Trump n’est pas un outsider

Rédigé le 26 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Taux d’intérêt négatifs, stagnation des salaires, flambée des actions, élection de Donald J. Trump : ces faits ont la même origine…

Hier, à Lausanne, nous avons eu l’une des conversations les plus remarquables de notre existence en matière de finance.

« Vous voulez dire que cela coûte autant de déposer de l’argent à la banque que de l’emprunter ? »

Nous avons posé cette question à l’un de nos collègues qui a récemment acheté une maison ici.

Il a emprunté de l’argent pour acheter sa maison, moyennant un taux d’intérêt inférieur à 1%.

Dans le même temps, le titulaire d’un compte courant dans la même banque paye pratiquement le même montant en intérêts négatifs pour avoir le privilège de prêter de l’argent à la banque (en le déposant sur son compte).

« Comment est-ce possible ? » nous sommes-nous immédiatement demandé.

L’ère des miracles

Imaginez deux personnes…

L’une d’elles possède un million de francs suisses (à peu près l’équivalent d’un million de dollars). L’autre n’a rien. L’une dépose son million dans une banque locale. Elle paye 10 000 francs suisses par an d’intérêts négatifs.

Qu’est-ce qu’elle récupère, pour la peine ? Un relevé de compte mensuel !

L’autre personne emprunte ce même million de dollars. Elle paye 10 000 francs suisses par an en intérêts.

Et qu’est-ce qu’elle récupère ? Une maison !

Rappelez-vous, nous vivons à l’ère des miracles. Les choses qui n’auraient aucun sens à une autre époque, n’en ont pas plus actuellement. Mais nous apprenons à vivre avec… et, progressivement, nous arrivons à les considérer comme normales.

Les investisseurs, par exemple, ont fini par croire qu’il est absolument normal que les banques centrales contrôlent non seulement le coût du crédit, mais qu’elles s’assurent également, en tout temps et tous lieux, que les actions ne baissent pas.

Cela les amène à tirer des conclusions encore plus farfelues : les actions ont peut-être déjà atteint la stratosphère. Oui, et alors ? Elles sont parties pour atteindre la lune !

Selon toutes sortes de mesures – notamment leurs ratio de Shiller (cours/bénéfice sur 10 ans), ratio cours/bénéfices (P/E), ratio capitalisation/fonds propres, et les dividendes qu’elles rapportent – les actions américaines sont les plus chères du monde. [NDLR : ne restez pas seul sur les marchés financiers. Recevez un e-mail par jour de notre trader, suivez ses conseils et enchaînez les gains. Trop beau pour être vrai ? Essayez gratuitement durant 14 jours notre service en cliquant ici.]

De l’argent détourné et du baratin

Au plus bas du dernier marché baissier (oui, cela existe !), le travailleur moyen pouvait acheter les actions du S&P 500 après avoir travaillé 20 heures, uniquement.

Aujourd’hui, il faudrait qu’il sue sang et eau près de trois semaines, soit 110 heures, pour acheter les mêmes actions des 500 sociétés américaines de l’indice.

Globalement, les travailleurs n’ont pas vu augmenter leur richesse au cours de ces 35 dernières années. Mais la richesse des propriétaires d’entreprises américaines a été multipliée par cinq et demi, comparée au taux horaire de référence du travail.

Là aussi, ce doit être un petit miracle.

Les gens qui travaillent pour gagner leur vie ne se sont pas enrichis. Les gens qui n’ont rien fait d’autre que s’asseoir sur un tas d’actions sont devenus encore plus riches.

Ce miracle se cache derrière un autre miracle encore : l’élection d’un homme n’ayant aucune expérience en politique, aucune position idéologique, pas de base rattachée à un parti politique et aucune des compétences normalement requises pour assumer les plus hautes fonctions du monde : celles de président des Etats-Unis.

Comment cela a-t-il pu se produire ?

Les gens des Etats démocrates – qui gagnent leur vie au sein de l’économie du quotidien, à la sueur de leur front – se sentaient oubliés et exclus.

Ils ne savaient pas sur qui rejeter la faute. Mais lorsque les « mêmes que d’habitude » se sont présentés aux primaires, ils se sont révoltés contre eux et ont soutenu cet impertinent imprésario originaire du Queens. Malgré tous ses défauts, Donald J. Trump donnait l’impression qu’il pourrait secouer le cocotier.

Mais attendez. S’agit-il de véritables miracles ? Ou bien de tours de passe-passe, de détournements et de baratin ?

Des démineurs-imposteurs

Les taux d’intérêt négatifs, les salaires qui stagnent, les actions qui flambent et l’élection de Donald J. Trump, proviennent tous du même lieu sordide.

Si vous levez le rideau, vous découvrez une scène où des docteurs en économie vêtus de costumes fripés actionnent des manettes et tournent des boutons. Un nuage de fumée jaillit. Une foudre artificielle fuse. Et tout autour sont disposés des miroirs qui magnifient et déforment tout.

De quel genre de miracle s’agit-il ?

L’argent représente la richesse. Mais on a créé des milliers de milliards d’argent frais… sans aucune richesse auquel l’adosser.

Il surchauffe les riches à Wall Street mais laisse le peuple grelotter. Il enrichit encore plus les riches mais laisse le peuple démuni au bout de 35 ans de labeur. Il envoie un poseur de bombe à la Maison Blanche… puis l’entoure d’un mur d’initiés en béton.

La nomination d’un certain Randal Quarles au poste de régulateur de Wall Street à la Fed reflète parfaitement cette équipe de démineurs-imposteurs.

M. Quarles n’est vraiment pas du genre à secouer le cocotier. Au contraire, il s’agit d’un vétéran du monde de la finance et du gouvernement fédéral : un agent furtif du Deep State tout au long de sa carrière, qui a oeuvré dans différents services du gouvernement de George W. Bush.

Mais ce n’est pas tout. Il est marié à une parente de Marriner Eccles en personne, dont le bâtiment de la Fed porte le nom.

Alors si M. Quarles est chargé de désamorcer les bombes de M. Trump, ce serait bien un miracle qu’elles fassent des dégâts à Wall Street.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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