Les hommes de Trump : Steven Mnuchin, le saigneur de Sears

Rédigé le 12 décembre 2016 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Nous regardons vers l’avenir. Et nous voyons une image plus claire de la future politique de relance de Trump… mais aussi une meilleure compréhension de ce qui a mal tourné pour l’économie dans son ensemble.

Ces prochains jours, nous allons examiner certains des hommes de Trump. Nous terminerons la série par une hypothèse sur ce qui se passera lorsque ces messieurs arriveront à Washington.

A court de temps et d’argent

Durant notre enfance, nous achetions tout ou presque dans les grands magasins Sears. Si ce n’était pas disponible, nous commandions dans le catalogue Sears. Ce dernier était une merveille : on pouvait y voir tout ce que les magasins d’Amérique avaient à offrir à l’époque. C’est là que nous faisions nos courses de Noël.

Mais regarder le cours de Sears ces huit dernières années, c’est comme regarder une photo d’Alep. De près de 200 dollars, l’action a baissé à 10 dollars à peine.

Que s’est-il passé ?

Comment une entreprise aussi excellente — propriétaire de Kmart en plus de ses propres magasins Sears, soutenant des centres commerciaux dans tous les Etats-Unis, avec des titres sur certains des meilleurs locaux commerciaux du pays et possédant les marques avec lesquelles nous avons grandi, notamment les appareils Kenmore et les outils Craftsman — comment une telle entreprise est-elle entrée dans ce qui ressemble à une spirale infernale ?

Business Insider a des éléments de réponse :

« Selon un récent rapport du Wall Street Journal, le fabricant de jouets Jakks Pacific Inc. a récemment suspendu la vente de ses produits à Kmart, propriété de Sears Holding, suite à des inquiétudes sur la santé financière de l’entreprise.

En octobre, Fitch Ratings a identifié Sears comme l’un des sept détaillants majeurs risquant la banqueroute lors des 12 à 24 prochains mois, puis une liquidation éventuelle.

En septembre, les analyses de Moody’s ont rétrogradé la note de liquidité de Sears, déclarant que Sears et Kmart n’ont pas assez d’argent — ou d’accès à l’argent — pour rester en activité.

Selon les analystes de Moody’s, Sears connaît une hémorragie de cash et devra continuer à dépendre de financements externes ou de ventes d’actifs, comme l’immobilier, pour rester en activité. Kmart en particulier risque la fermeture, selon les analystes ».

L’entreprise se retrouve à court de temps et d’argent. Elle avait 1,8 milliard de dollars dans les caisses il y a un an. Elle n’en a plus que 238 millions… et trois milliards de dollars de dette.

Comment une entreprise y parvient-elle ? Comme se détruit-elle elle-même… effaçant 130 années de richesse et de connaissances accumulées ?

La réponse se trouve dans l’argent factice et les initiés qui l’utilisent pour dépouiller l’économie réelle… et transférer le butin vers l’industrie financière.

Dette et duplicité

Pour commencer, comme nous l’avons décrit à de nombreuses reprises, l’argent factice a affaibli la classe moyenne qui faisait ses courses chez Sears. Les riches allaient chez des détaillants plus haut-de-gamme comme Neiman Marcus et Nordstrom. Les moins aisés allaient dans les magasins à un dollar et chez Walmart. Sears était au milieu.

Mais dans cette histoire, le plus intéressant concerne un certain M. Steven Mnuchin…

M. Mnuchin siégeait au conseil de Sears ces 11 dernières années, tout au long du déclin de la société. Il a désormais posé sa démission, laissant le navire couler sans lui. De toute façon, il a déjà volé l’argenterie.

Comment détruit-on une entreprise ?

Ce n’est pas très difficile. Au lieu d’investir dans de nouvelles personnes et de nouvelles méthodes, il suffit de prendre l’argent pour soi.

C’est encore plus séduisant si l’on peut utiliser l’entreprise pour emprunter une grande quantité d’argent factice à des taux ultra-bas… se le verser à soi-même et aux autres financiers… puis abandonner le navire, laissant la société, ses employés et ses créditeurs se noyer dans la dette qu’on a contractée.

C’est ce qu’a fait Mnuchin. David Stockman explique :

« […] ces 11 dernières années, [Sears] a dépensé sept milliards de dollars en rachats d’actions, soit près du double de la somme réinvestie pour entretenir et renouveler sa base de magasins, qui, pendant un temps, comptait plus de 4 000 locaux Sears, Kmart et autres unités spécialisées ».

En termes de ventes, Sears a dépensé moins d’un tiers de la somme consacrée à l’investissement par son rival Walmart. Les initiés ont préféré se mettre l’argent dans les poches, principalement grâce à des rachats d’actions.

Compères et copains de classe

Ensuite, soit parce qu’ils avaient vu la catastrophe arriver… soit parce qu’ils l’avaient eux-mêmes causée… ils ont eu recours à la ruse — avec la coopération de M. Mnuchin, de toute évidence.

Deux hedge funds sont arrivés avec un plan : ils utiliseraient le refinancement bon marché pour transformer de l’immobilier bien réel en actif financier. Ils ont mis en place un REIT — un fonds d’investissement immobilier –, ont sorti les biens immobiliers de la société et les ont placés dans le REIT.
[NDLR : Investir dans les REIT peut être simple et très profitable, surtout en temps de crise… à condition de bien les choisir. Simone Wapler vous fait part de son choix dans son « plan de sauvetage » — à découvrir en cliquant ici.]

Sears peut faire faillite : ils auront quand même l’actif le plus précieux de la société… et ils peuvent désormais vendre le REIT aux investisseurs.

Au passage, l’un des deux fonds en question est géré par un ancien camarade de classe et compère de Goldman Sachs de Mnuchin, Eddie Lampert.

Stockman continue :

« … Toute cette affaire n’était qu’un financement discret visant à sortir les actifs de SHLD [Sears] avant sa faillite imminente. Les initiés des fonds de couverture sont désormais prioritaires grâce au REIT nouvellement créé, dont ils possèdent une part substantielle plutôt que des actions SHLD ordinaires, qui sont sans valeur ».

Au moins Steve Mnuchin ne peut-il plus faire de mal à Sears. Donald Trump l’a choisi pour devenir Secrétaire du Trésor US.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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