Objectif Lune pour le bitcoin ?

Rédigé le 28 novembre 2017 par | Bill Bonner, Bitcoin et autres cryptomonnaies, Crypto Monnaies, Guerre des monnaies Imprimer

Le bitcoin est une monnaie bien adaptée à l’environnement actuel où les entreprises maquillent leurs comptes et les gouvernements les statistiques économiques.

Le bitcoin a franchi un nouveau cap.

Lundi 27 novembre 2017, la première cryptomonnaie du monde a battu un nouveau record en atteignant 9 680 $.

En début d’année, il ne se négociait qu’à 997 $.

« Je n’arrive pas à croire ce qui s’est passé », m’a dit un ami.

« J’ai acheté 1 000 $ de bitcoins en 2012. Il s’échangeait aux environs de 8 $, à l’époque. Ensuite, l’une des grandes plateformes d’échange, Mt. Gox, s’est fait pirater et près de 500 M$ de bitcoins ont été volés. Je me suis sorti de là.

« Si j’avais conservé ma mise, elle vaudrait plus d’1,2 M$, aujourd’hui ».

Les génies des marchés haussiers

Des histoires de ce genre, on en entend sans arrêt désormais. Ce sont des histoires de marché haussier. Le héros regrette d’avoir vendu trop tôt.

Plus tard, les histoires de marché baissier arrivent, lorsque l’on regrette d’avoir vendu trop tard.

Savourons les histoires de marché haussier, en ce moment… tant qu’on le peut.

Dans ces histoires, traditionnellement, il y a un héros… et un méchant. Le héros a acheté du bitcoin lorsque tout le monde lui disait de le faire. A présent, on le considère comme un génie. Même son beau-père lui demande son avis sur tout, de la politique aux recettes de cocktails.

La semaine dernière, les génies se sont multipliés…

D’après ce que nous pouvons dire, le bitcoin est parti pour la Lune. Ou l’enfer.

En état d’apesanteur… sans friction… pourquoi pas ?

S’il a atteint les 9 000 $… pourquoi pas les 90 000 $… voire les 900 000 $ ?

Le bitcoin est un « investissement » parfait, à l’ère de l’argent falsifié. Plus léger que l’air. Pas vraiment ici, ni vraiment là. Ni animal, ni végétal, ni minéral.

Immatériel. Invraisemblable. Impondérable. Et non mesurable. Rien ne peut le retenir.

Des bénéfices falsifiés

Presque tous les actifs sont surévalués ou frauduleux : habituellement les deux. Il fallait bien que quelque chose s’envole vers le sommet de ce tas gonflé à l’hélium. Pourquoi pas le bitcoin ?

Les actions ont été propulsées vers des sommets par l’argent falsifié des banques centrales.

Les dirigeants des entreprises se sont servis des taux d’intérêt ultra-bas de la Fed et ont fait semblant d’être des investisseurs : ils ont racheté et annulé les actions des sociétés qu’ils dirigent pour doper le bénéfice par action.

C’est incroyable, mais depuis 2009, le principal acheteur net sur le marché actions américain, n’est autre que ces sociétés elles-mêmes !

Les résultats ont été faussés, également, grâce à des rajustements non conformes aux GAAP (principes comptables généralement reconnus ou generally accepted accounting principles), pour donner l’impression que les sociétés étaient plus rentables qu’elles ne l’étaient vraiment.

Au troisième trimestre, cette année, un nouveau record a peut-être été battu. Sur les 30 sociétés de l’indice Dow Jones, 14 ont déclaré des bénéfices « réajustés », au lieu d’utiliser ces bons vieux « principes comptables généralement reconnus ».

Et ces 14 sociétés ont déclaré un revenu réajusté supérieur de 26% à ce qu’auraient révélé des chiffres conformes aux GAAP.

L’une de ces sociétés se distingue particulièrement : le laboratoire pharmaceutique Merck. Il a transformé une perte de 2 cents par action en profit de 1,11 $.

Comment a-t-il fait ?

Nous ne le savons pas vraiment, mais le tour de passe-passe habituel consiste à faire passer certains frais en « dépenses ponctuelles susceptibles de donner aux investisseurs une image erronée des bénéfices normaux et habituels de la société ».

Cela fait l’affaire sur un exercice. Ensuite, pour l’exercice suivant, vous dénichez d’autres erreurs en jurant que cela ne se reproduira plus.

Des tours de passe-passe comptables transforment des pertes en bénéfices

Dans les entreprises plus modestes, notamment du secteur des technologies, la pratique est encore plus extrême.

Twitter, par exemple, affichait une perte de 21 M$ en milieu de troisième trimestre. Mais en opérant des tours de passe-passe dans les livres de compte, il a pu transformer cela en bénéfices « non conformes aux GAAP » de 78 M$.

Le bitcoin est parfait pour ce type de marché. Il n’a pas besoin de tromper les investisseurs à propos de ses bénéfices. Il n’en a pas.

Bien entendu, les statistiques et systèmes d’évaluation que nous utilisons pour suivre l’économie ont également été falsifiés.

L’Etat fédéral américain affirme que le pays est en situation de plein emploi… alors que le nombre d’hommes en âge de travailler se retrouvant sans emploi est plus élevé que jamais auparavant : tous ceux qui vont faire leurs courses le savent parfaitement.

Cela ne nous arrive pas souvent, de faire les courses. Mais l’autre jour, nous avons acheté une grenade. Elle coûtait 2,50 $. La dame à la caisse a été horrifiée. « Vous la voulez quand même ? », a-t-elle demandé.

Le PIB « réel » (corrigé de l’inflation) augmente encore légèrement, mais seulement si vous le corrigez avec le taux d’inflation bidon. Si vous appliquiez un chiffre plus réaliste, il indiquerait que l’économie américaine est en récession depuis ces 10 dernières années.

En attendant, dans le monde entier, les gouvernements s’endettent toujours plus en partant du postulat bidon qu’ils rembourseront.

Le bitcoin n’a pas de problème de dette non plus. Et il n’a pas non plus les caractéristiques bidon d’autres investissements. Il est 100% véritable… ou du moins 100% non falsifié.

Il n’a pas de dirigeants apathiques à sa tête, susceptibles de gâcher les activités de l’entreprise… pas de frais de matériel susceptibles d’étouffer ses marges… pas de salaires à renégocier… pas de bonus à verser… rien de tout ce qui siphonne les profits.

Et il n’est pas obligé de mentir. La vérité est bien assez étrange.

Une nouvelle « cryptomonnaie » a été nommée UET. Son créateur a présenté les arguments d’investissement ainsi : « vous allez donner votre argent à une personne prise au hasard sur internet ».

UET

UET signifie Useless Ethereum Token : cela fait référence à la valeur de la deuxième principale cryptomonnaie, Ethereum. Son logo représente une personne qui vous fait un doigt d’honneur.

Il n’en demeure pas moins qu’elle se négocie… pour pratiquement rien.

Ici, à La Chronique, nous nous montrons sceptiques à l’égard du bitcoin… mais prêt à être impressionné. [NDLR : le phénomène cryptomonnaies est risqué mais cela ne doit pas vous dissuader d’investir. Notre spécialiste vous explique comment engranger 300% de gains grâce aux cryptomonnnaies… sans en acheter une seule. Tout est ici !]

Nos fils pensent que c’est du sérieux : le dernier cri, dans les cercles financiers. Ils ont investi de l’argent familial dans les cryptomonnaies en juin dernier. En moins de cinq mois, nous avons gagné plus de 200%.

Rien de tel que la réussite pour interrompre le processus d’apprentissage. Vous ne vous posez pas de questions lorsque les cours grimpent.

Nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger. Peut-être bien que Satoshi Nakamoto, le mystérieux créateur du Bitcoin, était un génie. Mais il est peu probable qu’il y en ait beaucoup d’autres.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

7 commentaires pour “Objectif Lune pour le bitcoin ?”

  1. Si le bitcoin vient à remplacer l’épargne, voir l’assurance vie, ce qui est complètement concevable, ça se pourrait bien qu’il se contente pas d’aller jusqu’à la lune mais qu’il y fasse juste une pause pipi…

  2. Le bitcoin ne remplacera ni « l’épargne » ni l’assurance vie. Le bitcoin n’est qu’un instrument d’échange. Si vous achetez des bc, ca signifie que quelqu’un vous en a vendu contre des devises, qu’il va nécessairement utiliser pour placer ou acheter d’autres catégories de titres financiers.

  3. …ou pour épargner de façon traditionnelle.

  4. Ou simplement payer son loyer, faute de pouvoir le payer directement en Bitcoin pour le moment….

  5. La monnaie repose sur la confiance, hors il n’y a plus de confiance.

    La monnaie persiste parce que l’on ne connait aucun autre moyen, à part le troc, pour échanger des biens et des services. La monnaie d’aujourd’hui n’est qu’un pis-aller.

    Le bitcoin repose sur la foi. Contrairement à la confiance, la foi n’a pas besoin de preuves, mais de miracles, genre « multiplication des pains ».

  6. Etonnant qu’on ait inventé des produits financiers(les crypto monnaies)dont personne ne puisse évaluer sérieusement la valeur ni la relation qu’elles peuvent avoir au monde réel.Hallucination collective?

  7. Les avantages du Bitcoin comparé à l’or sont nombreux. Un des plus important, c’est qu’il est impossible de faire un faux bitcoin, alors que de fausses pièces et des faux lingots d’or circulent en grand nombre.

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