Un mouton noir sur les marchés (1)

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 13 juin 2006
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*** Statistiques, armes et ressources naturelles
Si si, la planète se porte bien…

*** Il pourrait se passer n’importe quoi…
… mais ce ne sera sans doute rien de bon…

*** Un mouton noir sur les marchés (1)
Pourquoi les ressources naturelles n’obtiennent-elles pas le respect qu’elles méritent ?

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Bonjour,

*** STATISTIQUES, ARMES ET RESSOURCES NATURELLES

** Jean Chabru, rédacteur en chef de Stratégie Small Caps résumait parfaitement la situation hier : "Les niveaux de valorisations sont raisonnables, les perspectives de croissance et d’amélioration des marges sont attestées et pourtant, les valeurs moyennes, du fait de leur moindre liquidité par rapport aux blue chips, sont plus réactives à la baisse en ce moment, dans l’attente de la décision du nouveau président de la Fed, Ben Bernanke, qui pourrait donc relever d’un quart de point le taux cible des fonds fédéraux".

Une analyse qui s’applique aussi bien aux grandes valeurs qu’aux petites… et l’attente est exacerbée sur les marchés depuis hier, puisque des chiffres importants sont au programme cette semaine. L’évolution des prix à la production doit en effet être annoncée aujourd’hui ; celle des prix à la consommation, demain.

Vraiment, je n’aimerais pas être à la place des statisticiens américains en ce moment. Le sort des bourses de la planète semble suspendu à leur capacité à torturer assez les chiffres de l’inflation pour contenter tout le monde — investisseurs américains et étrangers, autorités monétaires, consommateurs, entreprises… Si l’inflation grimpe, les explications de texte de Ben Bernanke vont devoir être convaincantes — sans quoi la glissade boursière entamée depuis le mois dernier risque de s’aggraver.

** En attendant de voir comment s’en sort tout ce beau monde, les investisseurs ont préféré s’éloigner prudemment des marchés hier. De Tokyo à New York, la baisse a été générale et implacable. Notre CAC 40 hexagonal a reperdu une partie des gains engrangés vendredi, abandonnant 0,94% pour retrouver les 4 723,18 points. A Londres, le FTSE chutait de 0,61%. A Francfort, le Dax a enregistré une cuisante baisse de 1,25%.

Sur les places américaines, on était tout autant à la peine. Le Dow Jones a perdu pas moins de 0,91%, à 10 792,5 points. Pour le Nasdaq, la séance d’hier a constitué une véritable claque : -2,05%, à 2 091,32 points… et le S&P 500 n’allait guère mieux, à 1 236,4 points, soit une dégringolade de 1,27%.

** Pourtant, une fois sorti de l’antre obscur des Bourses mondiales, les choses ne semblent pas aller si mal… en dehors de l’Europe et des USA. Prenez le Japon, par exemple : les chiffres de sa croissance viennent d’être révisés à la hausse, de 1,9% à 3,1% sur an sur le premier trimestre 2006 !

Ou encore l’Australie, dont la croissance a elle aussi atteint les 3,1% au premier trimestre cette année — et qui peut se vanter d’avoir de belles perspectives d’avenir, grâce à son sous-sol riche en matières premières… qui fait de la Chine, éternelle dévoreuse de ressources naturelles, son deuxième principal client.

Et la Chine, justement, parlons-en : son excédent commercial continue d’accumuler record sur record, à 13 milliards de dollars en mai et 46,79 milliards depuis le début 2006, soit une hausse de 55,91% par rapport à la même période l’année dernière. Tenez, vous entendez ce petit bruit, cher lecteur ? Ce sont les dents des autorités américaines qui grincent, à Washington…

Et vous voulez une autre preuve que les choses ne vont pas si mal pour tout le monde ? La Tribune nous en apporte une ce matin, en annonçant que "les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record en 2005, à 1 118 milliards de dollars, dont la moitié (48% plus exactement) revenant aux Etats-Unis, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche pour la paix à Stockholm".

La Grande-Bretagne, la France, le Japon et la Chine suivent loin derrière, avec 4% à 5% chacun, tandis que la Russie conserve sa première place de fournisseur d’armes, avec environ 30% des ventes.

Si tout ça n’est pas une excellente nouvelle quant à l’état géopolitique de la planète, franchement…

** Un petit mot du reste des marchés, tout de même : le dollar reprend quelques forces par rapport à l’euro, à 1,2586. L’or aussi se redresse, avec une petite hausse de 1,45 $ au second fixing de Londres, qui porte l’once à 609,20 $.

Du côté du pétrole, on ne parle plus que d’Alberto : ce cyclone peut se vanter d’avoir effrayé les marchés — mais depuis que les météorologues ont annoncé qu’il serait sans doute moins vigoureux qu’initialement prévu, le baril se calme. Le WTI New York a donc terminé la séance d’hier à 70,36 $.

Françoise Garteiser,
Paris

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** IL POURRAIT SE PASSER N’IMPORTE QUOI…

** Hier matin, nous avons appris que de nouveaux projets immobiliers majeurs sont abandonnés à Washington DC, ainsi qu’à Las Vegas et à Miami. Dans tous les Etats-Unis, il y aurait quatre millions de maisons neuves et anciennes sur le marché. Des chiffres en provenance de tous le pays nous parlent de hausse des stocks, de chute des ventes et de baisse des prix.

* Comment est-ce que tout cela se finira, nous demandons-nous. Par une explosion ou par un murmure ?

* Parallèlement, il demeure un fait curieux : les consommateurs américains continuent de consommer comme des idiots. Les dépenses et les dettes grimpent toujours, en dépit du ralentissement des ventes immobilières. Et selon les sondages concernant l’attitude des consommateurs, les lumpeninvestisseurs parlent de vagues pressentiments de problèmes, mais pas de véritable crainte.

* C’est comme s’ils pensaient qu’on attend d’eux qu’ils semblent méfiants. Comme s’il pouvait paraître inconvenant ou superficiel de penser que ces beaux jours dureront éternellement. Mais, si on les interroge plus en profondeur, c’est exactement ce qu’ils pensent.

** Susan Walker, de la lettre Elliott Wave Forecast, déclare qu’"un récent sondage [américain] réalisé par le Los Angeles Times auprès des propriétaires immobiliers montre ‘une large confiance dans le marché immobilier’. Le pire scénario possible, selon lequel les prix ‘resteront les mêmes’ au cours des trois prochaines années, n’a été choisi que par 5% des propriétaires. Ce total était moins que les 6% ayant déclaré s’attendre à une augmentation de 31% ou plus. Peu importe combien on parle de bulle, les propriétaires continuent à démontrer qu’ils n’ont pas la moindre idée des ramifications d’une telle situation. Et on parle là d’un environnement où les prix chutent ! Ils refusent si obstinément de le voir que ce n’est même plus du refus. C’est une sorte de déconnexion épique entre la réalité d’un marché immobilier en récente chute et un contrat social implicite selon lequel les prix des maisons ne baissent jamais".

* Nous nous rappelons qu’à la fin des années 90, une étude concernant les croyances des investisseurs avait mené à une surprenante découverte : un nombre substantiel d’acheteurs de fonds d’investissement pensaient que leur argent était assuré par le gouvernement fédéral. Il s’agissait bien entendu des lumpeninvestisseurs non sophistiqués. Les investisseurs plus "expérimentés", eux, pensaient que le marché entier était protégé par le "put Greenspan" — qui signifiait que le président de la Fed volerait toujours au secours d’un marché en baisse avec plus de liquidités. Et Greenspan est arrivé avec le liquide, mais ce dernier s’est écoulé dans l’immobilier, et non dans les dot.com.

* "Nous sommes d’avis que ‘l’exubérance irrationnelle’ est passée des actions à l’immobilier, plantant le décor pour une ‘déflation immobilière’", écrit John Rubino, de 321gold.com. "Nous nous attendons à une chute sérieuse de la construction, des ventes et de la valeur immobilière, qui commencera en 2006 et se fera plus prononcée en 2007. Un excès de nouvelles maisons s’accumulera au cours des 12 à 24 prochains mois, provoquant une chute des prix et de la construction de nouvelles unités, et installant un sérieux risque de déclin des prix (similaire à ‘l’effondrement des technologiques’ sur le marché immobilier."

* A présent, les lumpeninvestisseurs parient que la nouvelle équipe à la tête de la Fed et du Trésor US, ainsi que le président, le Congrès, tous les navires des océans et Dieu lui-même s’assureront qu’ils n’obtiendront jamais ce qu’ils méritent. En d’autres termes, ils parient qu’ils n’auront jamais à remettre la valeur qu’ils ont retirée de leurs maisons… que cette pente n’est pas glissante… qu’il n’y a pas de revers à la médaille… pas de marché baissier immobilier suivant le marché haussier.

* Pourtant, il y en a toujours. Cela ne signifie pas que les prix des maisons chuteront brusquement. Le marché immobilier anglais en est la preuve. Mais il y a plus d’une manière d’équilibrer un boom de l’immobilier et de ruiner des spéculateurs ; certains des propriétaires s’en rendraient à peine compte…

* Les prix de l’immobilier pourraient rester à leurs niveaux actuels pour les dix prochaines années… permettant à l’inflation de les diviser par deux, laminant ainsi lentement les spéculateurs, dont les coûts de détention augmenteraient tandis que leurs actifs se déprécient…

* Ou bien les prix pourraient s’effondrer dans certaines régions, et rester stables dans d’autres. Ils pourraient même continuer à grimper… mais moins rapidement que les prix à la consommation.

* Il pourrait se passer n’importe quoi, et ce sera probablement ce qui arrivera.

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Si les actions, les obligations et les matières premières faisaient partie de la même famille, les matières premières seraient le frère qu’on oublie toujours, déclare Jim Rogers. Pourquoi les ressources naturelles n’obtiennent-elles pas le respect qu’elles méritent ?

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UN MOUTON NOIR SUR LES MARCHES — 1ère PARTIE
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Par Jim Rogers (*)

Les matières premières n’ont jamais obtenu le respect qu’elles méritent — ça a toujours été un mystère, pour moi.

Il y a plus de trois décennies de cela, en tant que jeune investisseur cherchant de la valeur partout où il pouvait la trouver, j’ai réalisé qu’en étudiant ne serait-ce qu’une matière première ou deux, on voyait le monde d’un tout autre oeil. Soudain, on ne mange plus son petit déjeuner — on se demande si la météo au Brésil fera grimper ou baisser les prix du sucre et du café, comment les actions Kellogg’s répondront à une hausse des cours du maïs et si la demande de bacon baissera en été (les consommateurs préfèrent prendre un petit-déjeuner plus léger en cette saison). Dans les journaux, les gros titres sur les cours du pétrole ou les subventions agricoles ne sont plus simplement les nouvelles du jour — on sait maintenant pourquoi l’OPEP préfère que les prix du pétrole soient légèrement plus hauts, contrairement à Washington, et pourquoi les agriculteurs cultivant du sucre en Europe et aux USA ont une autre opinion sur les supports de prix que leurs homologues du Brésil ou d’ailleurs dans le Tiers-Monde.

Mais en savoir plus sur les marchés des matières premières ne fait pas que vous rendre plus intéressant au petit déjeuner ; cela peut faire de vous un meilleur investisseur — non seulement sur les futures de matières premières, mais aussi en ce qui concerne les actions, les obligations, les devises, l’immobilier et les marchés émergents. Une fois que vous avez compris, par exemple, pourquoi les prix du cuivre, du plomb et d’autres métaux grimpent, il ne faut pas grand’chose pour comprendre pourquoi les économies de pays comme le Canada, l’Australie, le Chili et le Pérou — qui ont tous un sous-sol riche en métaux — se portent bien ; pourquoi certains prix immobiliers vont probablement grimper ; et comment vous pourriez même gagner de l’argent en investissant dans des chaînes d’hôtels et de supermarchés dans des pays où les consommateurs ont soudain plus d’argent que d’habitude.

Bien entendu, j’ai fait une déclaration bien plus hardie dans mon livre : je pense qu’un nouveau marché haussier des matières premières est en cours — et il va durer pendant des années encore. Je suis convaincu de cela depuis le 1er août 1998, lorsque j’ai lancé mon fonds d’investissement — et je plaide la cause des matières premières depuis lors. J’ai écrit sur les ressources naturelles et prononcé d’innombrables discours dans le monde, devant des investisseurs expérimentés et des journalistes financiers. J’ai rencontré des banquiers et des institutions. On m’a même demandé de discuter avec des entreprises minières afin d’expliquer pourquoi je pense qu’elles vont si bien marcher. Mais aussi aimable et accueillant que se soit montré mon public, certains ne semblaient pas plus pressés d’investir dans les matières premières à la fin de mon intervention.

C’est comme si les mythes sur les matières premières avaient dépassé les réalités. Pour la plupart des gens, lorsqu’on mentionne les ressources naturelles, un mot vient immédiatement aux lèvres : risquées. Pire encore, lorsque les investisseurs s’intéressant au secteur abordent le sujet avec des conseillers financiers, des consultants ou avec les courtiers de grandes sociétés, les "experts" ont tendance à sursauter d’horreur — comme si Frankenstein venait d’entrer dans la pièce. Et ils se lancent ensuite dans des sermons sur les dangers d’investissements aussi "risqués", ou sur leur collègue qui se spécialisait dans les matières premières mais "n’est plus dans la société".

C’est bizarre. De ma propre expérience, je savais qu’investir dans les matières premières n’est pas plus risqué qu’investir dans les actions ou les obligations — et qu’à certains moments du cycle économique, les matières premières étaient un bien meilleur investissement qu’à peu près tout le reste. Certains investisseurs ont gagné de l’argent en investissant dans les matières premières alors qu’il était quasiment impossible de faire des profits sur les marchés boursiers. Certains ont engrangé des gains grâce aux ressources naturelles alors que l’économie était en plein boom… et lorsqu’elle ralentissait. Et lorsque j’ai souligné que les actions technologiques s’étaient révélées plus volatiles que quasiment toute matière première au cours du temps, les gens ont hoché poliment la tête et ont cherché la dernière nouveauté dans le secteur boursier.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Jim Rogers,
Pour la Chronique Agora

(*) Durant trois ans et 244 600 kilomètres, Jim Rogers et son épouse Paige Parker ont fait un tour du monde pas comme les autres dans leur Mercedes jaune. Investisseur consommé, Jim Rogers a recueilli des détails précis sur le climat financier du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud-Est, de Chine, de Sibérie, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Sud. Il a condensé ses impressions dans son livre Adventure Capitalist [L'aventurier capitaliste, ndlr].

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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