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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 17 novembre 2006
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*** Un baril de crème anglaise…
… voilà à quoi ressemblent les marchés en ce moment…
*** Krach ou pas ?
Eric Fry se renseigne sur la santé de l’immobilier US
*** L’or et la liberté économique (2)
L’étalon-or, la bête noire de l’état providence…
—————————– (publ.)
L’incertitude boursière n’est pas le seul facteur menaçant votre patrimoine
Découvrez cinq "bombes à retardement" qui mettent votre capital en danger…
… et surtout, le moyen de vous en protéger !
Pour tout savoir sur cet investissement bien particulier, continuez votre lecture
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Bonjour,
*** UN BARIL DE CREME ANGLAISE…
** Sauf accident de dernière minute aujourd’hui, il semblerait bien que l’on se dirige tout droit vers une neuvième semaine de hausse consécutive sur une série de dix. Le dernière consolidation du CAC 40, qui n’avait pas dépassé les -3% après un rally de 10% en trois mois, remonte en effet au 11 septembre dernier. L’indice français n’avait alors cédé que 0,1%, bien à contrecoeur, alors que l’Eurotop 100 grappillait 0,15% et retraçait pour la cinquième fois en 10 jours son zénith annuel des 3 105 points.
Le gain cumulé en à peine deux mois et demi atteint déjà les 10% sur le marché parisien ; la performance annuelle flirte avec les +17% et s’avère déjà supérieure à celles de 2003 (+16,15%) et 2004 (+6,4%).
Mais le phénomène probablement le plus remarquable cette année, c’est l’absence d’un commencement de consolidation au cours de la période octobre/novembre — alors qu’il se dessine un divorce de plus en plus perceptible entre la conjoncture économique de part et d’autre de l’Atlantique et les anticipations de croissance des bénéfices. Nul ne paraît douter que les profits continueront de croître à un rythme effréné aux Etats-Unis, même si des doutes sérieux pèsent sur la capacité des Américains à maintenir leur niveau de consommation actuel.
S’agissant de l’optimisme inébranlable des investisseurs, nous doutons que le concept de "reprise de souffle" indicielle effleure simplement leur esprit. L’analyse technique vole au secours de ceux qui se laissent porter par la vague, sans demander ce qui justifie une telle aubaine… et leur permet jusqu’à présent de réaliser des performances boursières dignes des plus grands stratèges, sans remuer un seul neurone ni même le petit doigt.
** Les ordinateurs qui passent au crible tous les indicateurs statistiques — force relative, vélocité haussière, ratios advance/decline (hausses/baisses), positionnement des moyennes mobiles, bandes de Bollinger — parviennent tous à la même conclusion : le marché est haussier, sur tous les intervalles de temps considérés (quotidien, hebdomadaire, mensuel). Ce pronostic se renforce par réplication successive à mesure que le temps passe ; c’est typiquement un nouvel exemple de prédiction auto-réalisatrice.
Le fait que les indices boursiers alignent dix semaines (à l’exception d’une) de progression linéaire ne trouble personne. Les chercheurs ont démontré que dans un système qui se décompose comme une suite d’occurrences aléatoires — similaire au lancer d’une pièce de monnaie –, le fait que 100% des résultats soient de type "pile" ne modifie en rien la probabilité d’un résultat conforme aux précédents lors de la prochaine tentative. Cela reste mathématiquement du 50/50, car la pièce de monnaie n’a pas de mémoire. C’est ce qui la distinguait, jusqu’à une certaine époque — désormais révolue –, des marchés financiers dont la méfiance augmentait à mesure que se perpétuaient des "séries roses" ou des "séries noires".
En analyse technique, la série qui de prime abord peut apparaître aléatoire lors de certaines phases de transition devient plus facilement prévisible à mesure qu’une tendance se dégage du chaos initial. Il est maintenant établi, de façon parfaitement mathématique, que le marché apprend à lancer la pièce de façon à ce qu’elle retombe toujours du même côté.
Le procédé est d’une désarmante simplicité : si votre horizon de placement est lointain et que vous lancez votre pièce par-dessus votre épaule en lui imprimant une rotation initiale élevée, vos chances d’obtenir un "pile" ou un "face" sont de 50% très exactement.
Si vous prenez maintenant un expérimentateur peu exigeant sur le protocole et qui vous laisse la liberté de lancer la pièce avec comme seul impératif de la faire tourner sur elle-même au minimum deux fois avant de retomber… vous ne tarderez pas à maîtriser le geste qui vous permet d’obtenir à volonté résultat de type côté "pile" ou — si l’enjeu vous semble plus payant — un côté "face" !
** En analyse technique comme en matière d’investissement, la preuve cesse d’être authentiquement scientifique dès lors qu’il existe une connivence entre l’expérimentateur et l’usager du système. Tout le monde se met rapidement d’accord sur le principe qu’il convient d’obéir aveuglément à une tendance — et ce postulat apparaîtra d’autant plus valable (et valorisant pour les promoteurs de la thèse, dont plus personne n’osera contester l’autorité) que tous les moyens seront mis en oeuvre afin que les exceptions à la règle, les caprices du destin, soient éradiqués.
De la sorte, les marchés cessent également d’avoir le comportement de fluides dont la tension de surface ne permet que de faire flotter des objets ayant une valeur massique inférieure à celle du liquide. Les vagues boursières finissent par s’estomper et prendre la forme de minuscules vaguelettes se dirigeant avec discipline dans une direction prédéterminée, comme un "train d’ondes de choc" après qu’une pièce a touché la surface de l’eau.
Les indices boursiers deviennent comme des fluides "non-newtoniens", et se comportent comme de la crème anglaise. Enfoncez-y une cuiller verticalement : elle coule comme dans n’importe quel fluide moins dense que le métal dont elle est composée (à part le mercure, nous ne connaissons aucune exception à cette règle). Par contre, si vous l’appliquez brutalement à l’horizontale, en exerçant une forte pression, la crème "durcit" sous l’impact.
Cette propriété physique hors du commun agit de telle sorte qu’il devient même possible à un piéton de danser sur un tonneau rempli de crème anglaise sans que ses pieds s’enfoncent davantage que dans une moquette moelleuse.
L’autre matière présentant quelques similitudes avec la crème anglaise, c’est le sable luisant et détrempé des plages au moment où la marée se retire. Si vous pratiquez un footing chaussé d’espadrilles (pourtant hydrophiles), vous constaterez que vos semelles sont pratiquement sèches au bout d’un kilomètre. Par contre, arrêtez-vous sur place ne serait-ce que 10 secondes pour remettre à zéro votre chronographe, et vous vous retrouvez englué jusqu’aux chevilles dans un sable qui se met à aspirer vos chaussures, avec la ferme intention de ne pas vous les restituer.
Il semble en aller de même pour les marchés financiers protégés tous azimuts par les produits dérivés. Ces additifs chimiques ont tellement modifié la structure moléculaire des fluides boursiers qu’il devient pratiquement possible de "marcher sur l’eau"… à condition de courir sans jamais s’arrêter.
Courir, nous savons tous le faire. Pour choisir la bonne direction, il suffit maintenant de suivre la foule… mais comment s’offrir désormais des pauses afin de laisser nos muscles se détendre avant qu’ils tétanisent… et se ménager le temps de la réflexion ?
L’analyse technique, et ceux qui en font un usage intensif, nous enseignent surtout à ne pas envisager de s’asseoir puis de s’accorder quelques instants pour raisonner. Nos marchés sont conçus pour ceux qui agissent, non pour ceux qui réfléchissent.
Et nous apprenons à l’instant le décès du Prix Nobel d’économie américain Milton Friedman, défenseur du marché et chantre de la liberté individuelle — mais également propagateur de la théorie monétariste dont s’inspire depuis la BCE (depuis sa création). Sa politique doit s’inscrire dans la durée et demeurer stable sur une longue période, afin de juguler les pressions inflationnistes. Vous avez dit "inflation" ? La Fed n’a cessé d’y faire allusion ces derniers temps ; les marchés considèrent obstinément qu’elle la voit s’évaporer comme l’eau sur la plage à marée basse… mais à quelques centimètres sous la surface, les sables mouvants sont tapis.
Philippe Béchade,
Paris
PS : Ne vous laissez pas engluer par les sables mouvants des marchés financiers… Philippe Béchade est là pour vous tendre une main salutaire au 0899 707 009* : avec des analyses détaillées de la séance en cours et des recommandations concrètes, vous pourrez traverser la journée boursière quoi qu’elle nous réserve !
*(1,35 euro l’appel + 0,34 euro/minute)
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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** KRACH OU PAS ?
** Même si l’heure la plus sombre est toujours avant l’aube, il fait tout de même plutôt foncé aux environs de minuit. Différencier les diverses nuances de noir relève plus de la devinette que de la science. Selon Alan Greenspan, l’aurore de la reprise ne tardera pas à percer l’obscurité qui enveloppe le marché immobilier américain. Nous n’en sommes pas si certain. Nous nous préparons toujours à une longue nuit.
- Le soleil ne vient-il pas de se coucher sur la majestueuse bulle immobilière américaine ? Et les longues ombres de la chute des prix des maisons ne s’allongent-elles pas sur le marché du logement du pays ? Comment le soleil pourrait-il déjà se lever ?
- Au cours d’une récente réunion à Baltimore, quelques-uns des collègues de votre correspondant discutaient de la probabilité d’une "seconde vague" de l’effondrement immobilier US.
- "Une deuxième vague se prépare", avertissait Mike "Mish" Shedlock, "et elle sera bien pire que la première. Elle s’abattra sur l’économie américaine tout entière. On ne verra pas seulement les prix des maisons baisser ; beaucoup de gens vont perdre leur emploi. On verra beaucoup de centres commerciaux déserts et en faillites. Ce ne sera pas beau à voir".
- "Mais les valeurs du secteur de l’immobilier ne sont-elles pas en plein rebond ?", protesta un autre rédacteur.
- "Oui", répondit Mish, "mais c’est parce que les investisseurs cherchent déjà un plancher dans ce secteur. Ils seront déçus ; ce genre de chose arrive toujours lorsque les booms se transforment en krach. Les gens supposent que le pire est passé, même lorsque le pire n’est pas encore commencé".
- "Tout à fait", approuva un autre analyste. "Les marchés de bulle s’effondrent presque toujours par vagues. On constate en général un beau rebond après la chute initiale. Mais ce rebond finit par s’effacer, pour laisser place à un déclin encore plus prononcé. C’est ce qui s’est passé après que le marché boursier s’est effondré en 1929. Il a vécu un beau rally au printemps 1930, avant de faire la culbute et de recommencer sa dégringolade. Le Nikkei japonais a fait la même chose après son effondrement en 1990. En fait, il a rebondi plusieurs fois avant d’atteindre son dernier plancher 13 ans plus tard".
- "Le krach de l’immobilier américain n’est pas terminé, et de loin", a assuré Mish, "et les choses ne seront pas jolies-jolies".
** Assez ironiquement, Mish a prononcé ces mots alors même que Greenspan faisait la remarque suivante : "la plupart des facteurs négatifs de l’immobiliers sont probablement derrière nous". Nous ne savons pas si Mish a raison, mais nous craignons que Greenspan ait à peu près entièrement tort. Un excellent rapport, élaboré par deux analystes de JMP Securities, démontre que la "reprise" de l’immobilier ne vaut guère mieux qu’un mince espoir.
- "Si l’on se base sur nos recherches de terrain", écrivent les analystes Alex Barron et James F. Wilson, "nous ne pensons pas que les pires nouvelles [au sujet de l'immobilier] soient déjà connues. Nous continuons de voir que le niveau des réductions accordées pour vendre des maisons aux Etats-Unis augmente notablement [...]. Cependant, en dépit du niveau élevé des réductions, les acheteurs hésitent encore à acheter". Le duo baissier a émis son triste pronostic début du mois dernier — bien avant que le Census Bureau n’annonce une baisse stupéfiante de 9,7% des prix des maisons neuves aux Etats-Unis en septembre. Ces prix n’avaient jamais autant baissé en un an depuis décembre 1970, où ils avaient chuté de 11,2%.
- "Il y a un peu plus d’un an de ça, les acheteurs brûlaient de signer les contrats pour acheter des maisons", observait récemment un titre du Wall Street Journal. "Aujourd’hui, bon nombre d’entre eux brûlent d’en sortir… Les constructeurs de nouvelles maisons sont mis à mal par des chiffres record d’annulations de contrats. D.R. Horton Inc., le plus grand promoteur immobilier des Etats-Unis, basé au Texas, déclare que son taux d’annulation est actuellement à 40%, contre 29% il y a un an".
- "Meritage Homes Corp., en Arizona, annonce un taux d’annulation de 37%, contre 21% il y a un an. Et Standard Pacific Corp. déclare que 50% de ses contrats ont échoué au troisième trimestre de cette année, à comparer avec 18% pour la même période l’année dernière".
- Mais ces faits troublants n’ont pas dissuadé Alan Greenspan — et bon nombre d’autres éternels optimistes de l’économie — de prédire une reprise du marché immobilier américain.
- "Le pire est derrière nous, en matière de correction de marché", déclare David Lereah, chef économiste de NAR. "C’est probablement le creux de la vague pour les ventes. Lorsque les consommateurs reconnaîtront que les ventes de maisons se stabilisent aux Etats-Unis, nous verrons les acheteurs qui étaient restés en coulisses revenir sur le marché, et les ventes atteindront des niveaux plus normaux"…
- Les analystes Barron et Wilson ne sont pas de cet avis. Le pronostic pour le marché immobilier américain reste mauvais, affirment-ils, en particulier pour les constructeurs de nouvelles maisons.
** "Nous continuons de chercher les signes d’une reprise imminente", déclarait par ailleurs Robert Toll, PDG de Toll Brothers, principal constructeur immobilier américain, la semaine dernière, "mais on ne peut pas dire qu’il y en ait en vue".
- Cependant, malgré ces remarques prudentes provenant des principaux acteurs du secteur immobilier, les investisseurs se montrent plus que téméraires. Les valeurs immobilières ont rebondi de 6% il y a quelques jours de cela — ponctuant un rally qui a fait grimper le secteur de plus de 20% depuis la mi-juillet. Cependant, les analystes Barron et Wilson ne recommandent pas de chercher les bonnes affaires parmi les actions immobilières.
- "Historiquement, nous voyons que les excès spéculatifs mettent en général plus d’un an à se résorber. Jusqu’à présent, les actions immobilières américaines semblent suivre de près le déclin du Nasdaq après son sommet en mars 2000. Treize mois après son pic, le Nasdaq était en baisse de 60%. Cela a été suivi d’un bref rebond qui a duré trois mois et mené l’indice 17% plus haut. Suite à ce bref rebond, le Nasdaq a chuté de 30% supplémentaires au cours des trois mois qui ont suivi, pour atteindre un plancher plus bas encore".
- "Le Nasdaq a fini par atteindre un plus bas trois ans après son sommet, en mars 2003 — 75% au-dessous de son plus haut historique. L’indice des valeurs immobilières a atteint son sommet en 2005, avant de chuter de 50% douze mois plus tard [même si, ces trois derniers mois, il a grimpé de 21%]. Nous pensons que les valeurs immobilières américaines viendront probablement re-tester leurs plus bas dans les mois qui viennent, et chuteront même peut-être encore avant que nous ne voyions le véritable plancher".
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Pas de nouvelles de Bill pour cette fin de semaine… Victime d’un mauvais virus, il a préféré garder le lit — mais nous devrions le retrouver plus d’aplomb dès le début de la semaine prochaine
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Pourquoi attendre les profits ?
1 740,11% de gains cumulés au total sur le premier semestre 2006…
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…
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*** La Chronique Agora présente ***
Suite et fin de notre rediffusion d’un essai sur l’or et la liberté économique, rédigé par un invité de marque…
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L’OR ET LA LIBERTE ECONOMIQUE — 2ème PARTIE
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Par Par Alan Greenspan (*)
Ce sont des réserves d’or limitées qui mettaient fin aux expansions déséquilibrées de l’activité des entreprises avant qu’elles ne puissent se transformer en un désastre du même genre que celui qui s’est produit après la Première guerre mondiale. Les périodes d’ajustement étaient courtes, et les économies rétablissaient vite une base saine avant de reprendre leur développement.
Mais le procédé de guérison fut mal diagnostiqué ; on le prit pour une maladie : si le manque de réserves bancaires causait le déclin des entreprises — déclarèrent les interventionnistes économiques — pourquoi ne pas trouver le moyen de fournir des réserves plus élevées aux banques, pour qu’elles ne se retrouvent jamais à court ! Si les banques peuvent continuer à prêter indéfiniment de l’argent — déclara-t-on — il n’y aurait plus de ralentissement dans les affaires. Et le Système de la réserve fédérale fut donc organisé en 1913. Il comprenait 12 banques régionales de la Réserve fédérale détenues sur le papier par des banquiers privés, mais, dans les faits, elles étaient parrainées, contrôlées et soutenues par le gouvernement. Le crédit accordé par ces banques est en pratique (bien que cela ne soit pas légal) basé sur le pouvoir de taxation du gouvernement fédéral.
Techniquement, [les Etats-Unis] restèrent à l’étalon-or ; les individus étaient toujours libres de détenir de l’or, et l’or continuait d’être utilisé comme réserve bancaire. Mais en plus de l’or, le crédit accordé par les banques de la Réserve fédérale (des réserves de "papier") pouvait servir de moyen légal pour payer les déposants. Lorsque les entreprises américains subirent une légère contraction en 1927, la Réserve fédérale créa plus de réserves papier dans l’espoir d’anticiper toute pénurie potentielle de réserves bancaires.
Il y a plus désastreux, cependant : la tentative de la Réserve fédérale d’aider la Grande-Bretagne, qui perdait de l’or au profit [des Etats-Unis] parce que la Banque d’Angleterre refusait de laisser les taux d’intérêt grimper lorsque les forces du marché le voulaient (c’était politiquement désagréable). Le raisonnement des autorités impliquées était le suivant : si la Réserve fédérale injectait des réserves papier excessives dans les banques américaines, les taux d’intérêts américains chuteraient à un niveau comparable à celui de la Grande-Bretagne ; cela permettrait de mettre fin à la perte d’or de la Grande-Bretagne, et d’éviter l’embarras politique qu’il y aurait à augmenter les taux d’intérêt.
La Fed y parvint : elle mit fin aux pertes d’or, mais détruisit quasiment les économies mondiales par la même occasion. Les excès de crédit injectés dans l’économie se répandirent au marché boursier — déclenchant un boom spéculatif considérable. Avec retard, les officiels de la Réserve fédérale tentèrent d’éponger les réserves excessives et finirent par réussir à freiner le boom. Mais il était trop tard : en 1929, les déséquilibres spéculatifs étaient devenus si écrasants que la tentative précipita une sévère baisse des dépenses, et par conséquent une baisse de la confiance des entreprises.
Cela entraîna l’effondrement de l’économie américaine. Le sort de la Grande-Bretagne fut pire encore, et plutôt que d’assumer pleinement les conséquences de sa folie, elle abandonna complètement l’étalon-or en 1931, réduisant en lambeaux ce qui restait de confiance, et provoquant une série de faillites bancaires dans le monde entier. Les économies mondiales plongèrent dans la Grande dépression des années 30.
En l’absence de l’étalon-or, il n’y a aucun moyen de protéger l’épargne de la confiscation par l’inflation. Il n’y a plus de réserve sûre d’argent. S’il y en avait, le gouvernement devrait rendre sa détention illégale, comme cela fut le cas pour l’or.
Si tout le monde décidait, par exemple, de convertir ses dépôts bancaires en argent ou en cuivre ou tout autre bien, et refusait ensuite d’accepter les chèques comme paiement de ces biens, les dépôts bancaires perdraient leur pouvoir d’achat et des crédits bancaires créés par le gouvernement n’auraient aucune valeur en tant que droit sur ces biens. La politique financière de l’état-providence requiert que les propriétaires de richesse n’aient aucun moyen de se protéger.
C’est là le pauvre secret des tirades contre l’or proférées par les partisans de l’état-providence. Les dépenses déficitaires ne sont qu’un plan pour la confiscation "cachée" de la richesse. L’or empêche ce processus insidieux. Il tient lieu de protecteur des droits de propriété. Si l’on comprend cela, on comprend sans difficulté l’antagonisme des étatistes à l’égard de l’étalon-or.
Alan Greenspan
(*) Cet essai, rédigé par Alan Greenspan en 1966, est tiré de The Liberty Dollar Solution, livre édité par Bernard von NotHaus. Alan Greenspan est président de la Réserve Fédérale américaine.
[NDLR : Les idées initiales de Greenspan pourraient bien revenir sur le devant de la scène dans les années qui viennent -- en effet, des bouleversements économiques et monétaires menacent depuis quelques temps de déstabiliser l'équilibre planétaire... et font renaître l'intérêt des investisseurs pour l'or. Il y a là une opportunité à exploiter : restez à l'écoute pour savoir comment...]
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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