La Parasitocratie du Potomac est euphorique

Rédigé le 1 décembre 2016 par | Deep State Imprimer

Des promesses de dépenses illimitées avec des guerres qui ne seront jamais gagnées, un Secrétaire du Trésor ancien de Goldman Sachs… Washington apprécie les premières mesures de Trump et la partie la plus sombre du marigot bruit d’aise.

M. Trump constitue son équipe de lieutenants dans la perspective de sa marche triomphale sur Washington.

Cette semaine, il a choisi Steve Mnuchin — un ancien de Goldman Sachs — comme Secrétaire du Trésor.

Ce sera le troisième Secrétaire du Trésor américain issu de Goldman, après Robert Rubin et Henry Paulson. Mais Mnuchin est probablement « plus Goldman » que les deux autres. Son père y a travaillé, de même que son frère.

Trump était censé « secouer le cocotier ». Il avait promis « d’assainir le marigot ».

A deux mois à peine de l’investiture, l’hystérie devrait s’emparer de Capitol Hill.

On pourrait s’attendre à ce que la terreur et la panique règnent d’un bout à l’autre de Connecticut Avenue. Le Chevy Chase Club devrait se vider, à mesure que les initiés se réfugient dans les collines avec leur argenterie et leurs filles.

Mais les choses sont calmes, sur les rives du Potomac. Les créatures du marigot ne montrent aucun signe d’inquiétude. Au contraire, elles semblent calmes et satisfaites, convaincues qu’aucun mal ne leur sera fait.

Peut-être savent-elles quelque chose…

Le « complexe militaro-industriel » voit le retour des jours heureux

Washington a déjà vu de nouveaux gouvernements arriver puis repartir.

Les républicains arrivent. Les démocrates partent. Un type de chez Goldman arrive. Un autre type de chez Goldman repart. Les alligators, serpents et limaces ont déjà vu le film. Ils en ont vu les différentes versions. Chaque fois, cela se termine de la même façon. Peu importe ce qui se passe dans le reste du pays, la Parasitocratie du Potomac devient plus riche et plus puissante.

Il en a toujours été ainsi… et il en sera toujours ainsi.

Sur l’autre rive du fleuve, côté Virginie – la partie la plus traître du marigot, où se situe le « complexe militaro-industriel » objet de la mise en garde lancée par le président Eisenhower – le calme s’est métamorphosé en euphorie.

Les agents immobiliers marchent d’un pas léger ; le marché des villas de McLean commence à grimper. Les bars d’Alexandria débordent de clients jusque sur les trottoirs de brique.

C’est le retour des jours heureux.

Quoi qu’il se passe encore, avec l’arrivée de la Trump Team, les résidents du marigot virginien sont sûrs de prospérer.

Le candidat Trump a déclaré « notre économie est un désastre ». Il a également juré de « vaincre le terrorisme de l’islam radical », « d’éradiquer Daesh à coups de bombes » et de « décimer Al-Qaïda ».

Le président-élu s’est déjà engagé à dépenser davantage en armes, navires et aides sociales pour les vétérans.

Ce sont de bonnes intentions, sans aucun doute. Il veut vaincre l’ennemi et prendre soin du soldat de base dont les jambes ont été déchiquetées dans quelque coin perdu du monde.

Mais ce n’est pas ainsi que l’on procède, dans le marigot…

Au diable les drones !

Trump dit qu’il compensera les dépenses supplémentaires en « arrêtant le gaspillage ».

Mais il n’y a pas de gaspillage, dans ce bourbier. Chaque sou dépensé a un but : enrichir les résidents du marigot. De leur point de vue, plus il y a de « gaspillage » mieux c’est.

Les victimes de la guerre ne percevront que très peu de cet « argent gaspillé », et il en sera de même pour les amputés et les familles de réfugiés. Il disparaîtra plutôt dans les poches de généraux à la retraite, de prestataires, de compères et de lobbyistes.

Sur cette anticipation, le marché actions américain a déjà enregistré de nouveaux records. Northrop Grumman, basé à West Falls Church (Virginie) et SAIC basé à McLean (Virginie) devraient très bien s’en sortir.

Le constructeur de navires General Dynamics, également basé à West Falls Church (Virginie) devrait même s’en tirer encore mieux : Trump a dit qu’il fallait 350 navires.
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« Au diable les drones… En avant toute ! Si la Deuxième guerre mondiale éclate à nouveau, nous serons prêts à l’affronter ! »

Oui, cher lecteur, alors que Trump n’a même pas quitté son quartier général de New York, le véritable gagnant de l’élection de 2016 se précise.

Il s’agit de la partie la plus enfouie du Deep State

Les procédés du marigot

Ce pauvre M. Trump veut être un « winner« . Mais ce n’est pas ainsi que l’on procède, dans le marigot non plus.

La guerre en Afghanistan dure depuis 16 ans. La guerre en Irak – bien que proclamée « gagnée » à deux reprises – persiste au bout de 13 ans.

L’opération « Iraqi Freedom » [NDR : Liberté irakienne] s’est achevée fin 2010. Elle a été remplacée par l’opération « New Dawn » [NDR : Aube nouvelle], à laquelle a succédé ensuite l’opération « Inherent Resolve » [NDR : Détermination absolue].

Dans les bas-fonds du Conté de Fairfax (Virginie), les créatures visqueuses ont le sens de l’humour ; on devrait l’appeler Opération « Eternal Resolve » [NDR : Détermination éternelle] disent-elles en plaisantant.

Les forces américaines en Irak en sont à leur neuvième commandant, aucun des huit premiers n’a réussi à boucler cette affaire.

C’est tout comme s’ils n’avaient jamais eu l’intention de gagner. Et pourquoi le devraient-ils ?

Ils savent que plus la guerre dure longtemps, plus l’argent afflue dans le marigot… et il y reste.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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