernement national tente de réduire le nombre de décès en sévissant contre les petites mines du pays, souvent illégales. Mais malheureusement, dans ce vaste pays, les autorités locales des régions minières se font souvent complices des exploitants de mines pour couvrir des opérations illégales et dangereuses. De nombreuses mines — tant privées que nationalisées — ont été prises en flagrant délit de violation des réglementations de sécurité, pourtant assez souples, de la Chine.

Nous verrons la suite dès demain…

Meilleures salutations,

Byron King
Pour la Chronique Agora

(*) Byron King est diplômé de la faculté de Droit de Harvard et exerce actuellement en tant qu’avocat à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il est également rédacteur au sein de la lettre d’information e-mail quotidienne Whiskey & Gunpowder

==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================

Author Image for admin

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter nos politique de commentaire.